Australie, droit devant !

Rencontre d’un soir, éphémère comme tous ces plaisirs inestimables. Trop courte, comme souvent. Je suis à un party, comme il y en aura tant au Québec en cette fin d’année 2012. L’ambiance est cosmopolite, colorée, riche de ces accents qui détendent les frontières pour rapprocher les hommes. Le vin bat à plates coutures le jus d’orange. À croire qu’il n’y a que des vampires assoiffés de rouge à cette soirée plutôt sympathique je dois dire. Sucrée, salée, bourrative à souhait, au sens propre comme au figuré… et alcoolisée, juste ce qu’il faut.pastedGraphic.png

Et puis cette femme, déjà belle de dos, nuque bien dégagée et la peau laiteuse. L’apéro avant de déguster le charme à pleines dents, la pupille pas encore dilatée devant ce qui m’attend. Juste devant moi, une « native english speaker » m’explique-t-on. La seule de la soirée. La plus jolie aussi, assurément. Mes yeux enthousiasmés lui donnent un 10 sur 10, et même un 20 sur 10 dans ce surréalisme momentané. Plus de jugement neutre qui vaille, j’ai bourré les urnes de la subjectivité. Elle est blonde, et sa version capillaire me rappelle Madonna, mais je ne sais plus dans quelle chanson. Des yeux bleus qui parlent avant la bouche, une bouche ourlée maquillée de rouge à lèvres qui accentue la blancheur de sa peau. Des lèvres pour colorer une vie d’homme à grands coups de langue sur le cœur. Son sourire ? Une tuerie ! Des coups de poings à chaque syllabe, un vacillement à chaque intonation. Dès son premier sourire éclatant, elle me met K.O. Je cherche mon pantalon et ma chemise durant un bref instant. Elle a dû me les arracher avec son regard pénétrant. Il est mutin, il insinue la révolte dans mon sang. J’ai l’impression d’être à poil devant cette fille sentant bon le large, qui vivait à Brisbane avant d’être emportée par le tourbillon montréalais. Je la regarde et j’imagine l’Australie sans même un ticket d’avion. Dans ce sous-sol où les plateaux se vident et les conversations vont bon train, j’ai les pieds dans le sable. Je ne suis jamais allé dans la patrie des Aborigènes, mais j’aime déjà ce pays. Je veux bien me mettre au surf, jouer à « je te tiens tu me tiens par la barbichette » avec un grand requin blanc pour la revoir, juste une fois.

Quand elle ouvre la bouche, je picole ses mots, j’avale ses apostrophes et je mordille ses ponctuations. Étrangement, je parle anglais avec une assurance plutôt nouvelle, en tout cas incongrue… Elle me confie que je speake very well.  Elle tente désespérément de dompter ma langue tandis que moi je fonds sur la sienne. Et même si elle ment, je m’en fous. Ce compliment qui n’a l’air de rien, qui me paraîtrait prosaïque dans un tout autre contexte, prend des proportions inconsidérées. J’ai un peu bu. Tant mieux. Tipsy, l’Olivier. Love, aussi, un peu. Un peu d’ivresse pour déboucher mes artères… Je donne congé à ma timidité tatillonne, je tente un sourire façon clone raté de Gary Grant. Où sont les caméras ? Bon, la scène du baiser, c’est pour quand ? Action ! Je divague. C’est agréable. Un film tout entier dans ma tête, avec générique et tout le toutim. « T’as de beaux yeux tu sais… » « Embrasse moi…» Je suis Gabin, elle est Morgan, nous rejouons Quai des brumes. Je reprends mes esprits. Putain de clap de la réalité !

Je lui demande son prénom. Il a été amputé, mais ce moignon d’identité la rend encore plus létale. Edwina est devenue Eddie.  « C’est cute », que je lui confie en entendant des mouettes dans ma tête. Pas encore les violons, mais je n’en suis pas loin. Sa peau blanche me fait penser à ce cachet qu’il me faudra vite avaler pour oublier mon mal de tête. Car elle file le tournis cette nana, elle retarde l’hiver, fait chaud dans son petit périmètre. Si le soleil doit s’écrouler, ce sera à ses pieds. Parfois, comme par magie, un mot de Molière s’infiltre dans son vocabulaire. Maigre tentative qui vient à bout de mes dernières résistances. J’aimerais être un lierre pour m’accrocher à ses jambes. Si elle me demande les clés de ma Bastille, je les lui donne sans hésiter.

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