Poutine, le péché québécois

(C’est la semaine de la poutine à Montréal – une première ! – alors j’en profite pour republier une vieille chronique, où je faisais l’éloge, à ma façon, de ce plat typique du Québec, bien que les habitants qui le composent n’en soient pas aussi friands qu’on l’imagine. Je laisse à Gérard Depardieu le soin d’encenser un autre Poutine, puisqu’il est de notoriété, du moins dans sa bouche frelatée, que cet homme fortement  contesté sous le drapeau en berne de la liberté d’expression, dirige une belle et grande démocratie [qui a pouffé ?]. Je me permets donc de tirer la chasse pour évacuer ces déjections verbales, afin de ne conserver que le symbole qui nous intéresse, et qui finira lui aussi, une fois consommé, dans le siphon trivial de nos toilettes copophrages ! 🙂 )

775624_10151482714504009_1170557382_oC’est un enchevêtrement de frites, un cimetière pour le régime. La malbouffe est là, précédée d’une calorique réputation, engluée sous une sauce qui dégouline ses excès. C’est l’heure de la poutine. La poutine ? Un radeau qui fait tanguer les estomacs. Ce plat accolé à l’histoire du Québec a les vertus isolantes du plâtre. Il est décadent, stigmatisé par les apôtres d’une alimentation saine, mais pour une raison que j’ignore, il s’incruste dans les mémoires, perce la défense poreuse de nos souvenirs.

On ne déguste pas une poutine, on la digère, enfin on essaie. Ce plat très populaire au pays de Félix Leclerc sonne souvent le glas du dessert, sauf en cas de gourmandise génétique et pour le coup suicidaire. Dans ce face-à-face avec le caloriquement grand, un verre d’eau s’impose. Il masquera quelques instants le douloureux passage de cette obèse dans votre gosier. Dans la Belle Province, personne ne vous dira que c’est bon pour la santé. Pourtant, elle éveille un je-ne-sais quoi de fierté chez l’habitant qui vous invite à faire connaissance avec cette bétonneuse du ventre. Qu’on se le dise : au temple de la renommée québécoise, la poutine occupe une place de choix sur le menu. Et c’est sûrement par prosélytisme qu’elle varie les textures et les appellations. Il faut sans doute voir dans ces avatars une certaine rançon de la gloire. On la dévore avec des saucisses ou de la viande de bœuf, du poulet et des petits pois verts, ou encore avec de la sauce spaghetti, dans sa version italienne. Et même avec du foie gras, c’est dire !

Comment la mange-t-on ? Excellente question. On commence avec les yeux, on prend la mesure du défi qui nous attend. Les débutants auront la bonne idée de jeter leur dévolu sur le petit format. Les ogres de la table passeront directement à l’échelle supérieure. Reste l’évidence : un simple regard suffit presque pour colmater la faim. Ce qui frappe au premier abord, c’est son apparence. L’habillage, on s’en doute, est réduit au strict minimum. Avec elle, ce n’est jamais la forme qui prime, mais le fond, la consistance. Il faut marquer les esprits dès les présentations, et avouons qu’elle y parvient avec un tact brutal. Il y a cette sauce brune de type barbecue qui recouvre l’agglomérat des ingrédients de bas étage. Au Québec, on ne lésine pas sur cette mixture qui imbibe les frites et les rend veules. Elles cohabitent avec le fameux et singulier fromage en grains. Il est fade sous la dent, mais d’après une rumeur suffisamment  insistante pour lui accorder un peu de crédibilité, il ferait skouick-skouick quand on le mâche. 

C’est finalement ça, la poutine : un fromage qui distrait.

Garçon, une autre !

PS : dans le cadre de cette première Semaine de la poutine, des chefs montréalais ont rivalisé d’imagination pour proposer à leur clientèle quelques versions décalées de ce plat typique. Pêle-mêle : La fameuse, au canard confit, oignons caramélisés, sauce foie gras et vin rouge; la poutine syrienne, au jarret d’agneau et graines de grenade; la Lola Poutine, composée de patate douce sucrée, de sauce brune de haricot noir et champignons, et garnie de ciboulette; The Real Hangover Poutine, avec du porc effiloché cuit à petit feu, et… du Jack Daniel’s ! 

Et tout cela avec les frites, qui restent de rigueur ! Bon appétit ! 🙂

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