Rivière d’un loup…

Ah, Rivière-du-Loup, ses couchers de soleil, son fleuve large d’épaules, son air iodé… et ses jolies vendeuses. À chaque visite, mon encéphalogramme s’agite. Il suffit que je rentre dans un magasin, et boum, je tombe amoureux. Si j’étais réalisateur, mes films ne coûteraient pas chers : un gars, une fille, des cœurs partout, du sexe, et le mot FIN. Emballé c’est pesé…  Oui, je sais, c’est rapide, mais ma tempérance est un peu rouillée. C’est comme ça, quand on est célibataire depuis trop longtemps, tout est décuplé, exagéré, les petits détails de la vie deviennent des chefs d’œuvre. On croise une belle nana dans la rue et on veut l’épouser, un sourire un peu appuyé et on peint la ville en rose, un bout de mollet révélé par le hasard et la marmite est au bord de l’ébullition. Allô les pompiers, y a ma maison qui brûle… J’avoue : sentimentalement, je disjoncte.

À Rivière-du-Loup, ça se passe toujours dans le même magasin. À chaque fois, je me fais avoir. Ils doivent recruter leur personnel féminin pour me torturer les synapses. À l’intérieur, le naturel érigé en bourreau des cœurs. Comme d’habitude, j’ai fait un crochet par ce commerce dédié aux articles de plein air, en quête d’une paire de chaussures d’hiver, alors que les 5 degrés du dehors me rappellent gentiment que le Québec enfilera bientôt sa tuque et ses mitaines. Donc, je rentre, j’aperçois une paire qui pourrait faire mon bonheur. Mais c’est bizarre, ils n’ont pas ma taille. C’est à ce moment qu’elle surgit. Mes oreilles sont les premières à vaciller. Voix douce caressant mes tympans. Du satin partout.

« Bonjour, je peux vous aider ? » Aussitôt son visage d’ange dans ma ligne de mire, il y a une petite voix qui me supplie (« Dis oui ! Dis oui ! »). J’entraperçois la paille et le soleil, mon froc en lévitation, des gouttes de sueur sur ses fesses pommelées… (prévoir une visite chez le psy ou un sexologue). 

Moi, super inspiré, faisant un pas de deux entre rêve et réalité, attendant que le réalisateur de ce film érotico-sentimental crie Coupez ! : «Euh non, je fais que regarder... » 

Elle, sourire labourant ma terre aride : « Ok, mais pour vous, c’est de ce côté-ci... » (veux-tu être ma canne blanche ?)

Elle pointe de ses torpilles bleues le rayon destiné aux adultes, même si, à ce moment précis, je suis redevenu un môme qui fait « Areuh… ». Je m’éloigne des chaussures pour enfants, ou des ados en passe d’avoir des poils et de s’abonner à Acné magazine. Sauf que là, les chaussures sont devenues le dernier de mes soucis. Je dois être à 300 pulsations par seconde. Je sais, c’est n’importe quoi. Si elle me propose d’essayer une paire, je vais saigner du nez…  Je la sens dans mon dos, je l’entends discuter avec une de ses collègues. Son timbre capiteux javellise tout. Je décide de me retourner, car si je reste planté 20 minutes devant des godasses, avec la moue extatique d’un amateur d’art devant son tableau fétiche, ça va devenir louche. Je me transforme en tournesol, le soleil est derrière moi. Je la revois, accroupie, affairée à remettre en place quelques articles, et même ces gestes anodins deviennent sublimes sur le grand écran de mes pensées. J’aimerais qu’elle réajuste mon cœur comme un lacet défait. Elle porte un haut rouge, un pantalon crème, et si nous avions été plus intimes, je vous aurais dit combien elle avait de dents. 

Ce soir, je vais aller louvoyer sous la Lune. Oouuhhh ! que c’était beau…  

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