GRAND moment de solitude

On y a tous goûté au moins une fois. On a tous cherché un point d’appui pour maintenir sa fierté à flots. Mais le GRAND moment de solitude est aussi solidaire qu’une planche à savon. Pensez à ce coude qui se dérobe sur une table et fait vaciller votre assurance lors d’un rendez-vous galant. En une fraction de secondes, vous passez de prétendant à clown. Pourtant, vous assuriez niveau conversation et votre convoitise semblait captive. Jusqu’à ce dénivelé soudain dans votre gestuelle, cette rupture dans une chorégraphie impeccable, et votre effort herculéen pour faire comme si de rien était.

L’emmerdant avec le GRAND moment de solitude, c’est qu’il ne prévient jamais. C’est au petit bonheur la malchance. J’ai été témoin d’une scène qu’un Charlie Chaplin n’aurait pas reniée. Cela s’est produit dans une salle de gym bondée. Je pédalais sur mon vélo qui ne mène nulle part, quand soudain un bruit lourd dans mon dos, comme un fracas, est venu briser la routine ambiante. Le tout enrobé de quelques cris féminins de stupéfaction qui m’ont poussé à me retourner. Je n’ai pas été déçu. Devant mes yeux, un mec aplati sur le dos sur son tapis en mouvement. Le bande roulante a craché ce passager sur le sol comme un aliment indigeste. Que s’est-il passé ? Mystère ! A-t-il sous-estimé la vitesse du tapis ? Une inattention passagère alors qu’il courait comme un dératé (samba de fesses dans son viseur, atterrissage d’une soucoupe volante sur le parking du club de sport, visite inopinée du dalaï-lama au cours de stretching) a-t-elle grippé sa foulée rébarbative ?

Toujours est-il qu’il est là, affalé comme un spartiate agonisant au milieu de spectateurs transpirants qui se retiennent pour applaudir à lèvres déployées. Un peu honteux, conscient qu’il vient de frapper un grand coup. La star, c’est lui : bienvenue à Hollybourde. D’autant que, tel un professionnel du rire s’employant à dérider son auditoire, il emporte dans sa chute un grand verre de milk shake à peine entamé. Un cocktail à la banane qui a tôt fait de parfumer les lieux. La mixture épaisse a recouvert une partie de son propriétaire contrit, de la machine, avant de dégouliner sur le sol… Il y en a partout. Un champion.

Dans un élan qui ressemble à un baroud d’honneur, le coureur à la banane commence à nettoyer son désastre, à l’aide de papier hygiénique qui ne s’avère d’aucun secours. Puis il rend son tablier et remballe ses gaules devant l’étendue des dégâts. Il disparaît. Le tapis roulant est encore baveux.

Un gars a couru ici. Avec une boisson incongrue dans les mains. On n’a pas idée de boire un milk shake pendant ce type d’exercice. Les sportifs du dimanche, ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît !

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