Le verre de trop ?

Un verre de vin blanc, un malheureux verre de vin blanc. Comprends pas, je ne supporte plus l’alcool. Je me suis fait cette réflexion en quittant le spectacle de Mathieu Bellemare, mélange savoureux de conte et de chanson. Ça a commencé à l’entracte. J’ai croisé une fille aux cheveux bleus, la gorge tranchée et le visage couvert de cicatrices. J’ai cru qu’elle s’était évadée d’une chambre froide. Pourtant, à première vue, elle avait l’air chaude, pas dans le sens sexuel du terme, évidemment, je veux dire en vie. D’autant qu’elle était venue en couple. Son compagnon, à peine plus frais qu’elle, avait lui aussi quitté sa tombe et ses asticots pour assister au concert. Même les morts sont mélomanes…

Et puis mes hallucinations ont repris de plus belle, un peu plus tard, dans les entrailles du métro montréalais. J’ai aperçu des indiens, plumes à l’avenant, lesquels, au lieu de guerroyer avec des cowboys mal léchés, se faisaient prendre en photo avec un sandtrooper. Tout devenait flou dans ma tête. J’envisageais alors avec plus de netteté mon corps à l’horizontal sur le divan d’un psy exprimant sa perplexité devant mes histoires biscornues en mâchouillant le capuchon de son stylo.

– « Vous dites qu’un sandtrooper haut comme trois nains de jardins bavassait avec des indiens pacifiques, c’est ça ? ».

Dans mes souvenirs, ces soldats impériaux de la Guerre des étoiles escortaient le grand asthmatique Dark Vador, pas des Sioux avec la gueule bariolée de peintures belliqueuses. Quelques stations plus loin, Superman est descendu à Berry-Uqam au bras d’une demoiselle peu dérangée par l’accoutrement démodé de son conjoint. Toujours dans mon champ de vision, un jeune homme se prenant pour un oiseau, ou le maître d’une cérémonie égrillarde dans une demeure vénitienne, dans une tenue inspirant plus la compassion que l’émerveillement. En descendant à ma station, je me suis fait dépasser par une gente dame, qui venait sans doute de faire l’école buissonnière en quittant les lignes trop sages de son livre d’histoire. J’étais soudain revenu au début du XXe siècle, ou dans les alcôves du Moulin Rouge et de ses danseuses aux seins nus. Et puis devant moi, croisé dans le sens inverse de ma remontée mécanique, un blouson noir au visage de cire, étrangement inquiétant malgré la douceur de cet indenttité figée. Bref, du délire. 

Une fois à l’air libre, un mot a tout remis en place dans mon esprit enfumé : Halloween. Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’était donc ça cette folie passagère… J’étais rassuré. Rassuré de savoir que j’allais pouvoir continuer à picoler…

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