Le radeau du sommeil

Le métro est une mine d’or pour les observateurs, un zoo d’attitudes. Bref, du p’tit lait pour le chasseur aux aguets. Les victimes ne font pas grand-chose, elles sont, tout simplement.

Prenez cette silhouette replète brinquebalée par les secousses de la marmite souterraine. Un homme, la bouche un peu entrouverte, mais pas encore baveuse, me donne de la matière dans son état de léthargie. C’est un pantin que le sommeil agite, une marionnette désarticulée qui se balance de gauche à droite sur son petit siège bleu. On dirait une lutte sans merci que le corps humain engage contre un ennemi invisible et retors : la gravité. À chaque basculement, l’esprit se raidit et le buste chancelant se ressaisit pour regagner sa position. Aucune épaule passagère à ses côtés pour amortir une chute potentielle. Juste le vide. Mais le dormeur, léger comme un rêve, ne sombre jamais. Ses yeux restent clos, sa nuque cambrée, sa bouche pâteuse, mais il assure, la dignité vissée au siège. Sa somnolence reste silencieuse. Pas un pet de ronflements. Dommage.

Un gars qui campe un métronome  devant des regards indiscrets, l’oreiller et la couverture bien calés dans ses pensées, cela méritait bien une petite tranche de vie qui tangue.  Rideau sur la scène truculente.

 
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