Le devoir de mémoire

Le Québec vient de célébrer un triste anniversaire. Il y a 22 ans, le 6 décembre 1989, l’école Polytechnique de Montréal devenait le théâtre d’une terrible tragédie. Carabine planquée sous son long manteau, un étudiant exprimait sa haine des féministes en abattant froidement 14 femmes, dont 13 étudiantes, avant de se donner la mort. Ce jour-là, bien avant les États-Unis, le Canada inaugurait la première tuerie de masse en Amérique du Nord. Ce drame conduisit le gouvernement fédéral à durcir la loi sur le contrôle des armes à feu, le tueur ayant obtenu l’également son fusil semi-automatique.

Marc Lépine, puisqu’il faut bien le nommer, n’a donc tué qu’au féminin ce jour-là, séparant méthodiquement les femmes des hommes dans cette salle de classe où le massacre allait commencer, avant de poursuivre ses crimes à d’autres étages. Vingt minutes ont suffi pour plonger un pays, une province, et des familles dans le deuil. Plus de vingt ans après, les plaies sont encore vives dans la mémoire québécoise. À preuve la sortie, il y a deux ans, d’un film retraçant cette tragédie. Salué par la critique, notamment pour sa sobriété, le long métrage fut boudé par une partie de la population, laquelle avait préféré s’abstenir pour ne pas raviver la blessure.

J’avais consacré une chronique à cet épisode, reprise dans mon  livre Dans mon Québec au Canada, alors que je venais d’assister à la projection du film signé Denis Villeneuve, baptisé simplement Polytechnique. J’avais été frappé par le silence de plomb dans la salle, comme si des balles perdues avaient troué le grand écran pour atteindre les spectateurs, comme si, soudainement, on exécutait leur innocence et leurs idéaux. Je n’avais pu rester insensible à cette tuerie incompréhensible qui s’étaient déroulée si loin de ma France natale, dans l’indifférence de mes années lycéennes.

Hasard de la vie, il m’est arrivé de fréquenter l’école Polytechnique à mon arrivée au Québec. Un lieu chargé d’émotions, pour le restant de ses jours. Comme dans tous ces endroits marqués par la guerre ou d’autres épisodes funestes… On essaie d’imaginer la stupeur puis la frayeur qui se sont emparées de ces murs il y a 22 ans, mais on n’y parvient pas. On a presque honte d’être né avec une queue entre les jambes. Car sous le linceul de Polytechnique, l’enfer était une question de sexe.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s