Road trip : jour 13

Certains poissons fossilisés du site de Miguasha sont dans un état de conservation remarquable. L’un d’entre eux, appelé le Prince de Miguasha, a permis à la communauté scientifique de mieux comprendre comment les tétrapodes, dont l’Homme fait partie, étaient apparus sur terre. 

(Carleton/Saint-Gabriel-de-Rimouski : 222 km)

J’aime le poisson, cuit de préférence. Ce matin, j’ai été gâté, il y en avait partout, sauf que je me serais brisé les incisives si j’avais dû mordre dans ceux qu’on m’a servis sur un plateau d’argent. 

Séance ô combien passionnante que cette matinée passée au parc de Miguasha, en Gaspésie, à une dizaine de kilomètres de Nouvelle. Les poissons que j’ai vus nageaient il y a 380 millions d’années, autant dire qu’ils ne sont plus comestibles. Ils sont fossilisés, inertes sur leur photocopie rocheuse. Miguasha, c’est une remontée dans le temps, plus précisément le Dévonien, période géologique connue sous le nom de « l’âge des poissons ». À l’époque, ils figuraient au sommet de la pyramide des vertébrés les plus évolués. Oui, vous avez bien lu : ces organismes qui finissent à toutes les sauces dans nos assiettes ont été un jour les rois sur la Terre. Ça laisse une idée du temps qui a passé depuis. Imaginez un brochet, une morue ou une truite gouverner un pays ? Oui, je sais, ça laisse dubitatif. Par chance, les choses ont grandement évolué. C’est justement le propos du musée provincial, qui revient à la source, et plus particulièrement la nôtre : la conquête du sol par un animal doté d’une colonne vertébrale. Notre ancêtre, en somme. Vous ne regarderez plus le poisson de la même façon, même celui qu’on déguste en bâtonnets, « carrés avec les yeux dans les coins » comme disait Coluche…

Une des espèces, baptisée le Prince de Miguasha, créature mi-poisson mi-amphibien (dotée de poumons et de branchies) permet de comprendre et d’expliquer notre apparition sur Terre. C’est assez stupéfiant, et je dois dire qu’il faut absolument découvrir ce site fossilifère de petite envergure mais terriblement nourrissant pour les neurones. Avouez que c’est tout de même mieux que la culture de légumes humains fertilisés avec de l’engrais informatique !

D’une superficie de 0,8 km2, le parc national de Miguasha renferme une concentration impressionnante de poissons et de plantes figés dans la roche, entre deux strates sédimentaires. Certains fossiles sont remarquables, comme ces deux poissons présents sur les deux faces d’une pierre, un peu comme si on avait devant les yeux une pièce de monnaie préhistorique. Pas très ronde, je vous l’accorde, mais en ces temps reculés, on ne s’embarrassait pas de considérations esthétiques. On peut même observer une chaîne de croissance reconstituée pour une même espèce. Le parc est si représentatif et abondant qu’il a été classé en 1999 au patrimoine mondial de l’UNESCO, à l’instar du centre historique de la ville de Québec. La qualité exceptionnelle de conservation de certains éléments justifie à elle seule cette entrée au patrimoine universel de la culture et de l’Histoire. Treize mille spécimens ont été classés et répertoriés à Miguasha, tous extraits d’une falaise d’à peine deux kilomètres le long de la rivière Ristigouche. Beaucoup de scientifiques étrangers, et notamment des Suédois, sont venus étudiés et fouiller ce sol généreux, emportant avec eux une partie de cette fantastique collection exhumée de son sarcophage sédimentaire avec un simple marteau. Sept mille autres spécimens, mis au jour sur ce site, sont éparpillés dans le monde. Une vingtaine d’espèces, divisées en cinq groupes, permettent de dresser le portrait d’un écosystème, venant confirmer au passage la théorie de l’évolution des espèces de Darwin. Miguasha mérite assurément son titre de rendez-vous incontournable de la Gaspésie, même si vous n’aimez pas le poisson. 

