– 17, on solde les températures

Les Montréalais avaient été prévenus : le week-end du 14 et 15 janvier allait être glacial, avec des températures, pour les plus douces, comprises entre – 15 et – 17. Autant dire qu’à ce niveau-là, les deux degrés de différence comptent pour du beurre. C’était donc ça, le grand ciel bleu dehors. On ne le répètera jamais assez : ciel bleu au Québec en hiver, thermomètre dans le frigidaire !

En mal de froid rigoureux dans ma Lorraine natale, où je venais de passer un mois sous la pluie et la grisaille, j’ai ressenti le besoin pressant de prendre une bonne rasade de stalactites sous les narines. Comme j’avais un petit creux, j’ai d’abord fait un crochet par une supérette asiatique où les sandwiches sont aussi bons qu’abordables. Le problème, avec ce froid de canard, c’est la durée très éphémère du chaud entre les deux tranches de pain. Du coup, il faut manger assez vite, voire même avaler les morceaux dépiautés par les incisives. À – 17, on ne flâne pas en dégustant son encas, on oublie la foulée nonchalante et la flânerie bucolique. On ne s’assied pas non plus sur un banc en contemplant les arbres nus. Non, on marche très vite, et on se surprendrait presque à aimer le sport pour les plus paresseux. L’hiver a au moins cet avantage : on accélère le rythme.

Donc, j’ai englouti mon poulet grillé enrobé de crudités. À ce moment précis, mes doigts goûtaient aussi à l’air si vivifiant. Sauf que le froid sec est trompeur. Au début, on ne sent rien. On roule presque des mécaniques, tout fier de tordre le cou à la rumeur vantant l’hiver des cousins. Même pas mal… Quelques secondes plus tard, on rejoint les rangs des pingouins frigorifiés au 3e degré. Rapidement, on ferme son manteau et on expire comme des centrales nucléaires (c’est moi qui produit toute cette fumée ?). On est même à deux doigts de demander qu’on prolonge la fermeture éclair du manteau jusqu’au visage, histoire de rester hermétique à ce froid piquant qui peint la figure en rouge. La couleur de la peau reste un bel indicateur de la température ambiante. Quand elle vire au mauve, c’est qu’elle n’aime pas ce qu’on lui fait subir. Si les mains deviennent noires, ça sent le bistouri et la greffe de pinces en titane… 🙂

Petit conseil, car cela m’est arrivé : vérifier que ses lacets sont bien faits. À – 17, on maudit cette chaussure qui devient plus ample quand un lacet relâche son étreinte. Je défie quiconque de faire un bon noeud avec des moufles. Donc, on les enlève, en maudissant cette fraîcheur qui va se loger dans le creux des genoux quand on se baisse.

Tout aussi agréable quand on passe de – 17 à + 20 en pénétrant dans un magasin où les radiateurs ont la fièvre. C’est bien connu : au Québec, ce n’est pas le froid qui maltraite le corps mais les chocs thermiques. Et ça marche aussi en été, quand les commerces et tout ce qui comporte un toit dans la ville abusent des climatisations qui font frissonner les organismes en surchauffe quelques secondes plus tôt sous la canicule ambiante.

Le pays des extrêmes le Canada ? Vu sous cet angle…

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