Un dimanche de souvenirs

Avec 27 000 coureurs toutes épreuves confondues, le marathon de Montréal a battu un nouveau record.

Un an déjà. Il y a un an, je prenais le départ du marathon de Montréal, avec des fourmis dans les jambes et pas mal d’appréhension. J’avais pris part à l’épreuve sans véritable entraînement, ou si peu, amoindri par une tendinite au talon d’Achille. Il ne fallait pas s’attendre à un miracle, et il n’y en a pas eu. Le deuxième marathon de ma vie – après celui de Paris en 2004 – fut un vrai supplice. Après 5h30 de course, dont trois de souffrance, soit 180 minutes à me demander ce que je foutais dans cette galère, je franchissais la ligne avec un besoin urgent de bouée de sauvetage. Le corps se mettait à tanguer doucement. J’étais soulagé d’en avoir fini avec mon calvaire, et j’aurais tué père et mère (c’est une expression) pour un massage. C’est quand tout s’arrête que la douleur s’installe, que les genoux font « aïe ! », que les articulations cherchent une huile qui ne vient pas. Je me souviens que mes 42 000 mètres (vache, c’est encore plus impressionnant dit comme ça) m’ont fait prendre 20 ans. Un petit vieux. Même plus capable de descendre un trottoir sans grimacer. Après ça, le sommeil est une formalité, même avec du café corsé en perfusion.

Montréal a renoué avec son marathon aujourd’hui. Avec les années, l’épreuve québécoise a gagné en masse. Ils étaient 27 000, soit trois mille de plus que l’an dernier, à s’inscrire dans une des cinq courses inscrites au programme, dont celle du 10 km, de loin la plus prisée. Si vous aimez les statistiques, sachez que 30% des participants viennent de l’extérieur du Québec, pour 40 pays représentés, et que c’était une première pour 33 % d’entre eux. Si la course à pied a le vent en poupe, elle attire aussi de plus en plus de femmes. Le sexe opposé était même dominant, avec 56% des inscriptions  ! Quoi de plus normal dans une province, où, selon la rumeur, ce sont les filles qui courent après les garçons !

J’avais décidé de me lever tôt pour aller encourager tous ces coureurs. Juste être présent pour humer un peu de cette ambiance particulière le long du parcours, me mettre à la place de ceux et celles, qui, un an plus tôt, me redonnaient un peu de force en tapant dans leurs mains ou en donnant de la voix. Il faut avoir été marathonien pour comprendre la douleur et les doutes, et cette énergie retrouvée à quelques mètres de l’arrivée. Les faux-semblants et la comédie n’ont pas leur place dans les derniers kilomètres, où les néophytes comme les aguerris donnent tout ce qu’il leur reste de force et de fierté. Certains en profitent toujours pour grappiller quelques places dans les derniers mètres. Ils accélèrent comme sur un 100 m, c’est toujours ça de gagner. La dernière ligne droite est  révélatrice, elle est riche de ces petits détails qui font les marathons et le sport. La dernière ligne droite, c’est le quart d’heure de gloire de beaucoup d’anonymes, qui comprennent vraiment alors l’utilité de leur intense préparation, de tous ces efforts qui n’ont pas été vains. C’est l’heure du dessert après beaucoup de privations, mais également une belle leçon de vie.

Dimanche, je me suis posté avec un ami du côté des arrivées, bien calé contre une barrière de sécurité, pour assister notamment à l’arrivée des extraterrestres. Je veux parler de ceux qui courent pour de l’argent, et dont c’est parfois le métier. Les OVNI dont je parle ont des foulées d’astronautes. Ils ont ça dans le sang, comme d’autres la danse. Eux, ils swinguent sur le bitume. Quand ils finissent leurs 42, 195 km, ils ne regardent même pas ces gens terminant à peine leur semi-marathon, tandis que beaucoup d’autres, inscrits sur l’épreuve reine, ont tout juste atteint la moitié du parcours (je sais de quoi de parle). Bref, il y a eux, et les autres. On sait que le quidam aura besoin d’un vélo pour les suivre.

À Montréal, le vainqueur de l’édition 2012  a signé un chrono de 2h18, bien loin du record du monde établi par Patrick Makau à Berlin en 2011 (2h03). C’est même trois minutes de plus que l’an passé. Certains ont mis cette « lenteur » sur le compte du vent, omniprésent tout au long de la course. Une course remaniée par les organisateurs, lesquels ont dû être sensibles aux nombreuses critiques concernant le tracé éreintant de l’épreuve montréalaise et ses maudits dénivelés ! J’avais mal choisi mon année en somme, d’autant que la météo était cette fois plus propice à l’endurance, loin des températures quasi estivales de 2011. Gageons que cela n’aurait rien changé à ma performance, humainement courageuse, mais sportivement désastreuse… 🙂

C’est sûr, l’an passé, je n’aurais pas été contre quelques bourrasques dans le dos…

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