Haro sur les discomobiles

Pour protester contre cette pollution sonore qui m’exaspère, alors que je lisais tranquillement mon journal à la terrasse d’un café…

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Le Québec n’est pas épargné. Ils ont les mêmes. Je veux parler de ces automobilistes qui nous importunent avec leur musique tonitruante dont ils nous abreuvent en aérant leur voiture. En France, on les surnomme les « Jacky » ou les « René », c’est selon. Leur violon d’Ingres : nous casser les oreilles, et faire naître en nous des envies d’homicides. Les Jacky sont des ringards égoïstes qui font du prosélytisme avec leur discothèque personnelle. Si telle musique leur plaît, alors ça plaira forcément au badaud. Les ringards dont je vous parle ont un volant entre les mains, et un pois chiche entre les deux oreilles. C’est en tout cas ce que m’inspire l’imbécile qui fait crisser ses pneus ou accélère brusquement sur des routes limitées à 50 km/h pour épater la galerie et nous polluer avec sa virilité déplacée.

Pour localiser un Jacky,  il  suffit parfois de tendre l’oreille. Vous captez un son lointain de plus en plus puissant ? C’est lui, et c’est mauvais signe. Quand il arrive à votre hauteur, la quiétude et la concentration éclatent en morceaux. « Je lisais quoi déjà ? » « Tu disais ? » Ça vous cogne les tympans, et vos globules rouges commencent à perdre patience. Le plus souvent, c’est une musique taillée pour les nerfs qui s’échappe du véhicule, ou de la discothèque ambulante devrais-je dire. À pleine puissance, le DJmobile nous livre ses plus belles compos. Elles sont souvent nerveuses, vous n’entendrez jamais de musique classique, de jazz ou des contines pour enfants. À chaque Jacky sa zik à claques.

Par définition, un Jacky est sourd, ou en passe de le devenir. Mais il est généreux. C’est un mélomane qui vous rabat les oreilles, qui fait du prosélytisme musical le pied sur l’accélérateur, en espérant secrètement que le feu va passer au rouge, histoire de prolonger la souffrance du badaud pris en otage. Il est comme ça, il partage, en baissant la vitre comme il baisserait son pantalon pour une petite pipe. Vous polluer les oreilles, c’est sa petite jouissance, son petit jardin secret et navrant. Parfois même, il pose un coude de plénitude sur le haut de la portière. Le ridicule ? Il connaît pas. Lui, ce qui l’importe, c’est cette gloire éphémère dont il inonde le passant à grands renforts de décibels.

Généreux, le Jacky sait aussi se montrer courageux, lorsque, au cœur de l’hiver québécois, il se risque à tomber la vitre comme il tomberait la chemise pour bomber le transistor. La froideur ambiante n’a aucune prise sur sa transe. Quoique plus rare dans le paysage, le Jacky des neiges distille quelques morceaux hurlants qui ressemblent à des barouds d’honneur sur la banquise montréalaise.

Ils sont finalement comme les hirondelles qui annoncent le printemps. Leur ballet sonore constitue une manifestation éclatante de cette belle saison. Quand les Jacky sont de sortie, tu peux te découvrir d’un fil. On se console comme on peut.

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