Le grenier des délices

Le bonheur, c’est quoi ?

Le bonheur, Monsieur Pierson, il tient à peu de choses. C’est par exemple une chambre cosy blottie dans le grenier d’un ancien magasin général restauré et surchargé d’objets décoratifs. Par un heureux concours de circonstance, je me retrouve dans cette pièce d’habitude si prisée, mais par chance libre ce soir-là, qui est aussi la plus chère de l’établissement. Je suis au Mange Grenouille, dans le village du Bic, lové dans la région du Bas Saint-Laurent. La façade rouge happe le regard et l’intérieur est plus spacieux qu’il n’y paraît au premier abord. L’endroit parfait pour les évasions amoureuses ou les contemplations. Les fins gourmets sont aux anges, les menus persuasifs. Les délices du palais comme un prolongement de l’intimité feutrée du dedans.

Donc, ma chambre surplombe cette auberge au cachet bucolique, où le temps, paresseux, baille comme un félin repu après un agréable festin. Mon nid douillet est à l’image de mon lit : spacieux et confortable. Je me suis lavé dans une baignoire sur pieds, puis j’ai enfilé un peignoir. Je me sens propre, léger, en parfaite symbiose avec mon cocon relaxant. Je ne suis plus ce visiteur qui a mariné dans ses vêtements, sous les coups de boutoir d’une humidité écrasante. Les lumières sont tamisées, les meubles larges d’épaule, massifs et poétiques. Du bois partout, comme une crème apaisante pour les courbatures de la journée. Dans mon lit, je pourrais aisément poser 4 Olivier l’un à côté de l’autre, ou tendre mes deux bras sans sortir du matelas. Les 10 oreillers posés sur ce radeau nocturne devraient suffire à amortir mes rêves. J’ai aussi ouvert les fenêtres, car sous la grande baie vitrée ouverte sur le parc du Bic et le Saint-Laurent (vivement le réveil !), j’entends la ritournelle d’un ruisseau sans équivalent dans le registre des berceuses. Le robinet des pensées positives est grand ouvert, je suis prêt pour la gabegie.

Je suis bien. Je savoure. Demain, je devrais changer de chambre. Alors je profite du moment présent, je capte le moindre détail et j’empaille chaque seconde. Vu de ma fenêtre, le bonheur est opaque, riche de sous-entendus. Il coule irrésistiblement par petites gorgées. J’ai beau garder les yeux ouverts, ce sont mes oreilles qui me tiennent en haleine. Je n’ai pas tiré les rideaux pour en prendre pleine la vue, dès la remontée du soleil dans les sondages de la matinée. 

Ça peut être ça, le bonheur. Un réveil ordinaire dans un havre extraordinaire. Le Québec appartient aussi à ceux qui se lèvent tôt…

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