La Grande surprise

(vidéo tournée récemment à Montréal)

Elle est actuellement en tournée au Québec, et mis à part une entrevue, je ne connaissais pas grand-chose d’elle. Bien entendu, j’avais écouté ses albums, j’avais parcouru quelques articles plutôt élogieux, mais il manquait à ma perception une donnée essentielle pour apprécier un artiste à sa juste valeur : le live ! La scène, c’est autre chose, ça sonne vrai ! Quand je reviens d’un concert, j’ai toujours l’impression que mes CD sont obsolètes, qu’il leur manque une âme. Ils sont comme leur apparence, lisses et froids. Le vacarme de la foule, les rappels, les percussions et les basses qui percutent vitre poitrine… rien ne remplacera cela. Lors d’une interview à Montréal, j’avais apprécié sa simplicité et ce sourire couché sur son joli minois. Ce sourire presque malgré elle lui avait collé une étiquette de chanteuse guillerette. Pourtant, tout n’est pas drôle dans ses chansons, et ses textes ont assez de tenue pour mériter deux oreilles attentives.

À Montréal, La Grande Sophie n’a pas manqué ses retrouvailles. C’était mercredi soir, dans une salle de spectacle calibrée pour les petits comités. Les choses ont commencé calmement, avec deux titres de son dernier album, La place du fantôme : Ma radio et Tu fais ton âge. Calmement, mais sûrement. Ça sentait le petit tour de chauffe, et l’on devinait que le tigre figé sur sa jupe allait bientôt rugir. Dès le troisième morceau, l’électrique Bye bye, les percus ont donné le rythme et haussé le ton. La table était mise. On allait frissonner, taper dans ses mains ou claquer des doigts (sur le tempo chaloupé de Du courage), et même rire, un peu, beaucoup, passionnément. Tout est bon dans La Grande Sophie, de ses envolées à ses confessions, en passant par ses diversions ou ses séquences musicales qui servent de tremplin à l’imaginaire. Chez elle, même la bouche est un instrument. La voix haut perchée, le ton juste, le timbre évanescent qui se consume dans des volutes de fumée. On rogne son plaisir jusqu’à l’os.  

Nerveuse ou intime, il était écrit que cette artiste aussi troublante qu’énergique allait séduire son monde, en variant les registres et en faisant preuve d’une belle aisance à la guitare. Et pour se mettre un public dans la poche, outre un talent évident, rien de tel qu’un peu d’humour et quelques brins de causette savamment dosés avec ses partisans. De l’humour, il en fallait par exemple pour évacuer quelques menus problèmes de son à l’entame du show. On en venait même à sourire devant les mimiques et autres gestes adressés à la technique pour résoudre ces petites avaries du direct, comme on dit. Pas de quoi, heureusement, gâcher une soirée qui avait bien commencé, avec son rythme entre deux eaux, comme un encéphalogramme refusant la platitude. Le rock et la balade, le nerf et l’émotion. Le rendez-vous montréalais filait vers un horizon bien rose…

Entourée de ses deux complices, Ludovic Leleu et Mathieu Denis, qui passent d’un instrument à l’autre avec une agaçante facilité, La Grande Sophie a parcouru une bonne partie de son dernier opus, où le temps qui passe s’agrippe à elle comme le lierre à la façade d’une maison. L’émotion est montée d’un cran lorsque, seule sur scène, comme un petit dessert offert en milieu de soirée, Sophie Huriaux (de son vrai nom) a repris une chanson de Barbara – Dis, quand reviendras-tu ?, avec le concours des spectateurs, lesquels n’ont pas eu besoin de prompteur pour répéter les paroles. Suzanne, confidente invisible de la chanteuse, sublime de sensibilité, aura sans doute été la petite tartine de caviar servie avant l’heure. Dès les premières notes, le frisson s’est enroulé autour du micro avant d’infuser la salle. Autre moment fort de la soirée, les deux prolongations de Ne m’oublie pas, comme si la Grande artiste souhaitait faire durer le plaisir, alors que la soirée penchait doucement vers son crépuscule. Il faut aussi voir dans ce titre un message, et même une supplique, adressé par l’artiste à son public. C’est en tout cas l’impression que ce morceau XXL a laissée. Gageons qu’avec des prestations comme celle de mercredi, ses fans ne risquent pas de l’oublier !

Le rideau s’est baissé sur une version tendre et acoustique de Petite Princesse, là où l’original titillait les hanches. Après s’être assise sur le bord de la scène, la chanteuse au sourire contagieux s’est faufilée dans le public, poursuivant à un moment son interprétation debout sur une chaise. Plus tard, elle est revenue, rappel oblige. Cela ne faisait aucun doute. Trois chansons avant d’aller rejoindre les étoiles d’un repos bien mérité. Un dernier baroud avant d’inviter sa cohorte de supporteurs à faire de beaux rêves, avec ce « à bientôt » pendu à ses lèvres qui sonnait juste dans la sincérité du moment. Avec La Grande Sophie, il y a toujours une suite aux agréables rencontres. Le Québec en est une. « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous », chantait Barbara.  Tout est dit. 

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