Locataire et cambrioleur

J’avais déjà testé l’arrivée impromptue de pompiers à la maison. C’était en 2007, et j’avais inauguré de flamboyante manière mon arrivée sur le sol québécois. Quelques étincelles suspectes sous mon évier, accompagnées d’une fumée carrément menaçante, m’avait contraint à solliciter la haute bienveillance de cette cavalerie casquée. Inutile de dire que cet épisode imprévu avait ruiné mon penchant pour la discrétion.

Dimanche, j’ai testé la police. Mais cette fois à mon insu. Ce jour-là, je suis allé m’aérer les neurones avec une amie dans les Laurentides, région infestée de citadins en mal d’air pur, à une bonne heure de Montréal, ses nids-de-poule, ses infrastructures cacochymes et sa corruption pestilentielle. J’étais dans les Laurentides lorsque mon téléphone a sonné. Au bout du fil, ma voisine m’informant que faute de clés à portée de mains (en clair, elle les avait pas sur elle), elle sollicitait mon aide pour la sortir de cette inconfortable situation. Ce à quoi je dus répondre, n’étant pas le fils caché de Superman – et heureusement d’ailleurs, qui voudrait d’un père qui enfile son slip par dessus son pantalon ? – qu’il m’était impossible de la dépanner dans l’urgence. Une fois la conversation  terminée, la journée put reprendre son cours.

De retour à la maison, je me suis mis à mon aise. J’ai opté pour mon pantalon de pyjama fétiche, celui qui ferait fureur dans les cirques ou au carnaval de Rio. En guise de haut, un tee-shirt vert, comme le personnage de mauvais poil remplissant son centre : Hulk. Un cadeau d’amis pour mes 40 ans (pourtant, il me semble que j’ai toujours été sympa avec eux). C’est dans cette tenue que je décidai d’aller transpirer un peu dans cette pièce vide qui me sert de défouloir. J’y égorge des moutons, et il m’arrive aussi d’y violer des truies, après avoir lu quelques passages de Dante… Nan, c’est pas vrai. En fait, c’est l’endroit idoine pour sacrifier à mes habituels exercices physiques, qui se résument à des séances de pompes et d’abdos. J’ai pris l’habitude de le faire en musique, ce qui explique sans doute que je n’ai pas entendu cogner à ma porte, et encore moins sonné mon téléphone. J’apprendrai par la suite que c’est ma voisine qui m’avertissait par texto qu’il y avait sans doute un cambrioleur chez moi, puisqu’elle me croyait encore dans les Laurentides.

Donc, je fais un peu de sport. Une fois terminé, je regagne la cuisine. Il doit être 21h30 et mon évier m’appelle à l’aide. Enfin s’il pouvait parler, il le ferait. Façon de dire qu’il est temps que je consente à faire un peu ma vaisselle. Je m’y colle donc, avec l’enthousiasme d’un François Hollande. J’imagine que le bruit de l’eau couvre les dernières tentatives de ma voisine. Lasse de frapper à ma porte, cette dernière décide donc d’alerter la police. Pendant ce temps, je persiste dans mon récurage. Et puis un bruit dans mon dos, qui provient de mon balcon arrière. Je coupe le robinet et décide de tendre l’oreille.

– « Ouvrez, c’est la police ! »

Je vous laisse imaginer ma surprise. Au début, je pense à une blague. Je me dis que ma voisine est d’humeur guillerette, qu’elle a mangé un clown, ou qu’elle a trouvé cette façon pour le moins originale d’engager la conversation. Je ne suis pas certain sur le moment d’avoir bien entendu. J’ouvre les stores : c’est bien une femme en tenue de policier qui me fait face. Mais même là, je divague encore un peu. Pendant une fraction de secondes, j’imagine cette fausse policière qui se désape devant mes yeux ébahis. Je finis menotté à une chaise, n’ayant d’autre possibilité que de contempler les ondulations de ce corps étranger qui me crache des insanités en me fouettant de temps à autre. Mais revenons à la réalité. Je suis en train de converser avec une vraie agente de police, dont je capte au passage le joli minois. Mais c’est pas le moment de draguer. Vu ma tenue décontractée et un peu ridicule, elle a dû en déduire que je suis le locataire, sauf à imaginer que je suis un voleur fichetrement rusé, assez pour visiter un appartement fagoté comme un Bidochon, histoire de tromper la vigilance de l’ennemi.

Comme les policiers agissent souvent en binôme, la voilà qui avertit sa collègue, postée devant ma porte d’entrée, que l’affaire est élucidée. J’invite la belle à entrer et à rejoindre, quitte à dégueulasser mon couloir avec ses chaussures couvertes de neige, sa partenaire. Quand j’ouvre la porte au renfort, mes désirs inavouables de plan à 3 s’estompent, façon de dire que la seconde dame inspire davantage la sagesse sexuelle. J’en profite pour échanger quelques mots avec ma voisine, laquelle a l’air un peu gênée d’avoir rameuté tout ce monde pour rien. Me croyant toujours à l’extérieur de Montréal, elle s’est effectivement inquiétée.

– « Vous devriez être content d’avoir des voisins comme ça », me glisse une des policières. J’acquiesce. J’ai envie d’ajouter qu’en France on lui aurait sans doute décerné la Légion d’honneur, vu la désopilante facilité avec laquelle on en abuse au pays des Droits de l’homme et moins de la femme. 

– « Trop peu de gens ne prennent pas la peine d’avertir la police quand ils entendent un bruit suspect », ajoute-t-elle. J’opine du chef, en me demandant si un pet caverneux entrerait dans ce dispositif d’alerte.

Quand j’ai refermé la porte, j’ai repensé au look que j’arborais lorsque cette femme est entrée dans mon appartement. J’espère avoir contribué à égayer sa soirée, alors que la froideur arctique dominait toujours la ville…

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