Road trip : jour 5

Le phare de Pointe-des-Monts, datant de 1830, où j’ai passé la nuit. Elle est pas belle la vie ? 

(Baie Trinité/Baie-Comeau : 94 km)

Aujourd’hui, je visite l’archipel de Sept-Iles. La journée commence mal : le petit-déjeuner prévu à mon hôtel est annulé. Quand j’ai vu arriver la jeune employée avec son air contrit, j’avais compris. La faute à une panne informatique. Je me suis rabattu sur un Tim Hortons. Moins classe, pas cher, mais efficace. Pas un 3 étoiles, mais à 6h du matin, je ne demande jamais la Lune ! J’ai rendez-vous avec Pascale, une employée de Tourisme Sept-Iles fraîchement rentrée de vacances. Nous serons quatre dans le zodiac qui nous emmènera visiter l’archipel, dont Robert, notre chauffeur, teint halé de vieux loup de mer jurant avec sa chevelure poivre et sel. 

Au cours de la visite, qui dure une heure trente, il me fournit un tas d’explications, sur la ville et sa baie, ses industries minières et les îles à proprement parlé, dont une d’entre elles, répondant au nom de Corossol, est interdite au public puisque c’est un important sanctuaire d’oiseaux protégés, dont les Petits Pingouins. La tournée insulaire est usante pour mes lombaires douloureux. Car la mer, sans être déchaînée, est un peu agitée. Lancée à vive allure, notre embarcation devient vite un tape-cul. Quand le bateau lève son nez sous l’effet d’une vague, avant d’aller claquer la surface, j’ai l’impression de décoller moi aussi. Je me dis alors que ma grosse veste-bouée rouge aura peut-être son utilité, quand le capitaine hurlera « un Olivier à la mer ! »

Bateau pour la pêche à la crevette, activité principale des pêcheurs de Sept-Iles avec le crabe.

Les îles de l’archipel vont par deux, m’apprend-on. Je fais notamment connaissance avec La Grosse Boule et la Petite Boule. Je les rebaptise les îles testicules, conscient que leur appellation va faire sourire certains de mes lecteurs français. Je dois avouer que je me suis pincé les lèvres quand notre guide m’a annoncé, le plus sérieusement du monde, que nous avions sur notre gauche la Grosse Boule et sur notre droite la Petite Boule. Mais ce n’est pas sur une de ses valseuses que nous avons posé le pied. Une excursion est prévue sur La Grande Basque. Deux petites heures de randonnée, entrecoupées d’un repas aussi équilibré que délicieux, offert par l’organisme touristique de Sept-Iles. Le sentier est assez boueux et par endroits abrupt. Pascale a le palpitant qui crépite et moi les dessous de bras qui suffoquent. Nous finissons notre balade sur le dos bombé d’une grosse roche plantée au sommet de notre belvédère, d’où nous profitons d’une vue imprenable sur la ville. Le temps est gris, mais la découverte du panorama apporte du soleil à notre instant présent.

La sortie sera aussi mise à contribution pour découvrir, avec l’aide d’une saisonnière, la faune et la flore du Saint-Laurent maritime. Je me retrouve, successivement, avec différents oursins, dont un en forme de cailloux façonné pour faire des ricochets, une étoile de mer et un bigorneau dans la paume de la main. Il y a aussi des crabes mais je passe mon tour. J’ai jamais aimé leur apparence, et un animal qui se déplace de travers ne peut pas gagner ma confiance. À 15h, nous embarquons à nouveau, direction la terre bétonnée de la modernité. Belle rando, belle évasion. J’ai la peau salée. 

La suite, ce sont 140 km à parcourir pour rallier Baie Éternité, où un toit m’attend, Et pas n’importe lequel. Pour le rejoindre, je quitte la 138 et je bifurque sur une route secondaire. Onze kilomètres qui serpentent vers le bout du monde, et surtout vers un décor historique et enchanteur en diable : un phare datant de 1830. Un phare comme sur les cartes postales, rouge et blanc. On dirait une charlotte aux fraises, je la dévore du regard. C’est là que je vais faire de beaux rêves. Oui, je sais, la vie est dure. À peine arrivé (le site est inaccessible aux véhicules, il faut emprunter un joli pont de bois), je mitraille la bâtisse avec mon appareil photo. L’ancienne maison du gardien, construite en 1912, a été réaménagée en auberge et restaurant. L’endroit est géré par Anne Poulin, à la fois directrice générale et chef cuisinier. Mon repas sera un festin. Cinq services et une évidence pour mes papilles : Anne est une cordon bleue. Madame est reconnue pour encenser les produits régionaux, frais de préférence, derrière ses fourneaux. Son établissement fait le bonheur des amateurs de fruits de mer. Véritable femme d’affaires, cette native de la région de Québec, plutôt franche du collier, a été adoptée par la Côte-Nord. Le coup de foudre a eu lieu en 1982.

Rencontre avec un porc-épic sur les rochers bordant le phare de Pointe-des-Monts.

Je lui raconte ma surprenante rencontre, alors que je photographiais son phare. Derrière moi, un porc-épic, plus apeuré que l’auteur de ces lignes, surgissant des gros rochers où je joue les funambules en croquant le monument historique. Première fois que j’en vois un d’aussi près. Comme souvent lorsque cet animal se sent menacé, il me tourne le dos, dévoilant sa belle galerie piquante, laquelle, aplatie par le vent du large, est devenue moins menaçante. De guerre lasse, ayant sans doute compris que je suis un bipède têtu et coriace, il finit par se laisser prendre en photo, oubliant les tactiques d’intimidation. Il a bien fait, je ne lui voulais pas de mal, juste figer ce face à face inattendu. Encore une belle rencontre, plus animale cette fois. Pas de baleines en revanche dans ce corridor habituellement très fréquenté par les cétacés. La gérante m’a conseillé de retenter ma chance demain matin. Elle a aussi promis de me dévoiler un autre spectacle. Depuis neuf ans, un couple de marmottes, qu’elle a baptisé Josée et Victor, vient faire bombance avec quelques carottes et du pain dès la levée du jour. C’est devenu un rituel. Paraît qu’ils ne sont pas sauvages pour un sou. J’ai hâte de faire connaissance. Un porc-épic la veille, des marmottes le lendemain. C’est aussi ça le Québec, authentique et sauvage, comme cette Côte-Nord qui est si belle sans maquillage.

Quant à moi, j’espère bien dormir cette nuit. Ce n’est pas le vent sifflant à l’extérieur qui me dérange, mais la perspective de dormir dans cette petite chambre monacale qui était autrefois celle de Victor Fafard, le fondateur de la bâtisse, en 1912. Anne m’a glissé, sourire en coin, que son fantôme viendrait peut-être dormir avec moi cette nuit. Je n’avais pas envisagé le phare de ma carte postale sous cet angle frissonnant…

Photos : Olivier Pierson.

La journée avait bien commencé, avec une excursion sur la Grande Basque, une des sept îles de la ville du même nom.

 
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