Le Brassens du rail

Photo prise en décembre dernier. Je testais leurs lunettes 3D. Je la trouve très drôle ! On dirait deux non voyants ou deux gros mafieux, c’est selon.

Le surnom est resté. Lors d’un pèlerinage à Lourdes, nous nous étions amusés, avec d’autres brancardiers, à nous rebaptiser. J’étais ainsi devenu le D’Artagnan de l’écriture… Le Brassens du rail, c’était Stéphane, vu son métier (conducteur de train à la SNCF) et son besoin viscéral de gratter une guitare, surtout en été, autour d’un feu, pour draguer les gonzesses et asseoir sa réputation de chef de bande.

J’ai connu Stef il y a vingt ans. Je l’ai connu avec une chemise rose sur les épaules. Ce jour-là, il était apparu dans la cuisine de la maison familiale, tel un prétendant à Je veux épouser votre fille alors je mets une belle chemise. Ça se voyait qu’il voulait épater mes parents. Pour grappiller quelques points supplémentaires, il avait arboré son plus beau sourire, pas le sourire de pervers qu’il me dévoila bien plus tard en chassant la gueuse sur des sites de rencontre pour « crève-la-nique ». Il avait placé la barre si haut qu’il était venu avec une bouteille de vin. C’est la première vision qui m’ait été offerte de celui qui allait devenir un membre influent de mon cercle d’amis sacré, façon de dire qu’il compte, assurément. Tous ces efforts louables n’eurent pas les effets escomptés, puisque ma sœur adorée et Mister Pink rangèrent très vite leur idylle Careless Whispers au placard… J’avais sauté un repas en signe de protestation. Une ébauche de grève de la faim. 🙂

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En pleine action (ses fans sont prêtes à tout !)

Si l’épisode de la chemise rose est restée gravée, d’autres souvenirs ont alimenté et renforcé cette amitié. Je crois que ce qui nous a d’abord rapprochés, c’est notre humour consternant, « au ras des pâquerettes » pour reprendre l’expression consacrée. Récemment, une amie commune me faisait remarquer à quel point nous étions dans une classe à part dans ce domaine, en me rappelant ces soirées, où, un peu à la manière des battle dans le rap, nous rivalisions de blagues salaces ou carrément pourries. Nous étions alors inarrêtables, et bien inspiré celui qui pouvait désigner un vainqueur. Il suffisait d’une étincelle pour que ces joutes démarrent. Nous étions en spectacle, en quelque sorte, et notre petit public se bidonnait tout autant que nous. Je me souviens aussi d’avoir vu Stef rire aux larmes en lisant un de ces discours dont j’avais le secret, dans lequel j’égratignais mes amis le jour de leur anniversaire, avec cette tendresse qui ne transpirait pas au premier abord, mais qui avait pourtant nourri ces lignes dévastatrices ! Pour certains et certaines (ils se reconnaîtront), ces démolitions en règle sont devenues mythiques. Témoin cette amie, devenue mère depuis, qui a enfermé à triple tour dans un coffre blindé le portrait la concernant ! Le bon vieux temps comme on dit…

Photo prise en 2008, lors de sa visite à Montréal.

Photo prise en 2008, lors de sa visite à Montréal.

Dans son infinie bonté, s’étant sans doute aperçu que je voulais aussi « pêcho » des filles en reprenant des chansons, Stef s’est mis en tête un jour de me former à cet instrument à cordes faiseur de coqueluches de ces dames. Lui l’autodidacte était même allé jusqu’à me proposer une de ses guitares, tout en m’invitant à faire montre de patience et d’abnégation avant de devenir une icône de colonie de vacances. Hélas, si le dénommé Fabien M. réussirait cette prouesse quelques années plus tard, je fis très vite une croix sur une carrière d’hypnotiseur musical, celui qui endort ses proies avec quelques standards de circonstances avant de passer à une sérénade bien plus virile à l’abri des regards.

