L’homme qui valait 3 milliards en France et 6 millions au Québec

L’homme qui valait trois milliards. À ce tarif-là, il n’y en avait qu’un sur le marché. Inutile de dire que ses propriétaires avaient intérêt à en prendre soin. J’ose même pas imaginer le tarif de l’assurance pour parer aux pépins  éventuels ! Parenthèse : au Québec, c’était L’homme de 6 millions. Faudra qu’on m’explique cette différence de taille…

Le scénario de départ était un tantinet surréaliste : un ancien astronaute, devenu pilote d’essai pour la NASA, survit à un crash alors qu’il teste un nouveau jet. Pour parler trivialement, on appelle ça une chance de cocu. Après pareille péripétie, on vous accorde une place VIP place à Lourdes, terre de miracles et de mercantilisme.

Donc, Steve Austin respire encore après son atterrissage mouvementé, ce qui relève, je vous l’accorde, de l’euphémisme. « Un astronaute tout juste vivant » entend-on dans le générique français, ce qui est assez drôle comme expression. Toutefois, pour ne pas s’attirer les foudres des télespectateurs incrédules, les crédules ayant déjà rejoint le personnage dans l’écran, et pour ne pas sombrer totalement dans le delirium tremens, les scénaristes américains ont décidé de lui amputer deux jambes et un bras, mais aussi de lui faire perdre un œil. C’est un minimum, après tout, vu la douceur de l’impact. Mais c’est là que les concepteurs de la série sont forts. Car on ne fait pas grand-chose avec un héros sans jambes, borgne et manchot. Avouons que sur le papier, c’est pas bien emballant. D’où l’idée de lui rajouter des membres artificiels. Un Robocop avant l’heure. Ces modifications apportées, la série gagne en intérêt. Ouf.

Cette reconstruction avant-gardiste va permettre au colonel Austin d’être doté d’un bras droit à la force herculéenne. Dans le générique, on le voit exploser une balle de tennis dans sa paume. Bien entendu, par la suite, il parviendra à faire bien plus, histoire de justifier le coût exorbitant de sa chirurgie réparatrice. Le plus impressionnant, c’étaient ses jambes. Dans un fauteuil roulant, il aurait été inutile à Oscar Goldman, son boss, jamais avare d’une mission périlleuse pour son agent secret somptuaire. Avec ses nouvelles guiboles, il peut courir plus vite qu’une voiture ou un guépard, mais pas un train lancé à pleine vitesse, histoire de ne pas faire d’ombre à Superman. D’où des ralentis à profusion pour permettre à l’œil du mortel de bien suivre la scène. Pour décupler leur effet, on avait droit à une musique métallique. Par chance, on nous épargnait la totalité du ralenti, sinon on passait la journée devant son téléviseur. Moi, quand Steve Austin entamait sa course molle, j’en profitais pour aller pisser ou finir un bouquin. Outre des records à la pelle en athlétisme, ses jambes nouvelle génération lui servaient aussi de catapulte, ou de trampoline si l’on est un puriste. Il pouvait ainsi franchir un grillage ou un mur avec une facilité déconcertante.

Et puis il y avait son œil bionique, qui lui permettait de voir très loin. Ce zoom surpuissant était accompagné d’une autre musique, afin de distinguer cet autre pouvoir, tandis que la caméra se rapprochait de cet œil vissé sur une cible.

Par la suite, pour apporter un peu d’air frais à la série, on a inventé la femme bionique, Super Jamie, dont on ne connaissait pas le prix. L’effet nouveauté ayant déjà fait son effet avec son concurrent masculin, on sentait un certain essoufflement dans cette mouture pour filles, d’où ce titre un peu mollasson.

Outre un physique différent, elle rappelait fortement son prédécesseur dans l’enchaînement des prouesses. À un détail près, à localiser du côté des tympans, puisque cette femme sensationnelle avait non pas un œil, mais une oreille bionique. Parfait pour les commérages donc… (moi sexiste ?)

Précisons aussi que l’acteur Lee Majors est resté longtemps prisonnier de son personnage de prototype dispendieux, avant d’incarner Colt Sivers, alias L’homme qui tombe à pic. Comme un certain Steve Austin, qui est tombé sur terre comme un météorite. Ou comment faire la jonction entre la vie d’un robot et celle d’un cascadeur.

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