Serial laveur

Décembre 2011.

Bibliothèque de Montréal. Je m’absente quelques minutes de mon petit coin de travail pour me rendre dans un autre petit coin. Arrivé devant les toilettes, j’aperçois deux agents de surveillance postés devant l’entrée. Des portiers devant les latrines ? La classe ! L’un deux maintient la porte ouverte avec un bras, en jetant de temps à autre un coup d’œil à l’intérieur. Je feins de rebrousser chemin, pensant qu’il se passe quelque chose de louche, qu’on tourne une séquence de film, mais on m’autorise à entrer. Tant mieux, le pipi est pressant.

Je tombe sur un individu debout devant un des lavabos. Visiblement, c’est à cause de ce monsieur que la sécurité a été avertie. Sur le coup, je ne comprends pas trop. L’homme en question se lave les mains, rien d’autre. Le problème, c’est la durée que prend cette opération anodine. À en juger par la mousse qui pousse dans le lavabo, il a dû mettre le paquet. 

Il a éparpillé quelques affaires sur le sol et à ses côtés, il met du cœur à l’ouvrage, se récure les mains à outrance. On dirait un TOC, ou trouble obsessionnel compulsif si vous préférez. Voilà, une obsession, on dirait une obsession. Je ne sais pas ce qu’il a touché ou ce qu’il veut faire partir pour frotter de la sorte. Il décape si fort que ses mains et ses poignets vont peut-être changer de couleur. Il presse aussi sur le distributeur à savon et le bouton poussoir du robinet, passant de l’un à l’autre. Robinet, savon, robinet, savon, ça n’arrête pas. Les deux agents assistent à cette scène oscillant entre la caméra cachée et une amusante perplexité.

L’un deux lui demande d’ailleurs, avec cet entregent typiquement québécois : « Vous êtes correct monsieur ? » Lui : « Oui, j’ai bientôt fini. » En le regardant agir de la sorte, je suis dubitatif, et je ne dois pas être le seul. Le « bientôt » est lourd de sous-entendu, du genre « Encore un litre de savon liquide et ce sera parfait. »

Je quitte les lieux. Il frotte toujours. J’ai envie de lui lancer : « Et qu’ça brille ! », mais je m’abstiens pour ne pas froisser les deux cerbères, visiblement peu disposés à l’humour. J’ai aussi pris soin de me nettoyer les mains, sans toutefois rivaliser avec le serial laveur.

Le lendemain dans la presse, aucun article ne mentionnait l’organisation à l’improviste d’une soirée mousse à la bibliothèque. C’était bien parti pourtant…

 

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