L’Euro sauce tomate

Les personnes allergiques aux klaxons ont sans doute supporté l’Allemagne aujourd’hui à Montréal, alors que la Mannschaft affrontait l’Italie en demi-finale de l’Euro. Car en cas de défaite, vu la proportion moindre des expatriés teutons ici, on en était quittes pour un pétage de tympans. Je ne suis pas allergique aux klaxons, mais je dois avouer que voir des drapeaux italiens fouettés par le vent sur des voitures servant de caisse de résonance à la liesse collective, ça a réveillé de douloureux souvenirs. J’ai repensé à la Coupe du monde de 2006, au coup de boule de Zidane qui allait faire « zouker » la France (grâce à la chanson de Julius Berg), à l’Italie qui ne devait pas gagner. C’est toujours pareil avec les Ritals, ils surgissent toujours là où on ne les attend pas… Disons-le tout de go : le contre-pied est devenu un art, que dis-je, une marque nationale chez eux ! Les grandes équipes aiment la contradiction. 

La communauté spaghetti étant très nombreuse à Montréal, au point où il est possible d’aller flâner dans la Petite Italie, quartier de la ville où, comme son nom l’indique, on met des I partout quand on s’exprime, nous avons eu droit à un beau concert de klaxons et des sourires tout garnis, comme les pizzas les plus roboratives. Et dire qu’à une couleur près, je sortais mon drapeau français. Oui mais voilà, mon emblème, il est en berne. Le mien me sert à recouvrir deux grosses malles dans ma chambre. Il a de la valeur à cause des signatures qui le constellent. Des autographes de vedettes ? Oui, si on veut… Car mes stars à moi, ce sont ces ami(e)s qui ont laissé un petit mot sur le grand bout d’étoffe, le jour où j’ai quitté l’Hexagone pour la Belle Province. 

Mais revenons à nos chers Italiens. J’ai une pensée pour un certain Gino, ami enfanté par la Botte, lequel, dans un trou paumé appelé Luxembourg, a dû célébrer comme il se doit cette place inattendue en finale de son équipe fétiche. Inattendue, c’est le mot. Je résume, pour mieux comprendre. La Squadra Azzura est arrivée à cet Euro blessée dans son amour propre, maculée de rumeurs sur une possible exclusion de la compétition après une sombre affaire de matches truqués. On la disait vieillissante, bancale, et on se gaussait sans doute d’une élimination prématurée. C’était un peu l’arbre qui cachait la nouvelle désillusion française. Et voilà ti pas qu’elle terrasse l’ogre allemand, qui avait jusque-là déroulé son football léché, sans trop de bavures. On pensait que le bretzel allait aspirer la nouille. Et puis bang ! Deux buts d’un attaquant qu’on croit échappé de l’équipe de la Côte d’Ivoire. Un Black dont le nom finit par un I, histoire d’évacuer tout malentendu. Super Mario (c’est son prénom), attaquant erratique, s’est mué en Zorro au meilleur moment. Un sauveur, un animateur de titres dithyrambiques à lui tout seul. Balotelli : depuis le match contre la Mannschaft, ce nom est en passe de devenir une marque de sauce tomate, tant il est sur toutes les lèvres.

Comme je l’ai écrit un peu plus tôt sur ma page Facebook, il y a donc une grosse différence entre la France et l’Italie : pour la seconde, l’adversité n’est pas un problème. La Vieille Dame a beau être ridée, moins resplendissante que ses glorieuses aînées, elle conserve cette prestance des puissances footballistiques qui ne meurent jamais vraiment, qui consolident un palmarès avec des prestations sorties de derrière les fagots. Les grandes nations du ballon rond se transcendent le jour des grands rendez-vous. Le bleu des maillots de nos chers voisins latins est peut-être plus clair que le nôtre, mais force est de constater qu’il va resplendir et suer à grosses gouttes le soir de la grande finale. Pas le nôtre, assez sombre quand on y repense. 

Puissent nos Bleus prendre exemple sur cette équipe dont on ne donnait pas cher de la peau, et qui se retrouve aux portes de la gloire européenne. Rien que pour ce pied-de-nez aux pronostics outrecuidants, je leur tire mon chapeau.

Dimanche, promis, je fais des pâtes. 

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