J’ai quitté les fossiles pour une autre incrustation dans le paysage québécois : les travaux sur les routes. Depuis le début de mon périple maritime, je n’en avais pas croisé autant. J’ai même cru à un moment qu’ils construisaient la Gaspésie en temps réel, c’est dire… Je ne reviendrai pas sur l’état du réseau routier au Québec, sempiternel sujet de discussion, au même titre que la souveraineté ou la longue disette du Canadien de Montréal… Ou l’art de remuer le couteau dans la plaie. 

Les adeptes de plein air et de confort rustique devraient apprécier leur séjour au Domaine Valga, dans le Bas-Saint-Laurent.

Miguasha désormais dans mon rétroviseur, je prends la direction de Saint-Gabriel-de-Rimouski, dans le Bas-Saint-Laurent. Plus les kilomètres s’empilent, et plus la nostalgie gagne du terrain. Je ressens comme un petit pincement au cœur à l’idée de tourner le dos à la Gaspésie. C’est toujours dur de quitter un paradis. Près de trois heures plus tard, je frôle Rimouski pour m’enfoncer dans une forêt drue. Mon tableau de bord indique le Domaine Valga comme prochaine destination. Le Domaine Valga, c’est l’histoire d’une reconversion réussie au prix d’un travail acharné. Éric et Chantal ont tout plaqué au début des années 2000 pour créer cette entreprise dédiée aux activités de plein air. Lui, ancien bûcheron, n’a jamais totalement coupé le cordon avec les arbres. En été, le site d’une centaine d’hectares est très prisé des Européens (99% de la clientèle), qui apprécient autant l’authenticité des lieux que celle des propriétaires. Ils sont à l’image de leur auberge en bois rond, la plus grosse du Québec maritime : chaleureux. Chantal est la reine des mets typiques élaborés sous vos yeux, comme le saumon au sirop d’érable. Un délice ! Ici, pas de protocole compassé ou de mines affectées. Juste le naturel consommé à satiété. Les mots sonnent juste et la simplicité est écrite en lettres capitale sur leur carte de visite.

Le parc accrobranche décline plusieurs niveaux de difficulté dans un cadre enchanteur et préservé de l’intervention humaine.

Au Domaine Valga, on peut notamment prendre de la hauteur. Le site est une adresse reconnue pour la pratique de l’accrobranche. Il faut dire qu’il ne manque pas de charme, puisqu’il a été aménagé dans une érablière ancestrale, vierge de toute intervention humaine. Dans ce décor enchanteur, petits et grands rivalisent d’adresse et de témérité, sous le regard de moniteurs veillant à leur sécurité, après une courte formation sur les techniques et la conduite à venir. Dans la forêt de Maître Corbeau, clin d’œil aux fables de La Fontaine, six niveaux, du plus simple au plus compliqué, permettent à chacun de tester ou de repousser ses limites. Doté de 94 ponts suspendus, ce parc récréotouristique est aussi très populaire pour ses six tyroliennes, dont la plus longue mesure un kilomètre. Sensations garanties, et cris bien entendu autorisés pour évacuer l’adrénaline…

Les accro-branchés font le plein de sensation sur les parcours en tyrolienne.

Le Domaine Valga, ouvert toute l’année, a commencé à faire peau neuve. À l’été 2013, trois nouvelles chambres complèteront l’offre d’hébergement, tandis que la salle à manger, où les repas se prennent en commun, sera aussi agrandie. Ces travaux d’agrandissement répondent à une demande plutôt forte, les gérants ayant été contraints de refuser du monde cet été. Et pour ceux qui désirent plus d’intimité, deux chalets sont mis à disposition en bordure d’un lac d’une vingtaine d’hectares. Le cachet rustique de ces installations presque centenaires, ayant appartenu autrefois à des religieux, assure un agréable moment de détente. 

Et si une envie pressante vous prend, je vous suggère de faire un saut dans les toilettes situées à proximité du parc aérien. L’endroit, très spacieux et parfumé au bois, mérite un petit coup d’œil. Pour en savoir plus, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Photos : Olivier Pierson.

Les amateurs de kayak ont la possibilité d’aller s’évader sur le lac présent sur le territoire du Domaine Valga.

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