Noël en France : le retour

Vendredi 11 janvier.

Me revoilà dans mon canapé de Montréal. Je n’ai pas vu passer mon mois français. Je l’ai bu d’un trait, et j’ai même lécher les dernières gouttes tellement c’était bon. En un mois, j’ai eu droit à deux jours de soleil. Faut croire que ma Lorraine natale m’en veut encore d’être parti si loin. Fort heureusement, comme c’est souvent le cas, les régions à la météo pourrie se rattrapent avec une bonne dose de chaleur dans les cœurs, comme j’ai pu le constater. Cela dit, je ne m’attarderai pas sur le sujet, étant donné que je me suis déjà épanché sur mes amis, les vrais, les durs, les moqueurs aussi…

Donc, je suis revenu. Me suis levé tôt, et même très tôt. 5h30, on n’a pas idée. Ce qui fait que je suis debout, décalage horaire oblige, depuis 18h, sachant qu’il n’est, au moment où je ponds ces lignes, que 18h sur mon horloge québécoise, que je vais manger vers 19h et sans doute regarder la télé… Je table donc sur un petit 24 heures sans sommeil, loin de mon record de 36 heures, toujours dans le sens Metz-Montréal. Sur le chemin qui nous menait à la gare TGV Lorraine, ma mère et moi avons été pris d’un doute, en l’occurrence si nous nous étions engagés sur la bonne route, alors qu’il ne restait que 30 minutes avant le départ de mon train. Donc panique, donc gros stress, donc ma mère qui appelle ma sœur à 6h30, et qui la réveille, forcément… Le plus drôle aura été cette même môman incitant son fils à commettre des excès de vitesse pour arriver à temps, ayant soudainement des radars à la place des yeux. On aurait cru un copilote pendant une épreuve de rallye ! Si je l’avais écoutée, l’urgence de la situation ayant détruit ce qui lui restait de logique, nous aurions même pris une mauvaise sortie de rond-point, synonyme de contresens. Autant vous dire qu’avec mes yeux en face des trous du dodo, on a frôlé la cata !

Dans le train, rien à signaler, excepté l’accent anglais de l’agent de la SNCF, censé parler cette langue et se faire comprendre sans faire rire. Inutile de dire que c’est mission impossible à la SNCF. Je vous jure : même la tête dans le cul, pour parler trivialement, les lèvres s’allongent. Suis aussi tombé sur un contrôleur qui a découvert, après moi, le fonctionnement du e-billet, ou billet électronique. J’ai bien cru qu’il allait me coller une amende avant de s’apercevoir que le papier que je lui tendais était bien valable. Le monde à l’envers ! C’est après que ça s’est corsé, à l’aéroport, dans ce Terminal 3 que je connais par cœur à force d’empiler les allers-retours entre la France et le Québec. Comme je le redoutais, ma valise accusait une surcharge pondérale de trois kilos. Trois kilos, c’est rien me direz-vous. Sauf que c’est 60 euros de plus dans les poches de la compagnie aérienne, en l’occurrence Air Transat. Ça fait cher l’embonpoint ! Faut dire qu’avec tous ces cadeaux ramenés de France – dont ce livre épais offert par ma mère et ma sœur qui pourra me servir à travailler mes biceps – il fallait s’attendre à ce petit désagrément. Ils ont même rajouté une étiquette orange, avec un seul mot, « lourd », écrit dessus, c’est dire !

De toute façon, dans les aéroports, tout est cher. J’ai pu le vérifier juste après avoir dilapidé (donner serait un verbe plus approprié vu les circonstances) mes 60 euros. Je suis allé petit-déjeuner dans un des deux cafés du Terminal 3, sans doute un des Terminaux les plus tristes du monde. On dirait un hangar posé en pleine cambrousse. Il fait bande à part à Charles-de-Gaulle. J’ai toujours l’impression d’aller au bagne quand je m’y rends. Remarquez, quand on y est, on a qu’une envie : décoller, et vite ! Bref. J’ai payé 4 euros mes deux pains au chocolat, ce qui est plutôt dans la moyenne. Plus culotté étaient les 3,70 euros qu’on m’a demandés pour un petit café au lait, servi, pays des droits de la grimace oblige, par une demoiselle aussi aimable que la porte taguée d’un urinoir public, avec crotte de chien et tout le toutim. Aucune envie de lui laisser un pourboire dans ces conditions. En revanche, lui faire bouffer, j’avoue que ça m’a traversé l’esprit…

