Les cowboys de Saint-Tite

Je préfère les simulations de rodéo sur des animaux factices !

Saint-Tite, vous connaissez ? Non ? C’est normal. En fait, si vous êtes Français, vous êtes pardonnés, et si vous êtes un Montréalais qui n’est jamais sorti de sa ville, la sentence est la même. Saint-Tite, c’est une petite localité de la Mauricie. J’ai fait sa connaissance en 2005, grâce à deux jeunes Québécoises que j’avais croisées dans ma Lorraine natale, et dont j’avais fait le portrait dans le journal où j’étais alors employé. Elles suivaient un stage dans une école maternelle de Saint-Avold. Saint-Avold ? Comme Saint-Tite. Coin paumé, et pas vraiment dans le Who’s who des villes à visiter en France.

Mais revenons à Saint-Tite, qui voit sa population exploser en septembre, passant de 3 850 à 650 000 personnes. J’ai encore en mémoire ce petit village bondé, envahi par des stands en tout genre. Avec les années, le festival, qui s’est achevé dimanche, est devenu une véritable caverne d’Ali Baba. Les articles liés à la thématique western cohabitent avec une foule d’objets, du plus utile au plus farfelu. Je me souviens qu’on pouvait repartir avec une ceinture servant à transporter les canettes de bière. Car on ne fait pas que monter des chevaux sauvages et des taureaux survoltés à Saint-Tite, on boit aussi. Beaucoup. Et là encore, on a l’embarras du choix. Moi, j’ai goûté mon premier caribou dans le village mauricien. Le caribou ? Du vin rouge mélangé à du whisky et du sirop d’érable, servi chaud ou froid. En abuser, c’est tituber. On croise d’ailleurs des gens qui titubent à Saint-Tite, des gars, des filles, voire des animaux si on a trop forcé sur les doses frelatées.

Durant dix jours, c’est la fête, la communion. J’avoue que si vous êtes un vrai cowboy, l’intégration est plus rapide, ce qui n’était pas mon cas. Comment reconnaît-on un vrai cowboy ? Il porte un chapeau, un chapeau qu’il assume, même s’il est rose et qu’il clignote comme la vitrine d’un bordel alpaguant ses clients. Kistch ou pas, le chapeau est un signe de ralliement dans ce banquet festif vieux de 45 ans. Le passionné a aussi pour habitude de passer plusieurs jours dans la localité. D’où la présence d’une forte délégation de  maisons roulantes – appelées roulottes au Québec et camping-cars en France, cherchez l’erreur – s’étendant à perte de vue dans les champs qui entourent les villages. On estime à plus de 10 000 le nombre de ces véhicules pendant le grand rassemblement. Et quand les terrains agricoles ne suffisent plus, certains se rabattent dans les fonds de cour ou sur les parterres des maisons, moyennant parfois un petit loyer (tout le monde y trouve son compte ! )

D’autres attributs ou signes distinctifs – bottes santiags, jean, blouson avec franges, jambes arquées… – permettent d’identifier rapidement l’amateur pur et dur. On évite, comme le Français très fashion victime que j’étais alors, de poser un petit pull par dessus ses épaules. Malgré cet accoutrement équivoque, jugé efféminé par certains autochtones parmi les plus rétifs à la modernité, je n’ai pas été agressé, ni plongé dans un tonneau de goudron et recouvert de plumes. Ouf ! 

Chaque été, la population explose à Saint-Tite !

Plus gros festival du Québec à se tenir en milieu rural, le festival western de Saint-Tite est particulièrement prisé pour ses rodéos. La plupart de ces spectacles affichent complet, et on y récite même la prière des cowboys. Vu les mastodontes que les concurrents doivent maîtriser, j’imagine que l’aide divine est fortement sollicitée, ou celle, aussi utopique me direz-vous, d’un hypothétique Superman présent dans les gradins surchauffés. Inutile de vous dire que les chevaux sont les véritables stars du festival, même s’ils chient un peu partout sans ramasser leurs crottes (les salauds !), ce qui décuple l’atmosphère rurale des lieux et incite le visiteur néophyte à se saôuler pour oublier les remugles. 

Et qui dit cowboys et rodéos dit aussi amateurs de country (qui a dit indiens ?). Ils accourent aussi pour assister ou prendre part aux spectacles et aux séances de danses en ligne. Cette année, le record du monde du plus grand nombre de danseurs en ligne a même été fracassé, avec près de 2 500 participants. On évite bien entendu de picoler avant un tel exercice, sauf si on se place avec les cancres, reconnaissables à leurs tentatives désespérées d’être synchrones avec la chorégraphie ambiante.

Si je devais conserver une image de mon festival western ? Je dirai une séance photo  en compagnie d’une de mes guides québécoises, alors que je venais fraîchement de débarquer sur le sol nord-américain. Nous étions tous deux coiffés d’un chapeau de gardien de vaches, ce qui est quand même moins classe que de dire cowboys. J’avoue qu’en découvrant le résultat, malgré un sourire éclatant qui tentait de donner le change, j’ai vite compris pourquoi j’avais toujours pris fait et cause pour les indiens et leurs plumes plus esthétiques. Ça me rappelle une petite blague sur les Amérindiens, puisque c’est comme cela qu’il faut les désigner, les autres Indiens connus sur la planète ne vivant pas dans des réserves, et vénérant davantage les vaches que les chevaux.

Vous savez pourquoi ils criaient lorsqu’ils attaquaient les forts américains ? Eh bien parce qu’ils n’avaient pas de selle, mais pas de slips non plus ! 🙂

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