Travolta/Newton-John : pour le meilleur… et le pire

grease-01« Chers John et Olivia,

Alors comme ça, vous vous êtes reformés ? C’est pas que ça m’gêne, mais musicalement parlant, fallait pas vous sentir obligés ! Moi, j’en étais resté à votre duo mythique de Grease, dans lequel, rappelons-le, un rebelle maniéré et très fleur bleue s’acoquine avec une femme faussement ingénue, semblant tout droit sortie de la tête Walt Disney. Bref, repassée de la tête aux souliers. Pas un pli, une bluette à elle toute seule. Vous étiez un peu, à votre façon, le Québec et le reste du Canada. En clair, vous dénotiez.  Le bad boy et la fille prude. 

Cette comédie musicale a connu le succès que l’on sait, portée par une bande originale ancrée dans les mémoires, en tout cas celles des quadras et des tempes Grease, si vous me permettez ce jeu de mots offert avec un rabais. La renommée de cette production inspira même deux artistes en France, deux comiques dans leur genre, qui trouvèrent là un bon filon pour mettre un peu de beurre dans leurs épinards. À l’époque, Patrick Topaloff et Sim – un autre binôme improbable – parodiaient You’re The One That I Want, cette chanson phare de votre idylle meringuée qui devînt, pour les besoins d’une Gaule franchouillarde, Où est ma chemise grise ? On parle ici d’un pays où la chanson La danse des canards est le single plus vendu de l’histoire de la musique, ceci expliquant cela… Mais revenons à ce qui nous intéresse : votre nouvelle copulation musicale.

Je suis tombé sur ce clip scellant vos retrouvailles, attiré par une rumeur goguenarde et une publicité par franchement dithyrambique au sujet de cette fécondation de mauvais augure. Après avoir regardé l’objet de tant de commérages, je suis forcé d’ajouter ma salive aux autres mauvaises langues. Il flotte un parfum de nostalgie, et je reste poli. Certains commentaires ont brocardé ce « duo kitsch », et là encore, je dois courber l’échine. Je sais bien que les duos courent les ondes radio sous couvert de la mode, avec des excès qui frôlent l’indigestion, et souvent le degré zéro de la profondeur. Mais quand même… Si vous aviez une once d’humanité, un soupçon de respect à l’égard de vos fans encore en vie, vous auriez eu la délicatesse de faire machine arrière. Mieux valait, après tout, croire à une bonne blague qu’en subir une mauvaise. Précisons quand même que votre disque est sorti en novembre 2012, et que son titre ronflant, This Christmas, déroulait le tapis rouge aux caisses enregistreuses. On a d’ailleurs appris que l’argent récolté servirait, entre autres, la noble cause de la lutte contre le cancer, et c’est d’ailleurs le seul point positif que je consens à accorder à vos gesticulations chloroformées. 

C’est sur ce CD de reprises voué aux gémonies, au mieux aux petits rires sous cape, qu’on trouve la chanson I Think You Might Like It. Au départ, on est tout ébaubi, John, de te voir accourir vers ton ancienne complice, Olivia, dont on a encore en mémoire le clip ringard et bodybuildé Physical, lequel finira, comme tant de ses semblable, dans le tiroir rance des années 80.

Grease-Movie-Poster-grease-the-movie-512582_1281_1920Donc, Sandy a retrouvé son Danny, la banane en moins et quelques kilos en plus. Faut dire qu’à l’époque, mon cher John, on te vénérait sous les boules à facettes des discothèques, et tu as peut-être ouvert la voie, sans le savoir, aux Village People, moins tatillons il est vrai sur la chorégraphie. Tu étais épais comme un trombone, d’où ce blouson noir viril qui sauvait les apparences. C’était un peu ta coquille, tu étais le Bernard l’Hermite des durs à cuire. 

On sent bien que vous la regrettez un peu, cette période où vous étiez jeunes et jolis, et où les déhanchements et les chorégraphies endiablées étaient encore dans vos cordes. Pour preuve cette Cabriolet bleu ciel où vous roucoulez comme au bon vieux temps. Ceci dit, la même scène tournée dans une Toyota Yaris aurait entamé la crédibilité de ce come-back romantique au demeurant discutable. 

Et que dire de ces petits pas de danse dont vous nous faites l’honneur, avec une intensité de septuagénaires, qui font un peu la jonction avec vos vertes années, quand le 21e siècle se montre sans égard pour vos lombaires et vos rotules de légendes usées. Le problème, quand on a daigné regarder in extenso votre clip franchement cucul, c’est la désagréable impression d’avoir assisté à une autre parodie de votre gloire passée. Et l’on se demande lequel de ces deux duos, Sim/Topaloff et le vôtre, est le plus à plaindre. À vrai dire, si le premier visait clairement un effet humoristique, on est en revanche plus circonspect à l’égard du second. 

Grease n’avait pas besoin de cette réminiscence plutôt pénible, qui fait de l’ombre à son auguste palmarès, en sabotant ce qu’il avait encore de sympathique. »

 
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