Road trip : jour 15

 

Rien de tel qu’un peu de relaxation après un bon massage ! Photo : Pohénégamook Santé Plein Air.

(Témiscouata-Sur-Le-Lac/Pohénégamook/Ile verte : 148 km)

Ce matin, je me rends à Pohénégamook, la ville du Québec qui vous fera briller au scrabble. Imprononçable si vous avez trop bu. Un test d’alcoolémie à elle seul. 

À Pohénégamook (mon Dieu que c’est long à écrire), il y a un centre de villégiature aux multiples activités nautiques et terrestres. Son directeur général, Martin Clavet-Bédard, a un bagout du diable et un sens des affaires aiguisé. On le sent dans la manière de vous vanter son produit, avec cette conviction propre aux chefs d’entreprise. Le territoire sur lequel veille cet ancien journaliste est une enclave dans la nature, bordée par un lac majestueux de 10 km, dont le nom vous fera aussi briller au scrabble, puisqu’il s’agit du même que la ville. 

Ce qui était une base de plein air est devenu aujourd’hui un site reconnu et apprécié des touristes étrangers et des Québécois. Il offre clé en mains différentes options d’hébergement, de loisirs et de détente. Les parents ont même la possibilité de confier leur progéniture à des animateurs expérimentés, ce qui leur permet de prendre aussi du bon temps. Oui, on a pensé à tout, et on va même, durant la saison estivale, jusqu’à promener les vacanciers sur le lac, d’où il assistent au coucher de soleil devant un feu de camp, lequel est installé sur une petite remorque tirée par l’embarcation. Magie droit devant. 

Un des bains bouillonnants du Spa, dont j’ai pu tester les bienfaits ! (photo : Pohénégamook Santé Plein Air).

La clientèle européenne prend chaque hiver d’assaut les forfaits motoneige. De manière générale, le profil du consommateur varie en fonction des besoins et de la saison, allant du tourisme d’affaire aux classes scolaires, en passant par les rassemblements familiaux ou la célébration de mariages dans cet endroit inspirant…. Signe qui ne trompe pas, le centre conjuguant plein air et santé a vu son chiffre progresser d’environ 20% ces dernières années. Cette hausse est notamment imputable à une offre élargie de logements depuis 2007, plus précisément dans la catégorie haut de gamme. Dix-sept unités à la décoration champêtre ont ainsi vu le jour, destinée à la location ou à l’achat, les propriétaires louant à leur tour leur bien, reversant une partie de leur loyer à la centrale de réservation, ce qui permet de financer d’autres projets. À l’intérieur de ces habitations de grand confort, la décoration a été pensée dans le moindre détail. Le bois est omniprésent, et la priorité a été donnée aux matériaux sains et locaux. Le succès est tel que d’autres créations sont à l’étude, puisque 80 nouvelles propriétés doivent sortir de terre dans les dix prochaines années.

Un autre engouement ne se dément pas. Il concerne le concept lié à ce que Martin appelle « l’expérience nordique ». En clair, une confrontation de chaud et de froid à flanc de montagne, avec le bruit du vent dans les bouleaux et parfois un chevreuil passant tout près de là. L’aire consacrée à cette oisiveté toute scandinave est particulièrement populaire auprès des habitants de la province voisine du Nouveau-Brunswick. Trois spas et autant de saunas finlandais apportent leur écot au sentiment de quiétude et de détente qui imprègnent les lieux. On trouve également une piscine intérieure, une grande salle vitrée pour se relaxer, ainsi qu’une dizaine de salles déclinant différents soins et massages. On peut par exemple se faire recouvrir le corps de chocolat (un classique), d’algues, mais aussi, pour la petite touche locale, de sirop d’érable ! 

Cette activité phare a le vent en poupe,  la comptabilité venant confirmer le succès de cette niche. Le chiffre d’affaires a ainsi plus que doublé en un an, passant de 27 000 à 57 000$, rien que pour le mois d’août. Cela peut paraître paradoxal quand on sait qu’il s’agit d’un produit surtout conçu pour l’hiver. Cette embellie a en tout cas convaincu la direction d’implanter de nouveaux équipements, toujours avec le même souci d’intimité, en utilisant les reliefs de la montagne. 

