La fièvre d’un samedi soir

Ces derniers jours, j’ai pas mal innové. Après avoir passé avec succès le test de la quiche (lire ma chronique précédente), j’ai relevé un autre défi de taille pour le célibataire que je suis : garder trois enfants. Tout est parti d’un service proposé à un couple d’amis, histoire de leur permettre d’en profiter un peu le temps d’une soirée. Quand j’ai lancé cette invitation, je ne paniquais pas trop. Mais plus le jour fatidique approchait, plus je me demandais à quelle sauce j’allais être dégusté. Ne pouvant plus faire machine arrière (une parole est une parole), je suis donc devenu un nounours, masculin approximatif de nounou.

Ma mission ? Simple : garder un minimum d’autorité sur la marmaille jusqu’au retour de papa et maman, les coucher à 21h et leur donner à manger. Pour me faciliter la tâche, les parents avaient déjà préparé la bouffe, à savoir des croque-monsieur, ce qui incluait la possibilité de se sustenter avec les doigts, donc moins de vaisselle à l’arrivée. Le défi était d’autant plus surmontable que deux des enfants ont 10 et 7 ans, donc autonomes pour la toilette et tout disposés à communiquer sans passer par les grimaces et les onomatopées. Ce que je craignais en revanche, c’était la petite dernière : pas encore deux ans, aucun vocabulaire (comme sa mère quand elle a trop bu), et surtout une dépendance à l’adulte pour certaines opérations, si vous voyez ce que je veux dire. Mon appréhension a vite été confirmée quand sa môman m’a invité à passer dans la chambre (jusque-là c’était très intéressant), pour me montrer comment changer sa couche. À ce moment précis, il y a eu comme un mouvement de panique dans ma tête, comme une alerte à la bombe menaçant de faire imploser mon corps. Je suis resté stoïque, adoptant la mine du gars qui en a vu d’autres. Mon amie avait beau me rassurer, m’expliquant que leur fille aînée pouvait venir à la rescousse au cas où, j’anticipais le moment où j’allais devoir nettoyer le pipi, voire le caca (oh mon Dieu !). Aucune échappatoire possible, pas même l’éventualité de la coucher sans cette incontournable révision. J’allais devoir y passer. Maigre consolation : pas de biberon à donner.

Avant ce moment tant redouté, j’ai pu mesurer le difficile et éreintant rôle des parents. Ce genre d’expérience est enrichissante dans la mesure où l’on comprend mieux leur quotidien. Moi, au bout d’une heure de garde, j’en revenais à regretter de ne pas avoir une seconde tête et une autre paire de bras. Si les enfants en question n’avaient pas été si bien élevés, je serais peut-être devenu serial killer… Toujours est-il que j’étais déjà lessivé après 60 minutes de baby-sitting. Faire plusieurs choses à la fois, devoir répéter la même chose, avoir un œil sur tout… c’était presque trop me demander.

Aux dernières nouvelles, les enfants ont aimé cette soirée. Faut dire qu’en les couchant à 21h45 au lieu des 21h prescrits, j’avais de grandes chances d’engranger des points. Quant à la plus jeune du trio, on peut dire qu’elle m’aime. Je suis son liseur préféré, et j’avoue qu’on ne peut pas rester insensible à une gamine qui tient votre bas de pantalon comme si vous alliez vous enfuir. Si j’ai assuré pour la couche ? D’après la maman, oui. J’ai aussi eu droit à un gros câlin (je parle de la petite) avant son dodo, ce qui est assez réconfortant je dois dire. On m’avait aussi prévenu qu’une fois en position horizontale, elle pleurait, mais pas très longtemps. Ils n’avaient pas menti. Que ce fut dur au passage de la laisser brailler sans lever le petit doigt. J’ai tout fait ce soir-là, jusqu’à la tournée des bisous. Putain, ça m’a presque donné envie d’être papa cette histoire.

Et quitte à faire les choses à fond, j’ai aussi testé – puisque j’ai dormi sur place, vu l’heure tardive à laquelle sont rentrés les parents – la nuit en plusieurs morceaux. Le canapé qui m’accueillait étant proche de la chambre nuptiale, j’ai eu droit aux crises de larmes de la petite. Le lendemain, j’étais frais comme un zombie, d’autant que le fils de la tribu est un lève-tôt, et qu’il a pour habitude d’allumer la télé en attendant que son père et sa mère apparaissent. Ma petite chérie n’a pas tardé à faire également son apparition, toute guillerette en constatant que j’étais toujours là. Pétillante comme une rose. La chanceuse…

Mes narines ont vite compris que sa couche était devenue un barrage sur le point de rompre, à en juger par l’auréole laissée sur le divan après une petite séance de lecture. Une odeur assez forte, le genre qui pique les yeux et vous coupe l’envie de prendre le petit-déjeuner. Et pas moyen de la changer, le linge propre étant rangé dans la chambre de ses parents, lesquels grappillaient quelques minutes de quiétude et de sommeil après une nuit agitée. Houston, we have a problem…

La maman a fini par se lever, à mon grand soulagement. J’étais sauvé ! Je crois qu’à ce moment précis, j’ai cru apercevoir la Vierge. 

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Catégories :Souriez !

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1 reply »

  1. CHANCEUX ! J’en connais qui auraient aimer être à ta place ! Pierre n’a pas trop niaiser ? Lalie t’a joué du violon ? As tu eu le droit de lire le livre avec le loup qui fait peur ?
    Avec le jouet qu’on voit sur la photo, as tu réussi à faire des phrases genre : GDKKOQ ou GPTOVC ???
    Tout ça me manque !

    J'aime

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