Une canne au bout des yeux

lgbnJe l’ai croisé plusieurs fois dans le métro et dans la rue, avec ses yeux au bout d’sa canne. Sa vie à lui, c’est le noir en plein jour, avec le bitume pour lampadaire. Son guide, c’est cet asphalte qu’il effleure avec son ersatz de regard. Il cogne les obstacles, en promenant son prolongement dans un vide sans limites.

Je ne connais pas son prénom, mais je reste scotché à ce sourire figé sur un visage qui donne sans recevoir. Pas d’obole pour la cécité. Sa bonne humeur a beau être touchante, presque contagieuse, il ne verra jamais les dividendes. L’émotion du passant qui le croise, et observe avec affection ce voyageur sans lanterne, est un sentiment qu’il ne peut détecter dans la distance des individualités.

Dans le monde d’aujourd’hui, c’est beaucoup de chacun pour soi. Mais dans celui d’un non-voyant, c’est l’abyme de la solitude, et la compassion des regards, des trémolos plein la pupille.

Je ne connais pas son prénom, mais je reste scotché à son courage. Il le distille à petites touches, pour se frayer un chemin dans notre lumière, et nous sauver, sans doute, un peu de notre obscurité.

(Je continue de le croiser de temps à autre, et à chaque fois, je suis ému par ce sourire défiant l’injustice, illuminant nos gueules grises avec son optimisme… Respect.)

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