J’ai pu m’immerger dans cette ambiance de plénitude et de détente, doigts de pieds en éventail et bave de crapaud à la commissure des lèvres, qu’on tente de ravaler quand la massothérapeute vous invite à vous mettre sur le dos. Oui, je me suis fait masser. Quand Martin m’a proposé cette prestation, ça a fait tilt dans ma tête. J’ai pesé le pour… et le pour, c’était vite fait. Après presque 4 000 km parcourus en 15 jours, je crois bien que je l’avais mérité. En fait, j’ai eu droit à la totale. Après 60 minutes de malaxation qui ont ramolli mon épiderme et mon cerveau (2+2= 8), je suis entré dans un sauna en forme de tonneau. Quand j’ai ouvert la porte, j’ai cru que je revenais à Montréal. Un soupçon de canicule dans mes cavités nasales, puis sur tout mon corps. Chaleur intense et immédiate qui ne vous laisse aucun répit. J’ai poussé le zèle, ou la folie, jusqu’à asperger d’eau les pierres brûlantes pour faire monter le thermostat. Je n’ai pas été pas déçu. En quelques secondes, la météo a changé dans cet espace confiné. Il pleuvait sur ma peau, du moins c’est ce que me suggérait ce corps recouvert de gouttes. Certaines me chatouillaient le dos avant de finir leur glissade dans le creux de mes lombaires. D’autres allaient s’écraser sur le sol en noircissant le plancher. J’aime cette sensation de sudation extrême qui élimine les toxines et purifie les pores.

Douze minutes plus tard, je ressortais avec le corps huilé par cette transpiration. J’étais encore triomphant et sûr de mon esthétique gominée à cet instant précis. Beaucoup moins dès qu’il s’est agi de pénétrer dans cette eau à 12 degrés censée stimuler mon énergie… mais aussi de redonner du lustre à mes jurons ! Difficile en effet de s’enfoncer dans ce bassin revigorant sans éructer quelques « putain » bien sentis pour conjurer la froideur. Louise, ma masseuse, m’a invité à placer ma tête sous les cascades d’eau glacée, ce que j’ai décliné, ayant choisi de rester en vie. 😉

Direction les bains bouillonnants, plus faciles d’approche, avec une grande forêt devant moi pour me dégourdir les yeux. Avant de regagner mon vestiaire, je fais une halte sur un de ces transats en bois encerclant un petit feu qui se prend pour une serviette en me réchauffant le corps, tandis que Dame Nature a actionné son petit ventilateur. Je suis bien, et si ça continue, la bave va réapparaître au coin de ma bouche. En quittant le spa, il me semble que je plane jusqu’à ma voiture. J’ai des nuages sous les pieds. Exit le poids du stress chevillé aux chaussures.

Je finis ma journée sur un petit bateau m’emmenant avec quelques passagers vers l’Ile Verte. Sur les eaux me conduisant vers ce petit bout de terre du Saint-Laurent, s’étalant sur à peine 12 km, il règne une ambiance ténébreuse, poétiquement inquiétante. Je peux observer cette masse opaque recouvrir la surface et enfumer l’horizon. Blotti dans ce nuage, il n’y a plus âme qui vive autour de nous, juste ce rideau de brouillard londonien ou hollywoodien, selon l’écran que vous avez en tête. Et puis la silhouette incertaine d’une île qui se détache en déchirant le voile. Une trentaine d’habitants y vivent en permanence, et quelques orignaux viennent s’y installer en été, avant de regagner la terre ferme (oui, un orignal, ça nage ! ) quand le temps devient plus piquant en hiver. Loin de rebuter mes sens, ce paysage cotonneux et gris exacerbe mon imaginaire. La brume a ses charmes. Mais ceci est une autre histoire…

Photos : Olivier Pierson.

Sur les eaux brumeuses me conduisant à l’Ile Verte.

L’île Verte sous la brume a des relents poétiques !

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