Un coin de Canebière à Montréal

Le Massilia est une institution à Montréal. Avec sa façade jaune et bleue, difficile de faire plus marseillais. Jaune comme le pastis et le soleil qui coulent dans les verres. Bleue, comme le ciel azuréen qui règne sur la Canebière. Le Massilia, c’est bien simple, c’est le seul bar marseillais de la métropole québécoise. La seule place où vous lirez le mot Ricard avec de la sieste dans les yeux.

Les amateurs de rugby et de football connaissent bien cette adresse de l’avenue du Parc. Inutile de dire que les supporteurs de l’OM y sont nombreux quand leur équipe fétiche foule la pelouse du stade Vélodrome à 6 000 kilomètres de là.

J’ai goûté à cette ambiance particulière à l’occasion d’un match opposant l’OM au PSG, le fameux Classico qui coupe presque la France en deux. Ces matches ont toujours été à part, les forces de l’ordre ne diront pas le contraire.

Au Massilia, j’ai bien eu du mal à me faire à l’idée que je vivais au Québec, encerclé de maillots et d’écharpes ciel et blanc, sans oublier l’accent du Sud et ses frappes verbales. L’endroit est vite devenu trop étroit pour ce derby national, au grand dam des retardataires.

Au Massilia, on a beau afficher clairement sa préférence, on respecte l’adversaire. J’ai entrevu quelques tuniques parisiennes dans la cohue ambiante, et j’étais presque mal à l’aise pour cette minorité visible. Sauf qu’avant l’entame de la rencontre, une voix bien française, sans doute la femme du patron, a précisé que les conduites virulentes à l’endroit de ces courageux n’étaient pas tolérées, au risque de prendre la porte. Comme quoi on peut être fan d’une équipe de foot et avoir une cervelle.

Quand Marseille a inscrit son premier but, j’ai cru que la terre avait tremblé. L’impatience a fait place à la ferveur, l’appréhension à l’explosion; des gens se sont levés, bondissant comme des partisans affamés. À ce moment précis, je n’étais plus dans un bar, mais dans une tribune d’un Vélodrome balayé par le mistral. Il soufflait à pleins poumons autour de moi. Expressif le Marseillais ? Le mot est faible. Ce soir-là, trois secousses orgasmiques ont ébranlé le Massilia. Trois buts faisant vaciller la machine à gagner du PSG. Une fois de plus, j’ai entendu des commentateurs expliquer que le courage l’avait emporté sur la suffisance, avec cette impression larvée  qu’une victoire de Marseille sur Paris dépasse le cadre sportif.

3-0 contre un PSG new look et plus fort financièrement, c’était presque inespéré sur le papier. Alors forcément, malgré les mines défaites des quelques partisans du 75, certains réflexes ont repris le dessus. Quelques insultes ont fusé dans des chants bien trempés. « Paris, Paris, on t’encule ! »

Je crois que c’est à ce moment précis que je suis devenu Marseillais. En choisissant le camp des sodomites, j’ai rendu un fier service à mon arrière-train.

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