God save The Régine

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Régine dans son plus beau rôle : celui de maman.

Régine. Pas loin de vingt ans que je côtoie cette pile électrique, cette femme singulière qui vous balance sa bonne humeur à la face avec un rire qui décape tout. On ne s’ennuie jamais avec elle. La bonne humeur, toujours. C’est sa façon de vivre et de faire vivre les autres, en servant parfois de béquille à des humeurs chancelantes. Régine, c’est un bouclier contre la routine, une rustine contre l’ennui.

C’est aussi une certaine idée de la joie de vivre, avec ce foutoir qui la caractérise, comme en témoigne cet appartement à Nancy qui fut longtemps son antre, avant d’aller se blottir dans les bras d’un Italien lui aussi abonné à la bonhommie. Gino a dû faire beaucoup de jaloux. En tout cas, il m’a rendu service. Car avant Gino, quelques membres de ma famille, dont ma chère et tendre mère pour ne pas la nommer, m’exhortaient à épouser cette amie de toujours, complice quel que soit le temps, accrochée à mon radeau malgré une déception un soir de Nouvel An. Car Régine a aussi ses failles, et finalement un cœur qui peut saigner, comme tout le monde. Je l’ai blessée une fois et elle m’en a voulu, et puis tout est rentré dans l’ordre. Je n’ai pas aimé cet accroc, car la peine d’une amie déteint forcément sur vous. Régine a beaucoup chaviré, aveuglée par les étoiles de livides prétendants, avant de rencontrer le bon prince charmant. Des claques, elle en a pris, mais aucune de ces déceptions inscrites dans le livre de la vie n’a entamé l’entrain et l’espoir de cette autre sœur. J’emploie sciemment ce mot  car je ressens à son égard la même complicité inaltérable qui me lie à ma véritable frangine, une autre femme de ma vie avec ma mère et ma nièce. 

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Avec Gino, son époux, sous le soleil radieux de Nancy.

Avec Régine, j’ai ri, beaucoup, pour des conneries, pour des délires, comme lorsque nous nous prenions pour des futures stars du showbiz, en imaginant notre modestie mise à mal sous le feu des projecteurs. Ce que j’aime chez cette fille ? Sa simplicité, sa gaieté contagieuse et cette façon teintée de pudeur qu’elle a de cacher ses fragilités derrière une jovialité à toute épreuve. Car il y a souvent chez ces êtres extraordinaires, qui s’évertuent à faire du bien tout autour d’eux, des fêlures qu’on ne distingue pas toujours à l’œil nu. Personne, après tout, n’est insubmersible…

Quand vous êtes avec Régine, il vous arrive toujours quelque chose… À croire que cette native de Vrémy, un petit village de la Moselle aussi paisible qu’attachant, attire l’imprévisible comme un paratonnerre. Je me souviens d’une séance de ciné où un homme nous avait proposé deux places gratuites. L’effet Régine, sans doute.  J’ai jamais pensé jouer au loto avec elle. J’aurais dû. 

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Régine et Charlotte G. ou l’histoire d’une véritable passion !

Je crois que Régine est à l’image de son appartement nancéien : bordélique, sens dessus dessous, mais avec cette hospitalité intrinsèque qui imprègne le moindre faux pli. Je me suis toujours senti à l’aise dans ce capharnaüm, comme je me suis toujours senti à l’aise en sa compagnie. Je suis parti en vacances avec Régine, j’ai couru avec elle, et même dormi dans le même lit avec un autre complice de longue date… Elle a été ma cavalière au mariage de ma sœur, et une camarade assez ahurissante dans la spirale éreintante des pèlerinages à Lourdes, au contact de personnes malades et handicapées. Je crois d’ailleurs que c’est dans la cité mariale que notre amitié a vécu ses premières étincelles. Régine, comme moi et tant d’autres, avait été contaminée par le même virus. Pour cette infirmière, dont j’ai un jour écrit le portrait pour un journal de la presse quotidienne régionale française, la générosité n’est pas un mot galvaudé. Prolixe (spéciale dédicace qu’elle comprendra), la quarantenaire vit sa vie comme elle parle, à cent à l’heure, sans se fourvoyer dans une attitude qui ne serait pas la sienne. Régine est, un point c’est tout.

Je me souviens aussi d’une époque où l’écriture avait encore un sens, où nous correspondions comme dans l’ancien temps. Ses lettres étaient de véritables romans, parfois truffés de digressions qui témoignaient de son inspiration en ébullition. J’avais droit à tout, y compris à des dessins quand les vocables ne suffisaient plus, comme ce jour où je découvris, par croquis interposés, qu’une portière de sa voiture avait été arrachée par un autobus, incident peu commun à mettre sur le compte d’une distraction qui avait fait pleurer son compte en banque. Des coups d’éclat de ce genre, il y en a beaucoup dans sa vie échevelée. Au point où ses proches lui ont attribué une expression toute trouvée : la « Réginade ». En gros : une catastrophe trop grosse pour être vraie, un épisode qui ne survient qu’à la télé… et donc aussi dans la vie de cette maman d’un petit et facétieux Fédor. 

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Lors de son passage à Québec.

Fédor…. Oui, Régine est une maman, et ça aussi, personne ne l’avait envisagé ou même vu venir. Comme si sa vie d’aventurière était incompatible avec un couffin, aussi mignon soit-il. Et pourtant… Partant du principe que mieux vaut tard que jamais, Régine a donc pondu un bébé au seuil de ses 40 balais, non sans en avoir bavé, comme beaucoup de femmes s’apprêtant à mettre bas… euh, pardon, je voulais dire à accoucher (j’ai vécu une relation avec une femelle rhinocéros et ça m’a marqué). Inutile de vous dire que le prénom choisi et sa consonance russe a fait jaser dans les chaumières, jusque dans sa propre famille. Pour ma part, le seul Fédor que je connaissais était du genre plutôt vorace, comme nous l’avait révélé cet employé d’un zoo québécois, où une meute de touristes s’émerveillait devant quelques tigres de Sibérie, dont le fameux Fédor. Bref, passons.

