Mes voisins 3 étoiles

J’habite un bel immeuble. Pas cher (rien à voir avec les prix pratiqués en France), confortable, chaleureux malgré ses irrégularités. C’est un bâtiment de trois étages, comme il en existe tant à Montréal. Avec son escalier extérieur contorsionné et sa façade brune, il se fond dans l’urbanité locale. Il y a six logements dans cet agglomérat de briques aux faux airs aristocrates. Je pense qu’il aurait plus de cachet avec quelques voisins en moins. Ah, les voisins ! Ça faisait belle lurette que je voulais vous parler des miens. Enfin quelques-uns, qui ont en commun d’altérer mon système humanitaire conciliant. Ils ont trouvé le moyen, chacun à leur façon, de me pogner les nerfs comme on dit au Québec (je traduis pas, on a compris).

Je commence par le voisin du dessous, celui qui a planté son salon et sa grosse TV sous ma chambre. Je lui dois quelques séquences de karaté improvisées contre mon mur. Un gros trou à la droite de mon oreiller me rappelle chaque soir sa propension à regarder ses films à des niveaux sonores difficilement compatibles avec la tolérance censée assouplir les velléités belliqueuses de l’homme. Un mec qui allume son poste à 7h30, en oubliant qu’il n’est pas seul dans l’immeuble, ou qui, passé largement 22h, doit avoir des tampons hygiéniques dans les tympans pour ne pas entendre son vacarme, ne peut pas avoir droit à ma sympathie. Cerise sur le gâteau : il est réglé comme du papier musique. Tous les matins, même heure, une série que je devine policière. Du coup, j’ai fait une croix sur mon réveil, j’attends simplement que mon voisin sourd passe en monde cathodique. Il est fort. Agaçant, mais méticuleux dans le matraquage de couilles. Le plus drôle, c’est que je ne l’ai jamais vu, ni même aperçu. Trois ans à cette adresse, et la surprenante sensation de cohabiter avec un poltergeist. Je vous jure, si un jour je le croise, je le prends en photo et j’envoie le cliché à tous ces illuminés qui nous bassinent avec le Yéti. Venez à Montréal, j’ai trouvé sa tanière !

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On descend d’un étage… Nous sommes au rez-de-chaussée. C’est quoi toutes ces crottes de chien ? Je croyais que les Québécois toutouphiles ramassaient les déjections de leur clébard ? Alors pourquoi pas lui ? Lui, c’est le voisin qui vit, ou qui squatte (j’hésite) plus bas. J’ai parfois l’impression qu’il sous-loue son chenil à des jeunes de passage, lesquels ont oublié de dire bonjour, préférant vous regarder passer avec le regard vide du lobotomisé. Un jour, le voisin a récupéré une espèce de golden retriever ayant appartenu à une veille dame. Le chien en question, plus tout à fait jeune, fait assez pitié, passant le plus clair de ses sorties attaché à une corde. À moins de 10 minutes à pied de là, il y a un parc immense où il se ferait, à mon humble avis, un plaisir d’aller s’aérer la truffe. Au lieu de quoi il doit se contenter d’un bout de trottoir devant un immeuble. Je vous laisse deviner où il lâche ses besoins… En hiver, c’est exquis, le blanc mettant parfaitement en valeur ses jets citronnés. Donc, pour résumer, le bas de l’immeuble a des airs de dépotoir à cause d’un gars qui a une notion vague de l’entretien d’un animal de compagnie. Et puisque l’élastique de son hygiène donne pas mal de mou, je songe à aller joindre ma petite crotte à ces compositions canines qui jurent sur la neige.

Toujours au rez-de-chaussée, une maman d’origine maghrébine élevant seule avec ses enfants. Apparemment, il y avait un homme dans sa vie d’avant, puisque les marmots qui vivent avec elle sont très probablement le résultat d’une collision entre un spermatozoïde et un ovule, la thèse de l’esprit saint étant utopique. Le problème, c’est que le papa, que j’ai entraperçu à quelques reprises, avait un peu la main lourde avec sa tendre et belle. Enfin, c’est ce que m’a dit une source pas très bien informée. Une rumeur alors ? Possible… Toujours est-il que le couple est séparé. Si j’avais été juge, je lui aurais refilé la garde de son fiston. Car c’est lui mon problème, c’est lui qui prend parfois le long corridor de leur appart pour une piste d’athlétisme. Si encore il courrait comme un danseur étoile, j’arriverais sans doute à surmonter cette envie compréhensible de se défouler, mais ce n’est pas le cas. Il fut un temps où l’on entendait des gros boum !, un peu comme si on tapait une tête ou un poing contre un mur. Ce bruit sourd étant souvent accompagné d’un cri de rage; j’en ai déduit que le garçon était en proie à de sacrés accès de colère. Le genre qu’on prive de dessert et qui, pour se venger, part défoncer une paroi dans sa chambre. Normal quoi…

Voilà, c’est mon petit quotidien. Par chance, ma colocataire est propre (20 minutes sous la douche tous les matins), dotée d’une ouïe suffisamment fine pour m’entendre parfois ronfler à travers les murs, et plutôt encline à aller se dépenser dans une salle de gym.

Ah, les voisins…

 

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Catégories :Tranches québécoises

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