Road trip : jour 1

Vue de ma table de pique-nique. Le Saint-Laurent à marée basse. 

(Montréal/Baie-Comeau : 674 km)

Premier jour de mon road trip qui va me faire traverser la Côte-Nord, la Gaspésie puis le Bas-Saint-Laurent. Quatre mille kilomètres environ en 15 jours. Oui, je sais, c’est copieux…

Aujourd’hui, j’ai testé les longues, (très) longues routes du Québec, et à 100 km/h pour corser le supplice (pas le choix ici, c’est la vitesse maximale autorisée). Des routes droites, parfois sinueuses, mais interminables ! Des routes comme des claques, des routes comme des croche-pieds terriblement usants pour le moral enthousiaste qui prédomine avant chaque départ en virée.

La mise en bouche a été roborative : près de 800 km, 10 heures de trajet en incluant quelques pauses (et rebelote demain). Fort heureusement, un panorama grandiose, le baume parfait pour adoucir la fatigue. Après la ville de Québec, la province ouvre les voiles. Aux abords du Saint-Laurent, prince parmi les seigneurs de sa race, le vent s’agite, balaie quelques nuages moribonds. Et puis la forêt, immense, à perte de vue. La région de Charlevoix combine les deux éléments, l’eau et la terre. Charlevoix, c’est la région des montagnes russes.

Par moments, j’ai eu le sentiment de me sentir seul au monde, surtout sur ces portions de route où il n’y avait pas âme qui vive, et encore moins de station essence pour se raccrocher à un symbole contemporain. Rien que la nature, rien que elle et moi, splendide, nue sous sa robe feuillue, parfumée aux résineux et terriblement robuste malgré quelques bruissements de feuilles.

Ce que je retiendrai de cette première journée ? Une anecdote. Mon pique-nique improvisé au bord de la route 138, seul et unique moyen de rallier la Côte-Nord. Bref, c’est pas compliqué. J’ai stoppé mon véhicule à la sortie de La Malbaie, ville d’environ 10 000 âmes. Il était 14h, et ça faisait déjà 5 heures que je jouais au DJ dans ma voiture. Oui, pour combattre la monotonie du bitume, j’ai emporté une bonne vingtaine de CDs, en évitant les albums trop soporifiques… Je dois avouer qu’écouter du AC/DC quand on attaque, pied au plancher, les montagnes de Charlevoix, cela a quelque chose de jouissif. On n’est pas loin de l’orgasme… 

Mais revenons à ma pause déjeuner. Donc, je me gare. Je ne suis pas seul. Deux hommes, visiblement des employés municipaux, s’affairent à repeindre les bancs de l’aire de repos en bleu. Certains d’entre-eux, à peine remaquillés, sont d’ailleurs interdits au public. J’en choisis un avec vue imprenable sur le Saint-Laurent, dont je suis tombé amoureux il y a quelques années. C’est marée basse, mais même en culotte courte, il impose le respect. D’autres touristes ont eu la même idée que moi. J’aperçois une nuée de mouettes qui tournoient dans le ciel, tandis que l’air iodé me colonise les narines. Je suis bien. Je dégaine ma paire de jumelles. Rien à l’horizon, même pas un orignal en bikini. Je m’octroie aussi quelques secondes de lecture. J’ai aussi apporté deux livres, au cas où, mais là, c’est vers ma table de repas que je penche mon museau. J’aperçois des inscriptions qui me mettent vite au parfum. Visiblement, il y a un corbeau à La Malbaie ! Ça balance sec au Québec. Je lis : « Marc-André X (je donne pas les noms) encule des chèvres et aime sucé (je laisse aussi les fautes) pour 2$. » Autre phase, même tentative de poésie : « Sa charue de mère suce pour seulement 50 cents. » Charrue de mère, je connaissais pas l’expression. L’auteur(e) a aussi pris soin de laisser des numéros, mais j’ai pas osé appeler… 🙂 50 cents, ça vaut quand même le coup.

Avant de reprendre la route, je décide de me soulager. Ça tombe bien, j’aperçois au loin des toilettes sèches. Ah, les toilettes sèches ! Un autre supplice au Québec. Si vous êtes bon en apnée, vous sortirez frais comme un gardon de ce royaume des mauvaises odeurs. Car, comme son nom l’indique, il n’y a pas de chasse d’eau dans ce genre de cocon. Même pas une larme. Rien ! Par chance, j’y allais pour la petite commission. Le problème, c’est que tous les visiteurs ne font pas comme moi. Donc, je rentre. Et là, je fais un truc de fou : je ferme la porte ! Croyez-moi, dans une toilette sèche, il faut prendre son courage à deux mains pour crocheter le loquet de la serrure. Une fois à l’intérieur, il est fortement déconseillé de ne pas s’attarder sur le contenu de la cuvette, sauf si vous êtes un biologiste zélé ou juste un malade. Le mieux est de penser à un endroit paradisiaque, nonobstant l’odeur de fosse septique qui vient souiller votre belle carte postale. Une fois en position de vous soulager, il y a plusieurs solutions : vous tombez dans les pommes, vous pleurnichez en balbutiant des « je veux rentrer chez ma maman », ou vous vomissez, histoire d’apporter votre touche à la composition ambiante. Si vous avez les yeux qui piquent, c’est normal. 

Je crois que les toilettes sèches ont été inventées au Québec pour apprécier pleinement, et à sa juste valeur, les fragrances et le charme fou de la nature locale. Moi, quand je suis sorti de mon confessionnal (oui, j’ai tellement dégusté que j’ai tout avoué, même des choses que je n’avais pas commises), j’ai rempli mon réservoir d’air frais. Je crois bien que j’ai préféré les étrons littéraires de l’écrivain anonyme à cette odeur insupportable. C’est dire…

Photos : Olivier Pierson.

Dans le beau village de Cap-à-l’Aigle, au cœur de la région de Charlevoix.

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1 reply »

  1. Salut Olivier,

    Merci pour cette description haute en couleur (et en odeur…) de ta première pause pique-nique ! C’est sympa de pouvoir suivre ton périple à distance.
    David m’a dit que tout était ok côté logistique. Tu confirmes ?
    Profite bien de ces magnifiques paysages et ramène-nous des beaux papiers.
    On the road again !!!
    Bye.

    JM

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