Apothéose now

Au Québec, l’automne est un festival, c’est la saison des contemplations, des superlatifs, et des safaris photo. C’est comme si les gerbes d’un feu d’artifices étaient restées figées dans les arbres. Les teintes aguicheuses donnent le tournis aux pupilles, en leur faisant du charme pour quelques nuées de flashs. Elles sont parfois si vives qu’elles en deviennent artificielles, et même douteuses. On se surprend à hésiter devant cette beauté trop parfaite. Les teintes cohabitent et s’encastrent dans ce décor magique qui leur sert de tribune et accentue leur réputation. Leur domination s’exerce par le truchement d’un coup de pinceau qui a déteint sur bien des feuilles. Ce surplus dans les gammes tient presque de l’art. On voudrait tout acheter, mais ça n’est pas à vendre. Il faut se contenter de grignoter sa parcelle de plaisir avec les yeux, en emmagasinant un maximum d’images dans le grenier de l’imagination. L’automne au Québec, c’est ce dernier baroud d’honneur, avant l’hiver long et rigoureux, qui émeut les naufragés de l’été. Avec lui disparaissent les derniers rayons de leurs souvenirs en lunettes de soleil.

Un automne dans la Belle Province, c’est cet incendie qui embrase les forêts sans emporter les arbres. Le feu des tonalités accrues sublime cette nature qui basculera bientôt dans le mutisme décharné d’une saison froide plus économe dans les jubilations. L’apothéose donne des reflets bigarrés, et on ne boude pas son plaisir dans cette Amazonie de la gaieté. Chaque année, on en redemande, on sait qu’on ne sera pas déçu. Le parapluie idéal pour se protéger des gouttes de la morosité. 

Les arbres changent de robe, les feuilles donnent dans la tonalité vive et chaleureuse avant de quitter leurs branches. Les rouges sont uniques et la mosaïque des dégradés reste sans égal.

Dommage que ce Québec multicolore soit moins tenace que son héritier hivernal noir et blanc. C’est sans doute cette perspective laconique qui prolonge le plaisir en le gavant d’errances. Car les trajectoires humaines vagabondent sur ce tableau sensationniste qui fane jour après jour.

Il ne faut jamais renier ces quelques semaines où la nature est si belle habillée. Refuser la nudité pour obtenir l’ivresse.

Des teintes parfois si vives qu’on les croirait colorées par une main invisible. Photos : moi.

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1 reply »

  1. quel bel hommage rendu à la nature!! c’est ma saison préférée: des potimarrons et des chataignes que je cuisine avec plaisir, halloween à préparer pour la fête avec des enfants plus petits monstres qu’anges adorables… et de longues ballades en forêt pour ramasser mille et un trésors que l’automne nous offre!!! un pur régal, quelle période chaleureuse malgré la fraicheur de l’atmosphère….

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