Voleur et nudistes

(Je réédite une ancienne chronique pour souligner un anniversaire qui me tient à cœur. Ma grande amie Régine, qui fête ses 40 ans, est une des protagonistes de cette histoire rocambolesque qui me fait encore rire aujourd’hui. Petit cadeau à cette folie qui me manque…)

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La scène est comique, et je la relate avec l’accord des protagonistes.

Le décor : un appartement de la rue Jeanne d’Arc à Nancy. Un couple est sous la douche. Puis un bruit, et un second, comme un objet qui tombe. L’homme extirpe la tête du rideau et aperçoit, dans le miroir de la salle de bain, le reflet d’un individu faisant main basse sur l’ordinateur portable. C’est la panique à bord ! Aussitôt, le voleur est saisi par les amoureux. Il se débat, semble énervé, genre c’est pas lui, il le jure. Petit détail qui a son importance : Régine et Gino n’ont pas eu le temps d’enfiler un peignoir. Imaginez la scène : un voleur interpellé par un couple à poil, mais pas échangiste.

Loin de se démonter (et accessoirement s’habiller), les nudistes poursuivent leur interrogatoire. L’autre s’obstine : « Je ne suis pas voleur. Je travaille pour le Droit au logement et je cherche des appartements à squatter. » Régine lui demande alors ce qu’il fait avec son ordi dans la main. Réponse tout aussi scabreuse : « Mais rien, je regardais juste au fond. » « Au fond de quoi, de l’ordinateur ? », s’impatiente mon amie, déjà victime d’un cambriolage l’année précédente. Pensant qu’il va être balancé à la police, Arsène Lupin (enfin une pâle copie) réitère ses propos comiques : « Je vous jure que je ne suis pas un voleur, je travaille pour le DAL, je pensais que l’appartement était vide. » Moi, un squat entièrement meublé, avec ordinateur portable, frigidaire bien garni, etc., je prends tout de suite !

Entretemps, Gino – Italien de son état – part chercher les fameux peignoirs. Devant l’incongruité de la situation, le voleur prend soin d’ajouter qu’il s’est aperçu de leur nudité mais qu’il n’a pas regardé, ignorant tout du mot contradiction. Il sera finalement relâché. La propriétaire appellera toutefois les forces de l’ordre, qui alpagueront le jeune homme peu de temps après. Il visitait un autre appartement pour le Droit au logement. Belle conscience professionnelle. L’histoire ne dit pas s’il a croisé d’autres corps dévêtus. Si c’est le cas, je fais voleur à Nancy !

Tout aussi édifiant les propos tenus par le policier qui a reçu la plainte :

« Vous devriez voir avec votre assurance pour les remboursements des choses qu’il a abîmées. Les assurances sont là pour ça. Votre cambrioleur n’est pas solvable. Vous savez, le pauvre, il ne vit que de ça, il n’a pas d’autres revenus. »

Régine, offusquée, mais habillée cette fois :

« Si je comprends bien, je fais du social en me laissant cambrioler ? »

Bigard, euh, le flic :

« Oui, en quelque sorte. »

Régine, propriétaire d’un appartement témoin pour le Droit au logement :

« Mais mon cambrioleur, il est où maintenant ? »

L’assistant social :

« Ben chez lui ! Vous ne voulez quand même pas qu’on l’enferme ! Si on se met à enfermer les gens comme lui, on est bon pour ouvrir une seconde prison à Nancy. Le vôtre, il n’est pas dangereux. »

Conclusion, pour reprendre le constat de mon amie :

« Cambrioleur est un métier, mais je ne sais pas si les butins sont imposables. »

 Et en plus, on se rince l’œil. Le job rêvé !

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