Gun’s N Pig

Mois d’avril. Je quitte la station du métro Mont-Royal. Je perçois quelques notes de musique. Jusque là, rien d’anormal. De nos jours, on ne dégaine plus son appareil photo pour croquer le portrait d’un musicien dans la rue, sauf si vous êtes Japonais ou un membre de sa famille, ou encore, mais c’est peu probable, si le troubadour gratte sa guitare avec ses pieds, ou dans une posture inconvenante. 

Le mien était normal… quoique. C’est son visage que j’ai pas remis. Il dénotait dans ma panoplie d’êtres humains normalement constitués. C’est quoi cette tête de cochon ?! Je ne suis pas en train de l’insulter : il portait un masque à ne pas mettre entre les mains d’un boucher psychopathe. Donc, un cochon qui chante à ma droite. Et un cochon qui chante du Guns N’Roses, ça court pas les rues, sauf à Montréal. Le problème, c’est qu’en chantant avec le visage recouvert, on n’entend pas grand-chose. C’est aussi vrai pour le musicien lambda qui arrondit ses fins de mois que pour le chanteur adulé par ses fans. Un masque de cochon sur la tête et on devient moins mélomane. On sourit aussi. À 16h, j’en ai vite conclu que ce que mes yeux me renvoyaient n’était pas la conséquence d’une absorption d’alcool immodérée, ou d’une séance d’hypnose encore agrippée à mon inconscient (voir un cochon quand on est un pervers, ça me paraît logique :-))

Si ça se trouve, c’était le vrai chanteur des Gun’s qui tentait de relancer sa carrière, incognito, dans la métropole québécoise. Et moi, comme un con, je suis passé devant lui en souriant. En même temps, je ne suis pas un grand fan d’Axl Rose, et loin de moi l’idée de me faire tatouer son kilt légendaire sur mon cul tout blanc. En revanche, la prochaine fois que je croise un musicien qui reprend des tubes de Michael Jackson, affublé d’un masque de Bambi ou de chimpanzé, je m’arrête devant lui en criant qu’Élisabeth Taylor est une grosse salope. S’il pète un câble en hurlant que je suis bad, j’aurais la preuve que le Roi de la Pop (qui a dit pop corn ?) est toujours en vie.

Imaginez : Montréal, havre de paix des idoles pas mortes qui veulent finir leurs jours loin du tumulte pailleté ? Personnellement, je me lancerais à la recherche de Gainsbourg, pour lui dire qu’à Paris, ils ont barbouillé sa maison laissée en déshérence. Je demanderais aussi à Elvis l’adresse de son coiffeur, et j’expliquerais à Jim Morrison qu’il ne fallait pas confondre réincarnation avec défenestration. J’irais poser une bise sur la joue d’Édith Piaf pour la remercier de n’avoir rien regretter. 

Vous remarquerez qu’il faut avoir un peu d’imagination pour pondre autant de lignes à partir d’un masque de cochon. Je précise que je suis en pleine possession de mes moyens à l’heure où je les écris. Mais quitter les sentiers battus, dans un monde où l’on vous invite à préférer les chemins balisés, ça fait un bien fou !

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