Yves Jamait : l’hommage aux mots

(petite vidéo d’une chanson superbe qui me touche profondément)

Indéniablement mon coup de cœur des FrancoFolies de Montréal… J’avais déjà vu Yves Jamait en concert, il y a quelques années à Metz, alors qu’il débutait son ascension vers la notoriété, ou, devrais-je dire, sa petite gloire tranquille. Car le Dijonnais appartient à cette race d’artistes qui tapent la causette avec quelques fans après un spectacle, et vous regardent droit dans les yeux, sans auréoles ou de flashes crépitants au-dessus de la tête. Musicien sur le tard, Jamait est un artiste qui scintille dans l’ombre de la chanson française, comme tant d’autres, ceux qu’on lapide ou qu’on moque sans vraiment les connaître. Il excelle dans le cercle des chanteurs et musiciens sous-estimés, qui se serrent les coudes loin de la renommée des caméras, et qui broutent leur gagne-pain sur le plancher des hommes.

J’ai pu interviewer le dandy prolo comme on l’a déjà surnommé, ce qui lui va assez bien je trouve. Je n’ai pas été déçu. Tout respirait la franchise chez lui, jusqu’à sa poignée de main, sa verve franche et humaine, cette voix posée qui jure avec ses éruptions scéniques, et cette simplicité gravée sur l’écorce de ce poète jubilatoire. Yves Jamait sirote des bistrots qui tendent à disparaître dans le paysage français. C’est sa came, son pastis ou son verre de vin quotidien. Quand il vous parle, vous êtes accoudé à ce comptoir où il a fait glisser pas mal de beuveries, en l’écoutant vous narrer son histoire avec une voix de rogomme.

Dans les troquets, Jamait reluque la nature humaine et ses mélanges colorés avec beaucoup d’affection. Il en retranscrit chaque séquence avec une dose de nostalgie dans ses flashback. Poivrot de la poésie, ivrogne titubant sur les pages d’un dictionnaire servant d’appui à ses fulgurantes percluses de mots très forts parfument son haleine d’épicurien. L’alcool des mots coule dans ses veines, ivre de ces alliés qu’il enjolive avec une soif d’amoureux fou. Un partenaire textuel qui copule à pleins poumons, et avec une rage folle,  dans les entrelacs de la syntaxe gauloise.

J’ai observé Yves Jamait, je l’ai applaudi en donnant un sens à mes claquements de paume. En privé, j’ai bu ses paroles, en profitant de cette parcelle intime aux côtés d’un homme de conviction, adversaire des courbettes guindées et des distinctions de pacotille, dont le seul et unique plaisir est la scène, où sa voix rauque et son énergie emportent tout, balayant les impuretés laissées par le doute. Il y a du Jacques Brel dans cet homme qui habite ses chansons, avec des gestes aussi gourmands que sa bouche, et une propension à devenir un peu acteur pour donner un cadre à ses petits trésors. Car Jamait est un fournisseur de pépites, un déterreur de soleil, qui peint ses chansons avec une inspiration d’impressionniste.

Rarement aura-t-on vu un artiste célébrer la langue française avec des trémolos dans le cœur, invisibles à l’œil nu, mais palpables au creux de nos tympans endormis par la décadence musicale ambiante. Sa prestation aux Francos de Montréal était d’autant plus belle qu’elle rendait aussi hommage à cette langue meurtrie en Amérique du Nord, tailladée depuis des lustres par le cutter anglophone, mais également malmenée au pied de ses remparts originels.

Jamait derrière un micro, c’est le poing levé de l’authenticité, regard modeste et facétieux plongé dans celui qui, comme lui, aspire à plus d’égalité sur la scène culturelle, ou sur les ondes pas très catholiques des radios commerciales qui ignorent ou vomissent sur ces pirates à la gouaille inspirée, la vraie.

Si j’ai tant aimé Yves Jamait, c’est sans doute pour la vision sans maquillage derrière le rideau des coulisses. J’ai jasé avec une copie conforme de la scène. Un être qui se donne et qui écoute, et qui repart comme il est venu. Le plus simplement du monde.

Un être, enfin, à qui je dédie cette chronique harnachée à sa prose, inspirée par son aisance avec les mots. En bon écriturien, je tenais à puiser au fond de mes lignes pour le remercier. C’est fait.

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2 replies »

  1. j’ etait des gens dehors qui ont eu l’ honneur de lui serrer la paluche et comme vous le decrivez il est……
    un bien simple et sympathique poéte …qui redonne du gout a la poesie francaise avec une voix divine

    J'aime

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