Ensuite, je suis monté dans l’avion. Et là, immense déception ! Pas de vedette, comme à l’aller, à l’horizon (lire ma première chronique Noël en France). Rien, même pas un revenant ou un has-been de la téléralité, voire une star du porno. Le néant. Même mon voisin, en l’occurrence une voisine, n’avait aucun charisme. À l’aller, j’avais servi de cobaye à l’indifférence baveuse d’un étudiant devenu icône par la grâce d’une contestation monstre au Québec contre la hausse de droits de scolarité, lequel, et c’est là tout le paradoxe, est pourvu du même trou du cul que l’auteur de ces lignes, façon ô combien égrillarde de rappeler qu’il faut garder les pieds sur terre. Tout ça pour dire que mon avion était d’une banalité à mourir, si ce n’est la bande de mecs devant moi, immatriculés dans le Nord visiblement, tous heureux d’entendre parler québécois autour d’eux. Et puis ma voisine, plutôt à l’aise sur mes accoudoirs. Oui, la dame prenait un peu de place. C’est pas qu’elle était grosse, mais disons qu’elle avait dû oublier qu’il y avait une personne à côté d’elle. On a eu droit à trois films, je n’en ai regardé aucun. J’ai tenté de dormir, puis de somnoler et même de pioncer avec un seul œil, sans succès. Et même si j’avais voulu, avec les ronflements de la femme frisée à mes côtés, je ne sais pas si j’aurais pu. D’autant que derrière elle, un autre passager s’est mis à lui faire de l’ombre, en ronflant lui aussi, mais plus fort. Une joute nasale, en quelque sorte. Je suis aussi allé pisser, et comme à chaque fois, j’ai imaginé le vide sous mes pieds, considérant du coup différemment ce petit espace où l’on aime parfois se réfugier. 

Je suis arrivé le 11 janvier à 13h15 à Montréal. Quand le commandant de bord a annoncé zéro degré et de la pluie en guise de bienvenue, j’ai cru qu’on n’avait pas traversé l’Atlantique et qu’on était toujours en Lorraine. Arrivé aux douanes, j’ai constaté que, dorénavant, les citoyens et les résidents canadiens (famille dont je fais partie) sont dispensés d’attente. Plus de file, youpi ! J’avoue qu’à cet instant précis, on fanfaronne un peu. On nous a dirigés vers des machines qui ont scanné nos documents. Un gain de temps appréciable, même si les minutes gagnées ont aussitôt été perdues au carrousel des bagages, là où nous sommes tous égaux, là où un incessant tapis nous enseigne la patience ! On attend inexorablement une valise qui ne vient pas, on la guette comme une denrée rare. En bout de ligne, ceux qui ont dû faire la queue aux douanes finissent par quitter l’aéroport avant vous, ce qui vous fait retomber illico sur le plancher des humbles.

Ce que j’ai vu dehors ? Un ciel gris et de la pluie. Et dire que pendant un mois j’ai répété à mes amis que le Québec jouissait d’un taux d’ensoleillement enviable ! Y a comme une couille sur la carte météo… Pourtant, la grosse tempête du 26 décembre a laissé des traces. Par endroits, les montagnes de neige charriée par les engins de déblaiement témoignent d’un épisode hors norme (le record a été battu à Montréal pour un mois de décembre, avec 45 cm de neige). Sauf que la pluie et les tonnes de sel ont enlaidi la métropole, comme à chaque hiver. La neige est brune, les routes détrempées et les véhicules maculés de cette tristesse enfantée par les abrasifs et le redoux. J’avoue que ce n’est pas ce Québec qui me fait bander en hiver. Le pire, c’est qu’ils ont prévu de la douceur et de la pluie pour les prochains jours. Il n’y a plus de saison, comme on dit. Même dans la Belle Province. Mais là aussi le soleil est dans les cœurs. L’humain est sauf. 

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