Le CH sauce « anglo »

La nomination de Randy Cunneyworth, un unilingue anglophone, à la barre du Canadien de Montréal a fait couler beaucoup d’encre au Québec, où la défense de la langue française reste un sujet sensible.

On savait le Canadien de Montréal peu inspiré depuis le début de saison. On savait aussi que cette entame difficile et indigne d’une formation surmédiatisée, orpheline d’un glorieux passé très lourd à porter pour les jeunes recrues, allait faire rouler des têtes. On pensait que le récent congédiement d’un des adjoints de l’entraîneur-chef suffirait par calmer les esprits des plus impatients, ou du moins à apaiser la tempête populaire et médiatique, dans une province où le mistral de la passion javellise pas mal de cerveaux.

Mais quelque chose de bien pire se tramait en coulisse. Quelque chose d’impensable pour un partisan québécois pur et dur, et même pour la population tout court. Depuis quelques jours, le CH est dirigé par un nouveau technicien, après l’éviction de Jacques Martin, remercié en raison de résultats insuffisants et d’une production famélique. Dans les gradins du Centre Bell, l’ennui avait pris l’ascendant sur la ferveur, ce qui n’est jamais bon signe…

Le problème, c’est la personnalité de son successeur. Outre sa faible expérience dans l’univers périlleux et impitoyable de la Ligue nationale de hockey, l’heureux élu a le grand désavantage d’être un unilingue anglophone. Autant dire que la décision prise par la direction du club a créé une petite commotion dans une province attachée à l’usage de la langue française. Depuis le milieu des années 50, tous les coachs du Canadien ont parlé le français, à une petite exception près. La présence d’un francophone ou d’un entraîneur bilingue derrière le gouvernail avait le mérite de rassurer les plus pessimistes et de faire contrepoids à la prédominance de l’anglais dans un vestiaire aux accents américains et européens. On faisait contre mauvaise fortune bon cœur.

La perspective d’assister à des conférences de presse sous-titrées ravive quelques craintes parmi les nationalistes de la Belle Province, lesquels n’ont pas tardé à monter au créneau pour fustiger cette éviction, non pas de Jacques Martin, mais de la langue française à un poste clé de l’organisation. La presse aussi s’en est ému, tandis que d’anciennes gloires de la maison ont attisé le feu de la polémique. A la question Pourquoi l’entraîneur-chef doit-il parler le français ?, Serge Savard, illustre directeur général de cette formation par le passé, a apporté cette réponse limpide et criante de vérité : « Parce que le Canadien appartient au peuple », en tant qu’institution faut-il préciser. Comme lui, beaucoup trouvent inacceptable l’embauche d’un entraîneur unilingue.

C’est sans doute la goutte de trop dans un vase déjà troublé d’amertumes diverses. Confrontés à la perspective d’une exclusion des séries éliminatoires au printemps prochain, agacés par ces contrats mirobolants accordés à des joueurs décevants, fragiles ou simplement sur le déclin, et contraints de reconnaître que leur équipe fétiche carbure à l’ordinaire, les supporteurs du Tricolore doivent désormais subir l’affront suprême.  D’autant que le remplaçant désigné agira avec un mandat d’entraîneur intérimaire (un comportement d’équipe prise au dépourvu ?), autrement dit une belle épée de Damoclès au-dessus de ce statut très précaire dans le monde du sport d’aujourd’hui, et plus particulièrement le hockey, où les changements de coachs sont les plus fréquents dans les circuits majeurs du sport professionnel en Amérique du Nord.

Montréal se distingue particulièrement dans ce registre, puisqu’elle est la 3e équipe la plus instable de la Ligue, avec 10 remplacements d’entraîneurs depuis 1993, année du dernier sacre québécois. Selon une étude menée par des experts, cette volatilité derrière le banc s’explique en partie par des attentes trop élevées dans les gradins du Centre Bell.

Dans l’univers du hockey, Montréal reste une ville à part. Une ville où la patience est impatiente, et où, ne l’oublions pas, un couplet de l’hymne du Canada se chante en français.

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