Ma grise Lorraine…

La Lorraine ne fait pas de cadeau, pas même à ses anciens fils. Elle m’avait pourtant colonisé avec ses microbes lorsque j’étais petit.

Cela fait 15 jours que je suis revenu en France pour les fêtes de Noël. J’ai gardé la santé pendant 24 heures. Après, j’ai eu mal au crâne. Mon nez et mon cul ont commencé à connaître quelques avaries. Et puis mes narines ont vomi dans des mouchoirs, tandis qu’une autre partie de moi éprouvait toutes les peines du monde à se retenir. Quand je ne toussais pas, j’abusais de l’hospitalité des toilettes familiales. Rhume, gastro, maux de tête et toux, j’ai commandé la totale. J’ai dû me rendre à l’évidence : j’avais pris la version hivernale du package Bienvenue en Lorraine, qui inclut moral dans les chaussettes, météo pourrie et virus baladeurs. Au Québec, mis à part quand je décide de courir un marathon sans être entraîné, ou quand j’engloutis une poutine à 7h du matin, accompagnée d’un café filtré avec une chaussette, je suis toujours en forme.

Mais là-bas, le froid de l’hiver est sec, et le ciel, souvent bleu. Un bleu limpide, parfait pour mettre du carburant dans des morals rabougris. C’est fou comme on zappe parfois son climat natal. Le mien est humide. Il rentre partout, injecte ses petites misères dans le corps. Ici, le froid sec, c’est de la science-fiction. L’an passé, j’ai croisé un Québécois qui venait de passer un mois à Metz. Il tenait un stand au marché de Noël. J’ai cru qu’il allait me tendre son testament. La Lorraine l’avait mis K.O. Une semaine de plus et on le renvoyait à ses proches empaillé.

En Lorraine, le gris est une couleur dominante. À vrai dire, c’est un peu un choix sous la contrainte. C’est la région du suicide assisté par la météo. Quand il fait beau, en particulier après une longue période de grisaille, on prend des photos du ciel, en conservant quelques tirages en couleur pour les périodes de déprime, on brûle des cierges de deux mètres pour remercier le dieu du soleil et repousser les futurs épisodes nuageux. Ici, les vendeurs de parapluie roulent en Ferrari. La pluie, c’es notre ressource naturelle. On en a plein, mais personne ne veut nous en acheter.

Le pire, je crois, c’est l’automne, et aussi l’hiver. Puisque la seconde saison a pratiquement disparu, la première est interminable. Comme les Québécois avec la chanson de Gilles Vigneault ( «mon pays, ce n’est pas un pays c’est l’hiver… »), on devrait chanter sur tous les toits : Ma région, ce n’est pas une région, c’est l’automne

Quinze jours que je suis arrivé et toujours pas un confetti de gaieté dans le ciel. Je vis sur la Lune matin, midi et soir. Parfois, on a droit à un extra de brume et de crachin, histoire d’annihiler tout soubresaut d’entrain. L’optimisme en Lorraine tient de la propagande. On vous balance des images de cartes postales, mais dès que vous posez les pieds chez nous, on retire les crayons de couleur. Les gens natifs de la région survivent (le Lorrain est résilient), les autres plient bagages ou apprennent à faire un nœud coulant, quand la pluie du dehors déborde dans leurs yeux. Si le jeu du pendu était une discipline olympique, nous serions durs à battre.

Même le beau marché de Noël de Metz n’a pas la même saveur avec les cheveux mouillés. Il s’enlaidit quand tous les parapluies sont aux anges. Cette année, je l’ai traversé au pas de course, en remplissant mes pensées avec beaucoup de sable chaud.

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Catégories :Made in France

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3 replies »

  1. Désolée je n’ai pas de facebook… 🙂 Mais il est vrai que pour les infos, je trouve plutôt des choses comme ça et recherche à présent aussi les avertissements… je vais emménager dans quelques temps, et suis bien contente d’avoir eu votre vision quelque peu originale! Merci pour vos textes!

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    • C’est vrai qu’elle est belle ma région, ce qui n’empêche pas un peu de second degré… 🙂 Danny Boon n’épargne pas toujours sa région natale et Dieu sait qu’il l’aime beaucoup… Je vous invite à découvrir ma ville sur ma page Facebook. J’y ai mis un album photo pour la promouvoir auprès des étrangers.
      Merci pour votre commentaire !
      Au plaisir

      Olivier

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