Une fois mariée, Régine est allée s’installer au Luxembourg, pays des costumes cravates et des banques. Déménager dans ce pays un tantinet austère était en soi une belle preuve d’amour. Pour travailler et vivre au Grand Duché, elle a dû apprendre une drôle de langue : le luxo. C’est comme l’allemand, mais en pire. Ça fait peur pareil. C’est simple : quand un Luxembourgeois ouvre la bouche, les oreilles sont en berne (les plus sensibles peuvent pleurer). On est en fait plus près du langage codé que d’un véritable idiome. Si elle excelle dans la langue de Shakespeare, Régine en a chié sa race pour ingurgiter quelques centaines de mots de base. Ce fut presque aussi douloureux que son accouchement, c’est dire…

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Au premier mariage de ma sœur.

Comme je viens de le laisser entendre, Régine parle very well l’anglais, comme beaucoup de Français sans s’en rendre compte, la langue de Molière étant inondée d’anglicismes (désolé, c’est le Québécois qui est en moi qui parle). Oui, elle en pince pour la reine et ses sujets, les Beatles, et tout ce qui rappelle de près ou de loin l’Union Jack. Elle s’est même rendue aux obsèques de Lady Di, ce qui donne une bonne idée de sa dépendance. À Lourdes, elle est attirée comme un aimant par les Rosbifs, et dans la rue, il arrive parfois qu’elle arbore une robe que vous auriez imaginé aisément dans une soirée costumée mais pas dans la vraie vie. Régine a sans doute trouvé dans ces accoutrements éclatants le reflet de sa personnalité… 🙂 Si ça c’est pas un compliment, ça y ressemble. 

Londres n’est pas sa seule lubbie. Non, il y a pire : les comédies musicales ! C’est d’ailleurs ce qui m’avait inspiré son portrait dans la presse. En bonne puriste de la cause, elle ne s’autorise que des productions anglo-saxonnes, principalement outre-Manche, et même une fois à Broadway… Il lui est arrivé de devoir endurer de pâles copies françaises, pour faire plaisir à une de ses nièces notamment… Spécialiste ès comédies musicales, Régine est incollable, joignant parfois le geste à la parole. Un vrai jukebox, mieux, une encyclopédie. 

Mais il y a encore plus important à ses yeux, et la connaissant, elle sait à quoi je veux en venir. Régine s’est auto-proclamée fan officielle, sur Terre et sur Mars (d’où je soupçonne ses vraies racines) de Charlotte Gainsbourg. Sa passion confine à l’obsession, et même à l’homosexualité larvée. Dire du mal de sa Charlotte, c’est simple, c’est tabou. Rien ou presque de la carrière ou de la vie privée de la chanteuse et actrice ne lui échappe. C’est notamment pour la voir en concert qu’elle a débarqué un jour à Montréal, le temps d’un bref séjour (5 jours), oubliant dans son excitation de prendre cette assurance annulation qui lui aurait été bien utile puisque le show avait été annulé. 

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Dans le train revenant de Lourdes.

Que dire de plus ? Qu’elle imite plutôt bien Dalida, qu’elle court longtemps et vite (ses longues années de célibat, sans doute), qu’on la confond parfois avec une Irlandaise en raison de sa chevelure carotte, au point où ma mère l’avait un jour baptisée Zora la rousse. Ancienne compagne d’un mythomane se prenant pour Dark Vador (elle comprendra), Régine a trouvé chaussure à son pied, et c’est bien là l’essentiel. Au risque de me répéter, le bonheur des amis est toujours un peu le nôtre. Épouse puis maman, je ne pouvais lui souhaiter meilleure vie. Cela valait la peine d’attendre, et comme Gino est un gars adorable, personne n’a trouvé à redire à cette belle union.

Joyeux 41e anniversaire ma grande amie. Ton rire décapant me manque. Et si je ne devais avoir qu’un seul regret, c’est de ne pas avoir été ce voleur qui fut pris la main dans le sac, dans ton appartement de Nancy. Encore une Réginade célèbre. Un voleur, des nudistes, une chronique et le titre d’un livre enfanté par l’auteur de ces lignes gouleyantes. Toi et Gino alpaguant l’aigrefin dans le plus simple appareil. Nus comme des vers, à poil ! Je crois bien que cet épisode est à l’image de ta vie : imprévisible. Tu es le miel de l’imprévu, Régine, il te colle à la peau. Qui s’en plaindra ? Tu mets du sel dans la vie de bien des gens, à commencer par la mienne. Alors merci.

(Depuis l’écriture de ce texte fleuve, Régine a eu un second garçon, Mittia. Une autre consonance russe…)

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Avec l’auteur de ces lignes…

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4 replies »

  1. Bien sûr que je me souviens de vous ! Et à bientôt aussi j’espère ! Pour me fondre plus longtemps dans la culture autochtone ! L’invitation est lancée ! 🙂

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  2. Bonjour mr,Pierson j ai vu dans ton blogue, que tais venu me voir au jardin des glaciers c, est moi wabush avec mon surnom surement tu va me reconnaître j’ ai vu ce que ta écrie sur moi, je te remercie beaucoup sa me fait chaud au coeur. et je vous dit aurevoir peu être ci Dieu le veux, on ce verra encore a bientôt

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