Road trip : jour 9

Le phare de La Martre, unique de par sa structure en bois, est un site incontournable du Québec maritime.

(Parc national de la Gaspésie/Gaspé : 194 km)

Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec deux phares, deux splendeurs dans leur genre. Le Saint-Laurent en compte 45, et tous sont situés sur des sites à couper le souffle. 

À La Martre, il est impossible de ne pas distinguer cette grosse lanterne d’un rouge flamboyant, comme attisé par les rayons du soleil. Ce teint de cerise agrippe le regard et tranche avec l’herbe verte où il coule des jours paisibles. Ajoutez le Golfe du Saint-Laurent, large de 111 km à cet endroit, et un vent à ventiler les corps et les âmes, et vous aurez un bel aperçu de ce petit paradis de la poésie. 

Construit en 1906, le monument doit un fier service à Yves Foucreault, véritable mémoire vivante des lieux. La première fois qu’on le croise, on pense justement à un gardien de phare, ce qu’il a fini par devenir par la force des choses, puisqu’il veille au grain avec une passion contagieuse. Yves a le physique de l’emploi, des mains pour démonter des pneus et une passion perceptible dans cette façon de vous conter son phare. À 63 ans, ce natif de la région montréalaise, adopté comme tant d’autres par la Gaspésie, a toujours la même étincelle dans le regard, même si le souffle est devenu plus court quand il gravite les marches de la lanterne martroise. 

L’ancien architecte d’intérieur se dévoue corps et âme pour sauvegarder et pérenniser ce petit bijou du patrimoine maritime. Depuis 32 ans, il veille sur cette structure de 19 mètres de haut, en vante les particularités, ne comptant plus les couches de bénévolat qui ont repeint sa vie. Faute de moyens financiers suffisants, les projets se concrétisent avec parcimonie. Récemment, le grenier du musée a été aménagé. Notre guide ne désespère pas d’y installer un jour un espace axé davantage sur ces histoires humaines que ces bâtiments ont enfantées. 

Quand il vous narre l’histoire du phare de La Martre, Yves Foucreault est comme un adulte qui redécouvre un de ses vieux jouets. Dehors, les bourrasques de vent viennent buter sur l’ossature du bâtiment. Posté au sommet, sur le balcon encerclant la lentille Fresnel, l’humain que je suis doit surmonter son vertige et des bourrasques à déraciner une frêle silhouette. Le phare, lui, reste imperturbable. Aucun craquement, pas la moindre fébrilité. Pour un centenaire, force est de constater qu’il se porte comme un charme. Décontaminée en 2011, la lanterne attire les curieux comme les mouches. Problème : une grande majorité d’entre eux se contente de la prendre en photo, faisant l’impasse sur le musée, et donc des rentrées d’argent qui apporteraient un peu d’oxygène. Ils passent à côté d’une autre manne, plus culturelle cette fois. Je veux parler de ces explications riches et détaillées apportées par le maître des lieux. Ce dernier constate, dépité, ces visites dénuées de curiosité historique, jusque dans ce musée où toutes sortes de lumières, léguées par la garde côtière ou des musées, racontent leur histoire, et permettent d’en savoir plus sur l’évolution des systèmes d’éclairage. Dans le parc, une vieille bouée lumineuse, encore pourvue de sa cloche, est aussi venue finir ses jours dans cet endroit bucolique.

Le phare de La Martre est unique en son genre. Non seulement son ossature est en bois, composée d’épinette blanche pour l’essentiel, mais la rotation du système d’éclairage est encore assurée par le système d’horlogerie d’origine. Le soir, le phare de La Martre passe en automatique, mais la journée, c’est la bonne vieille huile de coude qui le fait fonctionner, grâce à un système de poids. Je sais de quoi je parle, Yves Foucreault ayant eu la gentillesse de me mettre à contribution, trop heureux de me faire revenir 100 ans en arrière. 

Il y a 32 ans, le monument était menacé de disparition. Comme beaucoup de ses congénères, il devait être remplacé par un système automatique installé sur un pylône en acier. Si vous passez par là, arrêtez-vous devant ce témoignage d’une époque révolue, en prenant soin de pousser la porte de l’accueil pour visiter et écouter le passé vous susurrer ses souvenirs. Vous ne vous ruinerez pas (8$ l’entrée), mais surtout vous aurez droit à une leçon passionnante d’histoire dispensée par un « fou », comme il se qualifie lui-même, avec sa grosse barbe poivre et sel et ses cheveux en pagaille.

