Canadien de Montréal : misère et décadence

Pierre Gauthier, directeur général controversé, a été démis de ses fonctions au sein de l’organisation du Canadien de Montréal.

C’est officiel depuis plusieurs jours : le Canadien de Montréal est éliminé des séries éliminatoires. Ça leur pendait aux lames. Englué dans les bas fonds du classement, on lui prédisait le cachot depuis quelque temps déjà, même si un contingent d’irréductibles optimistes s’accrochait à la logique des petits calculs, nonobstant des performance anémiques et erratiques sur la glace. Vous savez, le célébrissime « mathématiquement, tout est encore possible… »  Aujourd’hui, la seule opération en cours est la suivante : en soustrayant les qualités intrinsèques d’une équipe ambitieuse (passion, régularité, âme…), on obtient l’ennui et la déception. On peut aussi ajouter les erreurs de toutes sortes et les contingences, le résultat est le même : une formation bientôt en vacances.

De son côté, la presse sportive est condamnée à la resucée. D’un match à l’autre, les commentaires ont le hoquet. On relit inlassablement les mêmes termes crépusculaires. Toujours très dur de faire la une avec une équipe qui ne le mérite pas, mais qui doit à la dimension quasi-religieuse du hockey au Québec sa présence sous le feu des projecteurs. Même les derniers soubresauts de fierté censés sauver une saison de misère sont restés dans leur coquille. Symboles de cette déconfiture, les gradins du Centre Bell ne sont plus aussi garnis que d’habitude. Certains abonnés n’ont plus le cœur à venir soutenir une équipe condamnée, et sans doute aussi condamnable. Mais à qui la faute ? La question est au centre des débats qui agitent en ce moment la communauté bleu-blanc-rouge, qui sont, je le rappelle aux néophytes, les couleurs du Canadien de Montréal, ce qui explique peut-être pourquoi, inconsciemment, les immigrants français en sont dingues (perso, j’assume).

Quinzième dans l’Est, 29e dans la ligue nationale de hockey, le Canadien de Montréal ne fera pas descendre grand monde dans les rues cette année, si ce n’est la foule des mécontents qui vident leur cœur sur les réseaux sociaux. Difficile, dans cette litanie de mécontentement, de cibler un coupable. Chacun a sa petite idée pour rétablir le courant entre l’équipe phare de Montréal et ses partisans. Il semble toutefois y avoir un consensus sur la nécessité de nettoyer les écuries d’Augias. La direction est la première ciblée par ce grand nettoyage (de printemps pourrait-on dire), en raison de choix tactiques et sportifs souvent décriés par les commentateurs et les partisans.

Dans une province très attachée à sa langue française, la nomination d’un entraîneur unilingue anglophone, en remplacement de Jacques Martin – qui plus est à un moment inopportun puisque l’équipe était encore dans la course aux séries – est pour beaucoup la goutte qui a fait déborder le vase. N’ayons pas peur des mots : on n’était pas loin du crime de lèse-majesté ! J’ouvre au passage une petite parenthèse pour rappeler que la place accordée à cette équipe dans les médias frôle parfois la démesure.

Inutile de vous dire que le congédiement du directeur général Pierre Gauthier, annoncé aujourd’hui, a fait l’effet d’une bombe. Non pas que ce soit une surprise, mais tous s’attendaient à ce que le propriétaire de l’équipe, la réputée et enracinée famille Molson, attende la fin de la saison pour rebattre les cartes. Ce coup de tonnerre a plutôt provoqué, avouons-le, une tempête de soulagement. On s’attend également à ce que le coach anglophone, présenté un peu maladroitement comme un intérimaire lors de son intronisation, fasse aussi les frais de ce remaniement tant attendu.

Tous les yeux sont désormais tournés vers Patrick Roy, dont les prouesses devant le filet du CH résonnent encore dans la mémoire des passionnés. Détenteur de deux coupes Stanley sous ce maillot légendaire, Cassau, comme on le surnomme ici, est décrit comme un personnage bouillant, qui a déjà eu maille à partir avec la discipline en raison d’un caractère un peu trop entier. Mais c’est peut-être de ce genre de technicien dont le Canadien de Montréal a besoin pour retrouver les sommets et la gloire. Comme l’a souligné si justement Goeff Molson au cours de sa conférence de presse, la nouvelle organisation devra redonner à ses partisans ce qu’ils méritent, à savoir « la meilleure équipe possible sur la glace ». C’est peu dire qu’il y aura du pain sur la planche. 

Beaucoup estiment que ce poids lourd du sport collectif ne peut plus se contenter de simples participations aux séries éliminatoires du printemps, mais devrait au contraire viser le titre suprême, ce qui ne lui est plus arrivé depuis 1993. Un mot revient d’ailleurs souvent dans les commentaires : stabilité. Il en faudra assurément pour redonner à cette organisation son lustre et sa notoriété. Reste à savoir si les joueurs inutiles et dispendieux feront aussi les frais de ce changement important.  Et si ce chambardement tant désiré aura les effets escomptés sur la glace… Tout ça pour dire qu’on ne recollera pas le vase brisé de la fierté d’un simple coup de baguette magique.

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