Noël en France : Strasbourg

Ah, Strasbourg ! J’y retourne en pèlerinage à chacune de mes visites en France. J’aime la ville, sa Petite France et ses maisons à colombage, son cours d’eau et les rues étroites de son quartier historique. Sa bouffe aussi. En Alsace, les menus sont caloriques. La choucroute est un emblème, mais aussi le terminus des ventres affamés.  Difficile d’aller voir ailleurs quand on a fait sa connaissance. Dans le monde sans pitié des plats bétonnés, elle malmène la concurrence. Le marché de Noël, le plus illustre du pays, est un véritable traquenard pour les gourmands et les amateurs de bonne chère. Je suis retourné dans la capitale alsacienne le 24 décembre. J’avais bien choisi mon jour : un surprenant et agréable 14 degrés sur le thermomètre, et un soleil obèse. Bref, la journée parfaite pour vadrouiller en solitaire.

Comme à mon habitude, je débute ma virée par une petite escale dans une boulangerie située sur la place de l’Homme de Fer, reconnaissable à cet abri circulaire où les trams se croisent. Dans ma ligne de mire, un bretzel au fromage et aux lardons, le genre d’en-cas qui vous fait tenir sans problème jusque midi. Je ne manque jamais une occasion de dévorer ce produit typique de la région. Disons que c’est mon hostie d’épicurien nomade. Je communie avec la ville à cet instant précis, je strasbourgeoise. À chacun ses croyances. La mienne se résume au bonheur immédiat, dégusté à pleines dents, au propre comme au figuré. Je suis en Alsace, la France me fait les yeux doux et je réponds à ses avances.

Une fois mon estomac repu, je traverse la place Kléber, où se dresse un immense sapin. Chaque année, une nouvelle cathédrale végétale apparaît à cet endroit. L’arbre est devenu un symbole que l’on photographie à foison, en cambrant la nuque devant sa majesté. La star de 2012 mesure 30 mètres et provient du massif forestier du Donon. À quelques mètres, un autre monument comble mes besoins d’histoire. J’avoue qu’au Québec, cet aspect me manque un peu. La Belle Province ne laisse que des miettes aux habitants du Vieux Continent. Qu’on se souvienne juste que la plus vieille ville d’Amérique du Nord – Québec – affiche « seulement » 404 ans au compteur. Je pénètre donc dans ce monument rose pris d’assaut par des touristes de tous bords. À l’intérieur, le brouhaha des lieux plébiscités. On repassera pour le recueillement et la contemplation. Depuis que je me suis expatrié, je me sens moins blasé dans mon pays, je profite davantage de ses trésors, et ils sont légion. Dans la cathédrale de Strasbourg, je reste une bonne demi-heure, ce qui ne m’était, je crois bien, jamais arrivé. Je savoure, je lève la tête, j’emmagasine tous ces détails qu’on méprise souvent dans notre empressement. Ici des tentures, là un vitrail se détachant de l’obscurité. Dommage qu’il y ait autant de monde. Comme je m’y attendais, l’horloge animée de l’édifice est cernée de curieux, qui attendent religieusement chaque quart d’heure, quand l’impressionnant mécanisme rompt le silence dans un léger tintement. Le problème, dans la promiscuité humaine, c’est qu’on partage tout, pet de mafieux compris, le genre qui vous zigouille sur place. Je ne suis pas le seul à avoir flairer le mauvais coup. « Ouh là, y en a un qui s’est fait plaisir ! », lâche un père de famille devant sa marmaille qui croit dur comme fer qu’il est le signataire de cette flatulence. Je presse le pas pour aller humer un secteur plus sain.

Une fois dehors, je poursuis mes pérégrinations : Petite France, canal surchargé par les pluies diluviennes, rues étroites instaurant l’intimité…,  En guise de repas de midi, une grosse tartine à l’ail et au munster fait l’affaire. Je la déguste dehors, en compagnie d’amis dijonnais, eux aussi de passage dans la cité du 67. Pour la partie sucrée, je jette mon dévolu sur un Stollen, autre spécialité locale qui plâtre les intestins. Amande, fruits confis et raisins secs composent ce gâteau savoureux. En général, c’est une tranche, et après la sieste. Bien entendu, je retrouve, douceur des températures oblige, cette terrasse de café faisant face à la cathédrale. Donc, je m’assois, je passe commande et je déguste. Je ne me lasse jamais de ce tableau offert aux regards. C’est sans doute par gourmandise, mais aussi parce que cette vision me manque, que j’y suis retourné deux fois. Avant de regagner la gare, j’ose un bon chocolat chaud aux amandes. Un vrai de vrai, onctueux et épais à souhait. Le genre qu’on sirote avec une petite cuillère, et qui coagule un peu sous l’effet du froid ambiant.

Suis content d’avoir revu Strasbourg et son marché de Noël. En 2013, le parcours ne devrait pas beaucoup changé. Bretzel en entrée, cathédrale en plat de résistance et magie de Noël en dessert. Et quelques avancées hasardeuses pour digérer convenablement, rassasié par le charme…

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