Mais que fait la police ?

C’est la saison des secousses à Montréal. Moins fun que l’automne, mais tout aussi colorée  ! La métropole, déjà chahutée par des scandales supposés de corruption, sur un air de tango mêlant mafia et politique, par la mise au placard – temporaire pour le moment – de la saison professionnelle de hockey, et, accessoirement, par un petit tremblement de terre qui a injecté une bonne dose d’adrénaline, en pleine nuit, dans des organismes assoupis ou en passe d’aller conter fleurette à des créatures oniriques (lire ma chronique précédente), doit désormais composer avec une autre affaire embarrassante.

Cette fois, c’est son service de police qui est montré du doigt. L’élément déclencheur ? Une vidéo reprise abondamment par les chaînes de télévision – parfois ad nauseam – dans laquelle on assiste à une interpellation plutôt musclée de quatre personnes, interpellation qualifiée de troublante par le chef du SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal), survenue le 2 octobre dans un quartier de la ville. Depuis quelques jours, tous les regards sont braqués sur une policière, surnommée matricule 728, qui cristallise bien des rancoeurs après un printemps érable où les manifestants étudiants, opposés à la hausse des frais de scolarité, avaient eu maille à partir avec les forces de l’ordre, surtaxées d’abus de pouvoir sous couvert de la grève. On se souvient que ces temps agités, si rares dans la consensuelle Belle Province, avaient été fertiles en coups de matraque et gaz lacrymogène, sans oublier l’explosion de grenades assourdissantes éborgnant de temps en temps un réfractaire, et le déballage de corps nus qui avaient soudain gonflé les rangs des alliés de la cause étudiante. 😉 Depuis ces événements, la police montréalaise a vu sa cote de confiance baisser.

L’éclaboussure du 2 octobre ne va pas arranger les choses… Stéfanie Trudeau (c’est son identité) n’en est visiblement pas à son coup d’essai, ce qui ne fait qu’accentuer le mécontentement parmi la population et jusque dans la classe politique. Cible de plusieurs plaintes depuis 2000, la tête de turc des étudiants a tendance à partir au quart de tour, les crocs de l’agressivité bien en évidence. Déjà en mai dernier, elle avait arrosé de gaz poivre (croyant, sans doute, avoir affaire à du parfum, vu sa propension à en asperger généreusement les gens), vidéo à l’appui,  un  groupe de manifestants, ce qui avait contraint ses supérieurs à ne plus l’affecter sur ce genre d’opération. Loin de faire profil bas, cette femme bien charpentée, qui a un faible pour les injures, les plaquages au sol et les étranglements, en a donc remis une couche. Comble de la malchance : le soir de son interpellation controversée, un des téléphones portables confisqués s’est déclenché accidentellement. Il n’en fallait pas tant (un porte-voix n’aurait pas été plus efficace) pour propager les propos orduriers adressés à ses victimes d’un soir. Et comme si cela ne suffisait pas, une vidéo faisant foi de cette intervention disproportionnée, vu le motif futile du départ (un des résidants a été aperçu avec une bouteille de bière à la main, SVP on ne rit pas !), a très vite inondé le web et les réseaux sociaux, avec là aussi des dérives quant au traitement et autres représailles à réserver à cette fonctionnaire de police, que je rebaptiserai Terminator. 😉

Cette affaire a suscité de vives réactions, et une manifestation spontanée a même été organisée à Montréal, rassemblant une centaine de personnes, pour réclamer la démission de l’agente 728. L’écho médiatique a aussi délié des langues parmi ses collègues, décontenancés par ses carences en déontologie et sa violence intrinsèque. Au même moment, certaines de ses anciennes victimes ont tenu à témoigner, comme ce père interpellé avec rudesse par Terminator et une de ses partenaires (sans doute Robocop), alors qu’il « faisait des facéties avec la poussette de sa fille pour la distraire ». L’homme avait été embarqué manu militari, sa petite placée à l’avant du véhicule de police, sans être attachée ! Cerise sur le gâteau : la DPJ (l’équivalent des services sociaux français) débarquait chez lui et son épouse suite à cette affaire aussi dramatique que ridicule. Comme vous le voyez, Madame matricule 728, pousse le bouchon du zèle un peu loin !

Journalistes, politiques et citoyens se sont emparés de cette histoire pour rappeler que ce problème d’agressivité n’était pas un cas isolé, et qu’il était sans doute impératif de revoir la formation des policiers pour faire faire aux situations délicates. Reste que ce dérapage sur le fond comme sur la forme, abondamment commenté dans les journaux, n’a pas fini de faire jaser. Il ne faudrait pas que les controverses mettant en cause la police se banalisent, sans quoi la pente de la respectabilité, déjà bien difficile à remonter en cette période tourmentée, pourrait se transformer en mur d’incompréhension entre la population et ceux qui sont censés la protéger.

En attendant, le chef du SPVM s’est excusé au nom de tous les employés du service de police. Quant à Madame la cowboy, elle a été suspendue de ses fonctions… et désarmée. C’est déjà ça ! Un inspecteur Harry est site vite arrivé… 🙂

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