– M – le génie

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Jeudi 21 février, Métropolis de Montréal.

C’est dans un Métropolis affichant complet que le chanteur – M – a débuté sa séquence montréalaise de deux jours. Jeudi, dans une salle piaffant d’impatience, Mathieu Chédid a en mis plein la vue et les oreilles, livrant une prestation dense, contrastée, et terriblement généreuse. La générosité sur scène de cet artiste bondissant ne fait pas un pli. Cet entrain contagieux le rendrait presque singulier.

Pour le troisième concert de sa tournée Mojo, l’artiste avait prévenu d’entrée ses fans : « Malgré le jetlag, on va tout donner, tout lâcher ! » Il a tenu parole. Il était écrit que cette soirée allait se dérouler sous les auspices de la fête, de l’amour, et de cette grande récréation qui s’immisce souvent dans ses spectacles. Fidèle à ses habitudes, fidèle à cette proximité avec le public qui l’étreint à chaque prestation, – M – a repris quelques-uns de ses standards altruistes, comme faire monter des enfants sur scène, en l’occurrence deux jeudi soir (un garçon et une fille), tout surpris de partager un moment de grâce avec lui, sous les yeux de leurs parents, bien évidemment conquis pas cette invitation spontanée. – M – le génie a besoin de contact et d’énergie, de cette énergie qu’il absorbe et redistribue au centuple. Lorsqu’il tend les cordes de sa guitare à des spectateurs sous perfusion, lorsqu’il sert vigoureusement des mains tendues à la fin de son concert, ou prend quelques bains de foule – sur le fameux Mojo notamment – on ressent ce désir inaltérable chez lui de communier avec ses supporteurs, de briser cette barrière invisible, et en même temps terriblement opaque, qui éloigne souvent une star de ses partisans.

N’ayons pas peur des mots : – M – est une vedette, un être à part, une bête de scène, abonné à des concerts qui franchissent allègrement la barre des deux heures (2h30 jeudi soir), et qui pourrait, décalage horaire ou pas, allait bien au-delà. Et tout ça pour un un prix de billet relativement modeste, comparé à ces gloires pétries d’arrogance, qui ont les bourses bien pleines et la créativité un peu en berne. Loin d’être un thuriféraire, je me dois de constater que le fils Chédid fait preuve d’une si belle énergie qu’on est enclin à tout lui pardonner. Bien sûr, le spectacle donné jeudi soir n’était pas parfait. On le sent encore en rodage, il n’a pas encore donné sa pleine mesure. C’est le lot commun de toutes ces tournées qui débutent, qui cherchent leurs appuis. Bien sûr, on comprend que la petite scène du Métropolis n’était pas le théâtre parfait pour un déluge d’effets visuels qu’on imagine de plus grande ampleur dans des cadres plus adéquats. Ce ne sont évidemment là que des griefs de pacotille, pour la forme. Le revers de la gourmandise. La faute à – M – : quand on y a goûté, on en veut toujours plus !

L’interprète de Onde sensuelle (titre repris jeudi soir) a donc livré un show à sa mesure, en proposant parfois des versions remaniées de son ancien répertoire. C’est une autre particularité de l’artiste : il ne s’embourbe jamais dans la routine, fuyant le carcan d’une trop grande fidélité artistique. Il ose, prend des risques, quitte à décontenancer ses admirateurs. 

Au cours de la soirée, il s’est adressé à plusieurs reprises à la foule, pour blaguer, ou l’inviter à danser et à chanter. Il est revenu sur sa toute première apparition au Québec, au Lion d’Or, lorsqu’il était encore un inconnu ici et en France. Montréal est un peu la ville de ses débuts, sa cathédrale porte-bonheur. Jeudi soir n’a pas dérogé à la règle, puisqu’il lançait un nouveau trio, composé, outre son auguste personne, de Laurence Clais à la batterie et de Brad Thomas Ackley à la basstare. La basstare ? Il a laissé le soin à son nouvel acolyte de présenter cet instrument bâtard, à la croisée, comme son nom l’indique, d’une guitare et d’une basse. « Deux cordes de basse, quatre cordes de guitare » a expliqué le bassguitariste dans un français hésitant, avant de se lancer dans une démonstration étonnante percluse de notes électro, reprenant, en compagnie du batteur, un tube du groupe français Daft Punk.

Si le spectacle a fait la part belle à son nouvel album, îl, il a aussi ressuscité quelques incontournables du passé. C’est d’ailleurs seul sur scène, posté derrière un clavier, que le trublion a repris Ma mélodieQui de nous deuxMa belle étoile, et un morceau issu de la bande originale du film d’animation Un monstre à Paris, où sa voix fine et évanescente s’était jointe à celle de Vanessa Paradis. Homme de public, – M – n’en reste pas moins un homme de racines. Sa dédicace à sa défunte grand-mère Andrée, « qui doit bien se marrer là-haut », sur le tube Je dis aime, dont elle est l’auteure, est venue le rappeler avec force, alors que les néons viraient au rose (la couleur d’une des guitares de ce spectacle, clin d’œil à une ancienne vie encore prégnante dans l’esprit des fans), et que l’artiste jubilait derrière son instrument fétiche. Autre hommage, celui rendu à sa mère, bien vivante elle, à la fin de son show, à travers la chanson Baya et ses sonorités espagnoles.

On ne peut évidemment pas parler de ce nouveau spectacle sans parler de ces lunettes énormes qui barrent son visage. Sans leur prédire la notoriété des montures blanches popularisées par Polnareff, gageons qu’elles feront fureur dans les salles de France et de Navarre, et même au-delà. Si le chanteur s’est présenté avec la paire qu’il arbore dans son clip Mojo – pour faire sensation à une soirée, y a pas mieux ! – c’est surtout la seconde version qui a attiré l’attention, comme une petite surprise déballée au cœur du party. Elles sont apparues sur la reprise endiablée du Complexe du Corn Flakes, alors que la scène était plongée dans le noir, histoire de décupler l’effet de ces parures aveuglantes, scintillantes de petites lumières. Effet garanti et réussi. 

Ajoutons que Mathieu Chédid y est allé de quelques pas de danse et autres déhanchements complices, et que son batteur, ce qui est plus rare pour être souligné, a laissé tomber ses baguettes pour quelques octaves bien placées. Du délire quoi, comme si ce trio de potes avait décidé de lâcher prise, d’expérimenter, bref, de prendre du plaisir. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le quintet du clip Mojo s’est reformé à l’ultime fin du concert, en reprenant cette chorégraphie entêtante en diable, et dans une version playback cette fois-ci. Juste pour danser, exploser et sautiller une dernière fois. Juste pour mettre un beau point d’exclamation à cette soirée vivifiante, et oxygéner un peu plus le grand bol de la vie. 

Quant aux solos du fantasque chanteur, qui sont autant de morceaux de bravoure, il n’y rien à dire, sinon courber l’échine. Rappeler que le monsieur est un guitariste virtuose est au pire un truisme, au mieux un euphémisme. C’est d’ailleurs lorsqu’il brandit cette arme de séduction massive, comme un glaive fendant les derniers indécis, qu’on a envie de lui crier « Encore ! » Magique, avec un M, forcément. 

Mon royaume pour son talent…

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