Le test de la douche

Je dois à des douches le dépucelage de ma pudeur. J’avais 9 ans et je découvrais le football. Mon premier match fut une horreur. Pourtant, j’avais marqué mon premier but, ce que j’allais fêter dignement en payant ma tournée de laits fraise, et notre équipe l’avait emporté. Je me souviens que ce baptême du feu portait bien son nom, puisque la rencontre s’était déroulée sur un terrain rouge, la hantise des footballeurs. Quand on tacle sur ce genre de surface, les genoux s’en souviennent… Et puis ça brûle, ça pique même. 

Moi, durant toute la rencontre, je ne pensais qu’à une chose : les douches. Ce moment tant redouté où j’allais me retrouver à poil pour la première fois en public. Quand on est jeune, et aussi quand on est plus vieux à bien y penser, on est obnubilé par son anatomie. La question est alors de savoir si vous serez dans la norme, si vous surclasserez vos partenaires, ou si, au contraire, vous serez la risée ou la cible préférée de vos petits camarades.

Donc moi, l’ailier gauche, qui réussirait la prouesse de finir une fois meilleur buteur de mon équipe –  chez les cadets et dans un club de district pour être honnête, ce qui n’a rien d’extraordinaire – je repoussais l’instant où l’arbitre sifflerait la fin du match. J’avais pensé à plusieurs scénarios pour emprunter une porte de sortie. Notamment :

Non, c’est bon, j’ai même pas transpiré.

Bon, les mecs, j’en ai une très grosse. Donc, par respect envers vous, je préfère me laver chez moi.

Ah merde, c’est con, j’ai oublié mon shampoing dans la voiture de mon père. Je vais le chercher et je reviens… Je vous préviens, il s’est garé très loin…

Bien entendu, je n’ai mis aucune de ses trouvailles à exécution. Tout ça pour dire que je n’en menais pas large. Finalement, je me suis dit que c’était comme enlever d’un coup sec un pansement qui a été collé sur des poils. Le moment venu, j’ai donc baissé mon slip comme un pansement. Ne faisant pas partie de la caste des micro-pénis, tout s’est bien passé. Les autres douches ont été une formalité. Plus tard, chez les seniors, je ne trouvais même pas gênant les intrusions intempestives de la secrétaire du club, au milieu d’une douzaine de queues et d’une vingtaine de couilles.

Ou oublie souvent de le dire, mais le dépucelage de la pudeur est une étape parfois difficile à négocier quand on est jeune. Je dois au sport la guérison de ce complexe, ce qui m’a rendu un fier service par la suite. Je n’ai, en revanche, jamais révisé ma position concernant les terrains rouges…

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