L’Impact côté loges

J’ai assisté à un match de football dans une loge privée. C’était samedi à Montréal. L’Impact affrontait l’équipe à battre de la MLS (Major League Soccer) : les Earthquakes de San José. Avant cette rencontre, j’avais eu l’occasion d’aller voir évoluer les Bleu et blanc. C’était il y a deux ans, et je m’étais fait chier. Il faut dire qu’à l’époque, la formation québécoise évoluait dans un championnat inférieur. L’enceinte était aussi plus petite, avec ses 11 000 places, et l’ambiance peinait à emballer des gradins clairsemés. C’était l’automne, autant dire ici presque l’hiver.

Samedi, le tableau avait changé, il s’était comme embelli, à commencer par son cadre. Un stade revigoré par des mois de travaux, avec sa charpente clinquante et sa pelouse rasée de près. Le jour et la nuit avec mes souvenirs. Tribunes désormais couvertes, capacité quasiment doublée (20 000 sièges), loges privées, et longues bandes électroniques derrière les buts pour catapulter des messages publicitaires dans les cerveaux partisans. Ce soir-là, outre la venue du leader du championnat, tout était propice à une belle soirée. L’air était doux, le ciel en gougounes (sandales) et les gradins copieusement remplis. Il ne manquait qu’une victoire pour sabrer le champagne.

Contrairement aux arènes européennes, l’ambiance est assez bon enfant dans le stade de Montréal. À ma droite, j’aperçois même un secteur dans les tribunes réservé aux familles. Durant le match, l’équipe états-unienne se fera huer, comme l’arbitre d’ailleurs, mais rien de bien méchant. Pas d’escorte en fin de match pour protéger l’homme en noir, pas de fieffés racistes imitant les cris de singe pour déstabiliser un joueur de couleur, et, surtout, aucune rixe nauséabonde entre clans rivaux et dépourvus de cervelle. Non. Au Québec, et en Amérique du Nord en général, le sport est encore une affaire de convivialité.

Pour encourager l’Impact, des cartons oranges en forme d’éventails, et frappés du mot « Olé », ont été distribués au public. D’autres ustensiles, comme les incontournables bâtons gonflables, apportent leur écot au tintamarre ambiant. Moi, je surplombe tout ce beau monde. Je suis dans cette loge, pas très spacieuse mais confortable, avec vue imprenable sur le terrain. Logique, me direz-vous : manquerait plus qu’elle donne sur le parking ! 🙂 Les plus frileux peuvent suivre le match sur un grand écran à l’intérieur. Un bar est à disposition. Pizzas et hot-dogs ont été commandés, ainsi que du vin pour faire descendre le tout. À l’extérieur, chaque cellule dispose de sa rangée de sièges en cuir. Ils sont larges et épais, on se croirait au cinéma. De notre belvédère, on a l’air de parvenus invités par de riches Qataris accros au ballon rond. On trinque, on cambre la nuque, ça descend tout seul. Après, y a de meilleurs skieurs que d’autres.

Autre différence notable par rapport aux enceintes françaises : c’est la bière qui vient aux supporteurs ici. Des gars se promènent dans les travées avec des plateaux de cervoise bien chargés. Les verres en plastique, figés dans des compartiments individuels, trouvent vite preneur. On se croirait vraiment au ciné, la vente de friandises en moins. Avant que le match ne commence, le public se lève soudain comme un seul homme. Que se passe-t-il ? Un supporteur traversant le terrain nu comme un ver, pour défendre une cause ou déclarer sa flamme à sa dulcinée ? Même pas. J’avais oublié : c’est l’heure des hymnes. Les joutes nationales respectent aussi ce protocole. Nous voilà tous debouts. J’ai dû poser mon assiette et mon verre à mes pieds pour me fondre dans cette solennité de façade. On se croirait sur un porte-avions qui part en guerre. Personne ne pipe mot. Même pas le droit de péter si ça se trouve, au risque de se faire rabrouer. Par chance, ça ne dure pas des plombes. Dans notre secteur, je ne vois pas beaucoup de yeux humides et de mains sur le cœur. La sympathie des Québécois à l’égard du Canada a ses limites. Je me rappelle en souriant qu’ici, on est d’abord Québécois avant d’être Canadien. Un pays, deux solitudes. Un vrai slogan dans cette partie du globe.

Et le match dans tout ça ? Quatre buts, trois cartons rouges, et au final la victoire de Montréal, avec l’avantage d’un joueur supplémentaire. Je dois avouer que l’arbitre avait la main leste sur les expulsions. Au bout de 20 mn de jeu, chaque formation avait déjà perdu un joueur. Je le soupçonne d’avoir voulu oxygéner le jeu, qui ne laissait rien présager d’excitant au départ. À la fin de la rencontre, un message est apparu sur le grand écran du stade pour encourager le public à faire du bruit. Les ultras se limitant à quelques dizaines d’agités, dont quelques torses nus, la technologie vole au secours de l’équipe en réveillant les paresseux, et tout ceux qui, comme moi, n’appartiennent pas à la caste des purs et durs qui perdent un poumon après avoir vociféré pendant 90 mn. Il devait aussi y avoir des Marseillais parmi leurs ultras, ou en tout des croisés, car on a entendu à quelques reprises le célébrissime « Aux armes… » qui met le feu aux poudres au Vélodrome.

Sinon, comme en France, vous avez aussi une partie du public qui se casse avant la fin du match. Autant dire que le foot, ils n’en ont rien à foutre. Pour eux, ce qui compte, c’est partir plus tôt pour éviter les bouchons aux abords du stade ou dans le métro. Les 5 ou 10 dernières minutes sont généralement mises à profit pour disparaître. Qu’importe si un autre but est inscrit, ou si une soucoupe volante en panne de carburant se pose en catastrophe sur le terrain. Ils partent. Eux, ils font comme le corps arbitral avec les arrêts de jeu, sauf qu’ils les retranchent au lieu de les ajouter. Imaginons 45 mn d’arrêts de jeu (ce qui n’arrivera jamais) : eh bien ils loupent une mi-temps ! 

Voilà, c’était ma soirée foot côté loges. Il est prévu que je retourne supporter cette équipe fin septembre, mais parmi la plèbe cette fois. J’espère ne pas m’évanouir. On s’habitue vite au luxe. 🙂

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