Mon Pompidou

Le Pompidou messin se distingue par son architecture audacieuse (photo Olivier Pierson)

Je connaissais déjà son frère aîné, un musée bien charpenté qui roule des métalliques dans un quartier de Paris. Un pavé trop futuriste dans la mare des puristes offensés par cette ortie géante qui dénature leur jardin compassé. Le petit dernier des âmes contemporaines percluses d’analyses aussi fouillées qu’hermétiques est né à Metz. Aucune ressemblance avec la parenté parisienne. Le Centre Pompidou battant pavillon lorrain porte un chapeau ramolli qui dégouline sur une charpente ahurissante. Une toile d’araignée qui courbe ses fils et piège les regards distraits qui se perdent dans ces alvéoles. La force du Pompidou messin réside dans son architecture audacieuse qui fait tourner la tête des automobilistes coincés aux feux rouges. Les vagues gazonnées qui cernent l’édifice font flotter le radeau des médusés sur un site autrefois moribond. Le terrain vague, emprisonné dans sa déshérence, n’est plus un pâle souvenir, un râle lointain… 

L’intérieur du musée laisse s’exprimer les toiles de maîtres sur des murs gargantuesques. L’infiniment grand côtoie le détail, l’espace drague l’intimité. Les visiteurs, eux, se découvrent des attitudes d’esthètes, adoptent des mimiques en décalage parfois avec leur pensée. La culture a ceci de fantastique qu’elle mélange tous les genres humains. C’est le goût des autres qui déteint sur votre façon d’être. Vous ne comprendrez rien à ce tableau, mais vous faites comme tout le monde : vous vous penchez, vous vous rapprochez, vous flânez avec une décontraction insolente, vous ouvrez la paupière de votre appareil photo. C’est ainsi, le flash fait l’amateur d’art… On y croise aussi des lycéens qui subissent cette culture alambiquée et ventilent les œuvres d’art avec leur démarche trop pressée. On y voit des pèlerins érudits en extase devant des cadres trop fragiles pour leur beauté intérieure. Et puis des meutes d’apprentis qui portent un costume trop large pour leurs épaules de débutants. 

C’est au dernier étage que mon Pompidou dévoile son vrai trésor. Un tableau dessiné par la ville qui change de couleur sur une immense baie vitrée où la météo joue les artistes. La cathédrale Saint-Étienne, petit bijou de l’ancienne cité gallo-romaine, reste immobile sur la surface transparente. Elle flotte sur l’horizon, écrase les stars de l’intérieur. S’arrêter dans ce musée, c’est aussi prendre de la hauteur pour observer sous un autre angle la fierté de toute une ville. Le monument religieux en impose, bombant ses vitraux comme une mise en garde adressée à son adversaire du XXIe siècle. Du haut de Pompidou, des siècles se contemplent. Un face à face de géants, un duel à la Morricone. Lui, jeune musée aux dents longues. Elle, lanterne inaltérable des nuits d’une belle endormie. Ils se toisent, ils se narguent, et pendant ce temps, le cœur des Messins retient son souffle…

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