Le phare de Pointe-à-la-Renommée partage le site avec la première radio maritime d’Amérique du Nord.

Autre site, même passion forçant le respect. Marianne Côté m’accueille à Pointe-à-la-Renommée, Fame Point comme on l’appelait autrefois. Si chaque phare possède son propre signal, il révèle également un vécu et des particularités. Celui de Pointe-à-la-Renommée est doté du prisme le plus gros du Québec (deux tonnes) et se démarque des autres phares par sa situation géographique, puisqu’il ne se dresse pas le long de la 132, unique route faisant le tour de la Gaspésie. Pour faire connaissance, il faut s’enfoncer  sur un sentier rocailleux de 4 km. Et comme souvent, le détour en vaut la chandelle. Le site est doublement intéressant car il abrite aussi la première station maritime d’Amérique du Nord, aussi appelée station Marconi, du nom de ce scientifique italien qui mit au point la radio. Elle a été reconnue en 2011 comme événement historique national du Canada. C’est de là que le premier message radio a été transmis à un navire, Le Parisien, le 25 juin 1904. Une exposition fort intéressante et bien documentée (je vous conseille la visite guidée, plus interactive et vivante), nourrie de photos d’archives, retrace d’ailleurs l’histoire des communications, tandis qu’une autre animation s’intéresse à la vie à Pointe-à-la-Renommée, et notamment le quotidien et le rôle si utile des gardiens de phare. Attenant au phare, un bâtiment en bois a été érigé. Il s’agit de la reconstitution de son prédécesseur, bâti en 1880.

Si vous aimez les belles histoires, Marianne Côté ou les autres guides sauront vous charmer en vous contant le retour en fanfare du phare actuel sur ses terres natales. Fermé en 1975, il avait été transféré dans la ville de Québec, où il faisait le bonheur des touristes mais semblait dépérir loin de son cadre naturel. Il sera finalement rapatrié en 1997, sous l’impulsion d’un groupe de Gaspésiennes, bien décidées à redonner ses lettres de noblesse à ce monument emblématique de leur village. Aujourd’hui, il a repris sa place, à une soixantaine de mètres des eaux, en offrant parfois aux visiteurs un autre spectacle de toute beauté : la remontée d’une baleine.

Ces deux phares de la Gaspésie ont éclairé ma lanterne aujourd’hui. Cela méritait bien un coup de projecteur sur ce blog. Ne les sous-estimez pas, ils ont des tas de choses à raconter !

Photos : Olivier Pierson.

Sauvage et grandiose, la nature gaspésienne suscite le dépaysement.

PS : autre site très instructif à visiter à Gaspé : le musée de la Gaspésie. Comme son nom l’indique, si vous êtes béotien en matière d’histoire et de culture locale, cet établissement rénové en 2009 – ce qui s’est traduit par un doublement de sa superficie (2 400 mètres carrés) – propose, entre autres, une exposition permanente intitulée « Gaspésie, le grand voyage », très bien documentée. Le visiteur parcourt la péninsule et ses cinq MRC (Municipalités régionales de comté), que l’on pourrait comparer aux communautés de communes françaises. Parmi les curiosités, la présence d’une torpille allemande, vestige de la Seconde Guerre mondiale, quand les redoutables sous-marins U-Boot menaçaient les navires marchands canadiens transportant troupes et approvisionnement en Grande-Bretagne.

Terre de mélange ethnique, la Gaspésie est aujourd’hui à la croisée des chemins, alors que les regards se tournent vers de nouvelles ressources pour relancer son économie. L’éolien est un de ses créneaux de développement prometteur, ce qui n’est pas étonnant vu le potentiel en la matière. Un vent à prescrire pour se changer les idées…

 
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2 replies »

  1. Bonjour…j’ai tout lu…Super interessant! Un petit détail par contre pour ne pas que les futurs touristes se perdent sur cet immence territoire qu’est le Québec…L’unique route ceinturant la Gaspésie est la route 132 et non 138 (jour 9, 8ème paragraphe, 6ème ligne). La route 138 est située de l’autre côté du fleuve: Elle longe le fleuve dans Charlevoix. un autre coin de pays à couper le souffle)

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