Quand Stef conduit…

C’était un soir comme tant d’autres. J’attendais mon ex beau-frère (il le fut deux mois en voyant large). Stéphane, l’homme à qui je dois, pour m’avoir transmis le virus, mes virées estivales à Lourdes, au service de malades et handicapés. Conducteur de train – on dit mécano dans la profession – et accessoirement d’une Peugeot 306 rouge. Nous étions attendus à Sarrebourg, petite ville de Lorraine proche de l’Alsace pour ceux qui ne connaissent pas.

La conduite occupe une grande place dans la vie de cet ami de longue date. C’était écrit. Avant d’avoir la vie de tant de voyageurs entre ses mains (sa maxime fétiche pour justifier son salaire indécent à la SNCF), il a exercé ce talent inné dans une auto-école, où les jambes parfois dénudées de ses élèves féminines lui servaient de rétroviseurs. De cette période, Stef a conservé une certaine assurance derrière un volant, et quelques paternités non déclarées ici et là (je plaisante). Cet homme, mesdames et messieurs, a le code de la route dans le sang ! Et tant pis pour les radars qui ont le laser en berne. Même ses spermatozoïdes exècrent ses excès de vitesse, c’est vous dire ! Tout ça pour confirmer qu’on se sent toujours en sécurité à bord de son auto. Il assure, déroule sa partition de chauffeur modèle, avec la jubilation du client qui essaie un nouveau véhicule. Les mains ? Toujours à 10h10. Le clignotant ? Une seconde religion. Le coup d’œil rapide dans le rétro ? Un exercice de style. Le passage des vitesses ? L’accord parfait. Difficile, dans ces conditions, de se laisser aller à quelques anecdotes. Disons le tout de go : on se fait vite chier quand c’est lui qui roule. Pas de feu rouge grillé ou de tonneaux dans un champ de maïs à vous narrer, et encore moins de course poursuite avec une patrouille de police, toute sirène hurlante, à ses trousses. Quant au déracinement de platanes, il faudra repasser…

Et pourtant, Stef n’est pas parfait. Pour le côtoyer depuis longtemps, et après avoir pris plaisir à décortiquer chacun de ses faits et gestes, je vous livre ici son talon d’Achille (je ne parle pas de la BD mais de sa faiblesse), qui n’est pas lié à sa conduite à proprement parler, ni à l’habitacle de sa bagnole un peu désordonné.

Je me rappelle d’un voyage vers la Moselle Sud. L’escapade a confirmé ce que je savais déjà: mon ami est atteint de zapping musical aigü. Avec lui, une chanson dure 30 secondes. À l’origine, cette maladie procède d’un bon sentiment, celui de vous faire partager ses penchants musicaux quand ce ne sont pas ses derniers coups de cœur. Il faut être rôdé comme je le suis pour accepter ce rodéo. Le tic a refait surface au moment d’écouter le dernier album de Rammstein, un groupe de metal allemand qui a banni le mot « finesse » de son vocabulaire. Donc, il m’annonce qu’il a copié le nouvel opus des Teutons. L’autoradio aspire le CD. C’est parti pour un medley à sa sauce.

« Je vais te faire écouter la 4, elle est pas mal », commence-t-il. OK. Juste le temps d’entendre un soupçon de mélodie. Il coupe.

« Non, pas celle-là. Ce doit être la 5… » Allons-y pour la 5. Cette fois, j’ai droit à 20 secondes (record battu). Il se ravise encore. Et ainsi de suite. Puis finit par trouver les chansons en question. Chouette ! Problème : même son best of n’a pas droit à un temps d’antenne prolongé.

« Celle-là, je l’aime bien », tranche-t-il à un moment. Puis il ajoute, comme s’il m’offrait un cadeau :

« On va l’écouter en entier. » Il a dû lire dans mes pensées. En entier, ça voulait dire une minute, j’avais pas perçu cette nuance. Je souris intérieurement.

Il fit toutefois un effort pour une chanson qui m’avait bien plu. J’aurais dû me  taire, car sur le chemin du retour, j’ai eu droit à ce titre presque en boucle. Et devinez quoi ? À ce moment précis, j’ai regretté son zapping musical. 

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