Échecs et mâles

scudsihelmImaginez…

Vous êtes joueur de hockey. Pendant une séquence de jeu, un mec costaud, genre conçu avec un spermatozoïde de gladiateur, fonce vers vous comme une locomotive. À cette étape du scénario, deux possibilités. Il va s’arrêter brusquement devant vous, en vous éclaboussant de glace d’un coup de patin ravageur. Ou bien il va vous percuter avec le tact d’une météorite.  Si vous avez choisi la première solution, vous êtes plus ping-pong que hockey. Qu’on se le dise : la tenue rembourrée des adeptes de ce sport explosif n’a pas été conçue en hommage à Robocop. Leur finalité tient tout simplement de la survie !

Dans cette discipline, une expression revient régulièrement hanter les esprits : la fameuse mise en échec. Rien à voir avec les pions qui grillent les neurones sur des cases contrastées. Ici, pas de neurones, pas de « mat », juste l’échec dans sa simplicité brutale. Le choc fait partie des meubles, et il est parfois vicieux. Par derrière, sur les côtés, en pleine face. Contre les rampes, ou sur la surface de la patinoire. On l’administre avec cette délicatesse bourrue typique des campagnes. La technique consiste à charger l’adversaire pour le gêner ou lui faire perdre la rondelle, et lui faire voir, accessoirement, 36 chandelles. Comme je l’ai laissé entendre, les plus costauds ont des prédispositions pour faire valdinguer leur victime, laquelle ne voit pas toujours arriver le taureau et son museau fumant.

Il arrive que ces tangos pour bourrins fassent un peu mal au cœur. C’est le cas lorsque le joueur trépané se relève avec fébrilité, les jambes hésitantes, à la manière d’un faon qui découvre la vie. Il patine, retombe, il re-patine, il re-re-tombe. Bref, il tente désespérément de rester debout, comme si sa fierté en dépendait. C’est pas beau à voir. À titre personnel,  je fais la même chose sans commotion. Y en a même qui ne se relèvent pas. Ceux-là, il faut les réveiller, en essuyant le filet de bave qui s’échappe de leur bouche, et en leur expliquant, sur le chemin du vestiaire, ou à côté de leur civière, que le zombie qu’ils verront dans le miroir disparaîtra après quelques semaines de repos. La commotion cérébrale est aussi répandue au hockey que l’entorse chez le joueur de football, ou le cul qui brûle chez le cycliste débutant.

Certains athlètes cumulent ce type de blessures. Ils ne le font pas par plaisir, mais ils sont programmés pour le tapis. Comment revient-on au jeu après la convalescence ? Disons que le joueur est plus méfiant sur la glace, qu’il évite comme la peste certains secteurs de la patinoire, et que si on lui proposait de lui greffer deux rétroviseurs sur les épaules, il accepterait sans hésiter.

J’avais lu dans la presse qu’au moins 759 joueurs (à la date du 30 octobre 2009) de la ligue nationale auraient reçu un diagnostic de commotion cérébrale depuis 1997.

Ça vous tente un ping-pong ?

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