Stef a toujours eu coutume d’expliquer notre longue amitié en commençant par le commencement. « Je suis sorti avec sa sœur, et après je suis sorti avec le frère » est presque devenue sa phrase fétiche. Il y met autant d’entrain que pour donner sa propre explication de mon surnom, Pinto. « Tu décomposes le surnom et tu as la signification : un éjaculateur précoce. » Ça le fait toujours marrer, et je crois bien que dans 30 ans, j’y aurais encore droit. Sans avoir besoin d’être devin, j’anticipe sa réaction à chaque fois qu’une personne pose la question fatidique : « Pinto, ça vient d’où ? » Aussitôt tendue, Stef saisit la perche sans se faire prier. Il jubile !  😉

Dans le métro de Montréal (il se croyait dans un manège, voulait plus sortir)

Dans le métro de Montréal (il se croyait dans un manège, voulait plus sortir)

Je dois au Brassens du rail mes virées à Lourdes, et je lui en serai toujours reconnaissant. Pour les lecteurs qui auraient manqué ma chronique sur le pourquoi du comment de nos escapades dans la cité mariale, je les invite à lire mon texte paru le 24 juillet 2012 sur ce même blog. Autant dire qu’avec sa guitare, sa gueule de gendre idéal et ses médailles acquises sur le front de l’altruisme, il fait presque figure de saint dans cette ville spirituelle gangrénée par un mercantilisme assez déconcertant. À Lourdes, Stef est comme les hommes politiques en campagne : il sert des mains à la louche, et sur son passage, la mer des brancardiers s’écarte. Oui, le Brassens du rail a aussi des airs de Moïse. Loin d’être parfait (comme nous tous en somme), Stef contrebalance ses faiblesses par une belle générosité auprès des malades et handicapés. Avec du recul, je pense que cet aspect de sa personnalité est, avec son humour atypique, la raison de notre relation fraternelle. J’ajouterai la force et la dignité dont il fit preuve le jour de la disparition prématurée de son frère dans un accident de moto (désolé de casser l’ambiance). C’est aussi dans ces moments-là, terribles à vivre et incroyablement humains, qu’on mesure la qualité d’un être, ou en tout cas sa véritable personnalité, comme si le malheur avait été conçu pour révéler les hommes. Je crois bien que le jour maudit de ce drame, ma peine avait autant à voir avec l’ami disparu qu’avec celui qui allait devoir affronter cela. J’étais présent lorsqu’on lui a annoncé la terrible nouvelle, et jamais je ne l’oublierai.

Stef mange de tout, même de la poutine !

Stef mange de tout, même de la poutine !

Après vingt ans gorgés de souvenirs, inutile de dire que je pourrais écrire un roman sur ce personnage au grand cœur, un peu têtu et parfois de mauvaise foi (trop de lauriers c’est pas bien non plus :-)). Je pourrais, par exemple, parler de son penchant pour les grosses télés, son démarrage au quart de tour quand on critique la SNCF (sujet tabou, il a été dressé pour contre-attaquer)… et sa légendaire passion pour la saga Star Wars. Ah, la Guerre des étoiles ! Je l’ai vu dépenser sans compter pour acquérir des figurines qu’il a conservées dans leur emballage (pour faciliter leur revente) et autres produits dérivés, jusqu’au sabre laser (sans laser) et au casque de Dark Vador (sans la tête de Dark Vador dedans), son asthmatique préféré. C’est un peu son film de chevet, et une belle occasion de briller en société. Lancez-le sur le sujet et il fera la course en tête. Donnez lui en plus une guitare en lui accordant le droit de débiter quelques histoires drôles, et il deviendra un intouchable ! 😉

