Londres – la Jamaïque en une Or grâce au TGV Usain Bolt

Usain Bolt a écrasé la concurrence et fait taire les critiques à Londres, en s’adjugeant haut la main la médaille d’or au 100 m.

Comme beaucoup, j’ai assisté à la finale du 100 m aux JO de Londres. L’épreuve reine de l’athlétisme me fascine. Ça me rappelle les courses de 60 m à l’école primaire. Des rivalités bon enfant se forgeaient avec ces épreuves. Je me souviens de la suprématie de deux camarades. Ils se tiraient la bourre sans la moindre acrimonie, en s’échangeant les victoires. Il n’y en avait pas un meilleur que l’autre. Ils étaient tous les deux bons, au-dessus du lot. Y avait eux, et y avait nous… Même à notre âge, nous les admirions. Une fois que le sifflet de l’instituteur avait retenti, ils fonçaient. Alexandre et Olivier (nous étions deux Olivier dans la classe) étaient intouchables. La course de vitesse, c’était leur chasse gardée, et ils l’avaient bien verrouillée. Alexandre compensait sa plus petite taille avec des foulées explosives, il suintait la puissance. Olivier avait l’air plus détendu, presque flegmatique, le dos droit et les mains fendant l’air. Chacun avait son style, et la même soif d’en découdre. Les autres élèves avaient accepté de concourir dans ce qui s’apparentait à une course parallèle, pour les gens normaux…

Le sport est truffé de ces duels qui tiennent en haleine une cour d’école, un quartier, un pays ou toute une planète. À Londres, il ne faisait pas un pli que les deux Jamaïcains Usain Bolt et Yohan Blake feraient comme Alexandre et Olivier. Le second avait pris le meilleur  sur le premier (disqualifié après un faux départ) lors des derniers championnats du monde. Ça sentait bon la revanche, tandis que les mauvaises langues pariaient sur une nouvelle défaite du roi Bolt, comme le signe avant-coureur d’une déroute enclenchée ou d’un passage de témoin dans un stade adoubant un nouveau maître du sprint.

Quand les coureurs ont pris position, posant un genou à terre comme s’ils partaient en confession, je me suis rapproché de la télévision pour ne manquer aucune miette. J’étais avec eux, comme aspiré par la Tamise. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, j’ai assisté à toutes ces simagrées habituelles. Il faut s’y faire, les dieux du stade sont remplis de tics et de mimiques à la limite parfois du ridicule. Usain Bolt n’est pas le dernier à cabotiner, un peu, beaucoup, passionnément. Et vas-y que je te mime un DJ sur ses platines, et vas-y que j’en remets trois couches. Ou cet athlète américain singeant le salut militaire de son pays, comme s’il partait au combat, avec ce patriotisme exacerbé qui m’horripile. J’ai donc vu des acteurs qui passaient un casting, en vue, sans doute, d’une reconversion dans le cinéma ou le théâtre… Je dois avouer que c’est pas la partie de la course que j’apprécie le plus. Il me semble qu’un petit salut de la main au public devait suffire. J’imagine que c’est une façon comme une autre d’évacuer la pression ou de faire le plein de testostérone, muscles tendus et braquemart suffoquant dans des combinaisons moulantes.

Usain Bolt, on le sait, pêche un peu dans les départs. C’est après que la magie opère, quand il dévore les mètres avec la grâce et la régularité d’un félin. Je suis toujours subjugué par ses grandes foulées. On dirait qu’il ne force pas, allant même jusqu’à relâcher son effort pendant les qualifications. Sur la ligne d’arrivée, il n’a pas été nécessaire de faire appel aux nouvelles technologies pour départager les coureurs. Bolt venait de frapper un grand coup en conservant sa couronne olympique et en signant une nouvelle marque au pays des 5 anneaux. 9’63 » pour parcourir 100 m, ça laisse rêveur. Pour rivaliser avec lui, il faudrait qu’on m’installe dans l’enclos d’un tigre affamé ou dans la chambre d’une vieille fille  anglaise édentée, affamée elle aussi.

Moi, quand je cours, mon centre de gravité diminue et j’ai les jambes qui miment l’Arc de Triomphe. Un style peu orthodoxe pour rafler une médaille d’or. Sauf si elle est en chocolat…

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