Cocktailmania

Jeudi 25 septembre 2003. Je frôle la débauche dans un appartement paisible de Metz où vit une famille ordinaire.

Tout commence simplement. Un coup de téléphone à un ami qui a investi ses économies d’incurable joueur de tiercé dans un échantillon de boissons sélectionnées pour leurs effets secondaires sur l’organisme humain. Forcément, je me devais de tester la précieuse cargaison, jalousement gardée par son propriétaire, rompu à l’exercice des vodkas descendues cul sec.

Nous prenons donc rendez-vous, sans passer par une hypothétique secrétaire. Je vais donc m’abreuver de ces préparations made in Frank. Chez cet ami français de souche polonaise, l’alcool a longtemps imbibé la moquette de son quatre pièces avant de trouver place dans un bar acheté avec d’autres économies, lorsqu’il lançait des nains à Varsovie.

Donc, comme prévu, je rejoins l’adresse indiquée, après avoir pris soin de me garer comme un non-voyant sur le trottoir, devant l’entrée du lieu de péchés. En deux trois mouvements, j’accède à l’antre de ce fils d’immigrés. Je pénètre sans faire de bruit pour ne pas réveiller les 12 enfants qui dorment dans le cagibi.

Nous nous installons dans le salon. Officiellement, je viens pour déguster un cocktail. Frank enfile son habit de lumière. Ce soir, le barman, c’est lui. Je sens qu’il trépigne à l’idée de m’en foutre plein la vue en dessinant des arabesques avec ses bouteilles, mais la prudence l’en dissuade. Sage décision. Il s’assied et se réfère scrupuleusement aux livres qu’il a achetés pour devenir le roi du monde, et même de l’univers, des cocktails. Il respecte les doses, avant de se raviser : on va doubler les proportions. Ça, c’est pas bon signe. Quand un Polonais se met à faire du zèle en matière liquide, cela signifie qu’on va se mettre minables, finir comme des zombies en chantant du Modern Talking, pour consommer, le lendemain, des cocktails de cachets pour le mal de crâne…

Le voilà qui secoue énergiquement son shaker rutilant, acquis grâce au bas de laine d’une tante hongroise ayant fait fortune dans le saucisson. Il transpire, verse le contenu de sa mixture au goût prononcé de Cognac dans des verres spécialement conçus pour ce genre de créations. L’apparence laiteuse et onctueuse est trompeuse. Les yeux disent « Hum, ça a l’air appétissant », mais l’estomac réplique : « Pas si vite les gars, ça sent le guet-apens. » Je bois une première gorgée. Bing !, je reçois un bon coup de massue sur la tête. Je précise que je suis arrivé le ventre creux à ce rendez-vous. Les minutes passent et ma pensée trépasse. Elle devient opaque avec l’enchaînement des breuvages servis par mon acolyte. Gin, rhum, et autres nectars parfument les inventions. Je décide d’envoyer un SOS à mon camarade de beuverie. Faut que je mange, sinon je vais vomir. Il compatit et me ramène du pain de la mine encore congelé, dont j’oublie la consistance revêche en avalant quelques morceaux de saucisson exquis et de fromage pour Liliputiens (du Babibel).

Cet intermède me revigore, sans pour autant déserrer l’étau qui compresse ma tête. J’ai la tête qui tourne. Un cocktail de plus et je chie sur la table. Par chance, mon appartement est tout proche. Donc, si je veux ramper jusque chez moi, c’est possible. Il est bientôt minuit. On discute musique. J’ai parfois l’impression de lancer des phrases sans en être le bâtisseur. Je suis anesthésié des pieds au cou, mon visage fait de la résistance. Nous achevons notre soirée en écoutant du Julio Iglesias. Putain, on est vraiment à la cave !

Bon, c’est pas tout ça, mais je dois quitter Miami, euh, Metz. Avec tout cet alcool dans les veines, j’ai cru qu’on était aux States. Je repars sans faire de bruit, en contenant cette vessie parée pour l’épandage d’urine. J’appréhende ma descente dans le couloir de l’immeuble. Elle s’annonce laborieuse. Elle l’est. J’évite in extremis la chute, et par conséquent le tableau ridicule d’une Tour de Pise qui passe de diagonale à horizontale sur le plancher lustré. Mon pote se marre comme une otarie en pleine représentation dans un cirque. Si je lui lance un ballon, c’est sûr il me le renvoie !

Je m’installe dans ma voiture. J’aperçois un volant, je suis du bon côté. J’ai 800 mètres à parcourir et toute la nuit pour y parvenir. Si la police me fait souffler dans le ballon, je leur garantis une couleur qu’ils n’ont jamais vue. Je finis pas trouver une place non lojn de mon entrée, et pousse même le zèle jusqu’à faire un créneau. J’assure. Je monte mes quatre étages en prenant tout mon temps. Je me déshabille et me jette sous la couette de mon lit oriental. J’ai vite rejoint les bras de Morphée, en rêvant d’un café bien frappé.

PS : On rappellera que, contrairement au mauvais exemple donné ci-dessus, l’alcool et le volant sont incompatibles. Même à 800m de chez moi, un accident était possible. Depuis cet épisode, j’ai fait voeu d’abstinence… je ne fréquente plus de Polonais. 

Publicités

Catégories :Souvenirs souvenirs...

Tagged as: , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s