La Polisse que j’aime

Je viens de voir un petit bijou de film, et à moitié prix, comme quoi… Polisse, signé Maïwenn, déjà très inspirée avec son Bal des actrices, vient de sortir sur les écrans québécois, et je dois avouer que j’ai pris un bon coup derrière la tête. Je dirais même un uppercut, tant cette plongée au coeur de la Brigade de protection des mineurs de Paris vous prend aux tripes, en vous arrachant des larmes dans un silence de plomb. Film réaliste fleurtant avec le documentaire, Polisse émeut autant qu’il dérange. On sent l’impuissance de ces flics de l’ombre affleurer dans chaque séquence, et on se prend à aimer ces justiciers sans effets spéciaux, pas cowboys pour un sou, qui tentent avec les moyens du bord de replacer le curseur de la nature humaine au bon endroit.

Dans leur quotidien, les mots sont crus et les blessures profondes. On rit entre deux sanglots contenus, en reprenant son souffle dans ces petits sas de décompression parfaitement distillés. Polisse est un va-et-vient entre des émotions et des sentiments mêlés. Joey Starr, rappeur vociférant sur scène avec le groupe NTM, trouve ici un rôle à la mesure de son charisme de loup aux canines un peu amochées. À vrai dire, difficile de faire de la discrimination positive parmi la brochette d’acteurs engagés dans cette descente aux enfers, tant ils sont excellents. On en oublie d’ailleurs qu’ils sont des comédiens rétribués pour retranscrire un quotidien qui ne se nourrit pas, hélas, de fiction. L’agression ou le viol d’un enfant, relaté avec des mots sculptés au couteau, terriblement explicites, est encore plus difficile à accepter sur un écran géant, comme si nous, spectateurs, étions soudainement devenus la photographe campée par la réalisatrice elle-même, laquelle croque des instants de cette vie de policier dédiée à des victimes très jeunes…

L’épilogue est à l’image du contenu : dramatique et parsemé d’espérance. Elle rappelle avec une brutalité féroce, que ces hommes et femmes partis en croisade contre les Dark Vador du genre humain, ne sortent pas indemnes d’un métier qui les ronge de l’extérieur vers l’intérieur.  L’ignominie qu’ils combattent trouve un écho pesant dans le mal-être de ces éponges de la détresse des autres.

Polisse est un film réussi, dans sa narration et sa construction, aussi échevelé et imprévu qu’une journée où tout peut arriver. Si Maïwenn continue dans cette voie, il faudra s’attendre à la voir soulever d’autres trophées dans sa carrière de réalisatrice. 

En ce qui me concerne, ce film coup-de-poing m’a laissé quelques bleus. Je suis resté scotché à mon fauteuil quand le générique de fin est entré en scène. Juste pour savourer, réfléchir et prendre la mesure de tout ce que je venais d’ingurgiter. Avec des films de cette trempe, le cinéma français – acclamé récemment avec The Artist et Intouchables – semble bien parti pour mener la vie dure au rouleau compresseur américain. 

Le bravo made in France est pas mal non plus.


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Catégories :Le coin ciné

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