Je pourrais également revenir sur cette semaine de vacances dans un Club Med en Tunisie, où la devise était « Si tu dors t’es mort », ce qui donne une idée de l’ambiance sur place. À Djerba, Stef avait optimisé son capital séduction en mettant le grappin sur une jeune de 18 ans, laquelle était venue avec sa mère, mais sans son petit ami (ce que l’on a pas eu de difficulté à comprendre). Son arme de séduction massive – la guitare ! – était encore présente, comme un grigri redoutable. Pas de partie à trois cependant sur les plages tunisiennes, puisque cet ami de longue date testa un jour un éventuel intérêt de ma part pour le plaisir  collectif, ce que je déclinai sur-le-champ, non par dégoût mais parce que je n’aurais pas pu, et j’en suis certain, me retenir de rire en sa compagnie, ce qui cadre mal avec un rapport sexuel si vous voulez mon avis. Je ne m’étendrais pas non plus sur les efforts louables de ce compagnon pour approfondir mes connaissances du sexe opposé en me proposant quelques DVD de son imposante collection de films X (avec l’appui d’un fournisseur, lui aussi guitariste, dont je tairai le nom :-)), à une époque où, pour des questions purement économiques, je faisais un détour par son appartement pour me procurer quelques long-métrages fleurant bon la fornication et le « trou qui pète », pour reprendre (que mon lectorat sensible des oreilles m’excuse) une autre expression chère à cet ami qui aurait pu être mon frère si on avait eu le même père (clin d’œil qu’il comprendra).

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Oh les belles grimaces !

Amateur de sexe, Stef  s’est aussi mis au kaki il y a quelques années, ce qui a causé une petite commotion dans son entourage ayant encore en mémoire qu’il avait été réformé du service militaire en raison d’un genou cagneux et de son humour insupportable (j’ai pu récupérer son dossier où c’est écrit noir sur blanc, je cite : « Pour des questions de sécurité nationale, ses blagues pouvant interférer avec la concentration de nos hommes, Monsieur Stéphane X est déchargé de ses obligations militaires… »). Quelques années auparavant, il avait été recalé de l’université, en raison d’un goût pour les études comparable à celui d’un Bonobo. Donc, Stef est aussi militaire. Un réserviste qui joue à la guerre et dégoupille des bières pression, paradant de temps à autre pour le 14-Juillet ou pour le défilé, moins solennel je vous l’accorde, des saucisses et merguez sur l’avenue des barbecues.

Brancardier, musicien, militaire et employé de la SNCF (Sans Nous les Cafés Ferment)… comme vous pouvez le constater, cet homme cumule les fonctions avec une belle vitalité ! J’ajouterai la fonction noble et enviable de père, quitte à entamer sa réputation de Brassens du rail en rut majeur avec doigt dans le fion et quéquette de la renommée (petit hommage détourné au Sétois, sans cette classe toute poétique qui caractérisait ce grand artiste). Oui, il est arrivé ce qui devait arriver. Stef a pris de la bouteille et un peu de bide. Il s’est assagi,  s’est acheté une maison, a volé une femme :-), et lui a fait un enfant. Sa fille est à croquer… Le bonheur des proches est forcément un peu le nôtre.

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Un poteau, un peu d’imagination : il est fort ce Stef !

J’ai conscience qu’en écrivant un texte sur lui, je vais augmenter de façon significative les visites sur mon blog, comme c’est souvent le cas quand on évoque la vie d’une star. Je peux aussi affirmer sans me tromper qu’il aura souri, et même ri, en lisant cette prose offerte en guise de cadeau d’anniversaire, édulcorée aux yeux de ceux et celles qui ont en mémoire mes anciens hommages écrits avec une sulfateuse ! Loin des yeux mais pas du cœur comme on dit. Comme d’autres amis, qui auront droit aussi à leur part de gâteau, Stéphane méritait ce récit un peu fleuve qui prend sa source en 1993. Vingt ans d’amitié sans tâches et de fidélité teintée de respect, cela valait bien ces lignes sincères et indélébiles.

Joyeux anniversaire Chandler, côpain de moi… Que la force soit avec toi (plus vieux aujourd’hui, tu seras). Force et honneur (petit clin d’œil que tu comprendras).

Olivier – Pinto – Joey 🙂

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