Un sourire entre les lignes

(C’était il y a quatre ans. Je publie à nouveau cette vieille chronique pour rendre hommage à tous ces petits détails qui font aussi la vie…)

Métro de Montréal, ligne orange, un jeudi soir.

Une jeune femme est plongée dans un roman dont elle dévore les lignes. Lovée dans sa bulle, elle ne voit pas la symphonie des gueules grises, la monotonie collective qui règne autour d’elle. Je contemple la scène, comme toujours. Ces tronches de déterrés me font presque marrer. Des clowns sans nez rouge, j’en croise tous les jours dans les wagons souterrains de la métropole québécoise. Quand on côtoie la routine d’aussi près, on ne fait plus attention à la foudre du plaisir qui s’abat parfois dans les voitures bleues de la STM (Société de Transport de Montréal).  Mais pas de coup de tonnerre pour annoncer le grand fracas. Les petits plaisirs arrivent toujours par la petite porte. La discrétion est un gage de qualité.

Quand mon regard a croisé le profil de cette lectrice isolée, j’ai vu ce sourire enfanté par la littérature fendre son visage. Presque un rebondissement dans la mêlée morose. Fugace et si précieux. Aveuglés par leur train-train, les autres passagers n’ont rien décelé. Je les plains.  En une fraction de seconde, grâce à cette fissure dans les apparences, j’avais oublié la laideur environnante. Le soleil se fraie toujours un chemin dans les entrailles de la terre…

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