Django dégaine

Après les nazis dans Inglourious Basterds, Quentin Tarantino s’attaque aux esclavagistes dans Django Unchained, sous l’angle du western spaghetti. Son nouveau film raconte l’histoire d’un homme noir bien décidé à libérer sa femme des mains d’un machiavélique propriétaire de plantation. Revanche à l’horizon.

130111_q21l0_django_unchained_02_sn635

J’avais une indéfectible envie de voir le dernier Tarantino, comme toujours. Je n’ai pas été déçu par Django Unchained, Django déchaîné dans sa version québécoise. Mises à part quelques longueurs, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce long-métrage sanguinolent. Car si le Noir est à l’honneur dans ce western spaghetti sur fond d’esclavage, le rouge l’est tout autant. Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre Quentin international y est allé franco sur la sauce tomate ! On sent d’ailleurs qu’il s’est fait plaisir au crépuscule de son histoire, crépuscule qui coïncide avec la mise en bière de quelques personnages. Les balles fusent, les corps vacillent dans un ballet mortuaire. Voilà comment la luxueuse demeure d’un propriétaire de plantation  se transforme en annexe de boucherie où la bidoche exécute la plus élémentaire des pudibonderies. Bref, il lâche la bride dans cette séquence qui n’est pas sans rappeler cette scène mémorable de Kill Bill 2 où Uma Thurman affronte une centaine de yakusas, avec là encore un quota de globules rouges qui atteint des sommets. On est à deux doigts de Fort Alamo. 

Mais revenons au film, l’histoire d’un esclave noir fraîchement évadé, sous les traits de Jamie Foxx (acteur sévèrement burné à en juger par un des plans du film), qui tentera de libérer sa compagne, retenue par un riche et machiavélique propriétaire de plantation, incarné par Leonardo DiCaprio. Il pourra compter sur l’aide d’un chasseur de primes allemand, alias Christoph Waltz, lequel, on s’en souvient, avait éclaboussé de son talent Inglourious Basterds dans la peau d’un colonel SS. L’acteur polyglotte récidive, au point d’empiéter sur l’aura de ses partenaires à l’écran.

Fidèle à ses contorsions, le réalisateur américain prend quelques libertés avec l’Histoire. Django Unchained s’inscrit dans la lignée du révisionnisme déjanté qu’il a appliqué dans sa précédente œuvre, l’équipée revancharde d’un commando juif. Il prend le même plaisir à jouer avec les codes de la musique, insérant dans la bande son des touches de Johnny Cash ou de funk, là où les puristes espéraient en secret quelques réminiscences d’Enio Morricone. Tarantino ne serait pas tarantinesque sans cette liberté teintée de fougue qui le caractérise. Si la musique du maestro italien n’apparaît pas au générique, le cinéaste souhaitait en revanche faire un film en hommage à Sergio Leone, autre génie dans son genre, avec en toile de fond le péché originel américain : l’esclavage. « Ce sujet, tout le monde a peur de le traiter », avait-il déclaré alors que Django Unchained n’était encore qu’un projet.

Son huitième long métrage reprend la formule qui l’a si bien servi dans Inglourious Basterds. Il fallait oser aborder un des épisodes les plus douloureux de l’histoire américaine dans un western spaghetti, où le sang gicle sur les plantes de coton, dans une séquence qui porte la griffe de l’intrépide metteur en scène. Ce dernier, on le sait, aime aborder les sujets délicats par la face la plus abrupte. Ici, il orchestre une revanche sur les esclavagistes, de façon aussi spectaculaire que celle opérée sur les nazis à grands coups de batte de baseball, en compagnie de Brad Pitt et sa bande de chiens fous. Au pays de Quentin, tous les coups sont permis. Tarantino est à l’image de son dernier héros : déchaîné.

Publicités

1 reply »

  1. Effectivement, Jamie Foxx risque ses cousines au fond d’une grange, l’ensemble est bien vu. J’y ajouterai la touche cinéphilique indispensable quipermet de voir une apparition de Franco Nero, vedette du film Django à la fin des sixties. Tarantino s’est aussi délecté en faisant apparaître des dizaines d’acteurs qui ont connu une gloire éphémère grâce à des séries B sorties et sitpot oubliées. Au hasard du générique, on a vu Don Stroud (le shérif refroidi par Waltz), Robert Carradine (fils de John et frère de David, ex jeune beau des teen movies des sixties), Russ Tamblyn (chef des Jets de West Side Story), Bruce Dern (presque célèbre dans les années 70, rappelons nous « driver »), Michael Parks, habitué aux rôles de cinglés dans ces mêmes séries B, Il ya bien sûr Don Johnson (big daddy) ou Lee Horsley. Bref, ce film où le gore tient du comique nous réserve tout ce qu’on a plus vu de visages familiers depuis des lustres. Et puis il y a ces allusions aux mandingues, ces lutteurs qui eux mêmes ont fait l’objet de nombreux films. Merci de faire partager ces impressions de Django, qui est un bon film, mais aussi un film qui se déguste comme un bon plat.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s